Du 7 au 10 septembre 2026, des femmes handicapées et des militantes féministes béninoises se sont réunies à Cotonou pour réclamer une place réelle, et non symbolique, dans les espaces de décision du pays.
Les femmes handicapées restent aujourd’hui trop peu représentées dans les espaces féministes, civiques et décisionnels du Bénin, trop souvent perçues comme de simples bénéficiaires plutôt que comme des actrices, des expertes ou des dirigeantes à part entière. C’est pour faire bouger ce regard que Humanité & Inclusion Bénin, à travers son projet Making It Work – Genre et Handicap, a organisé à Cotonou une semaine-événement handi-féministe intitulée « Depuis le Bénin vers le monde », du lundi 7 au jeudi 10 septembre 2026.
L’événement est organisé en partenariat avec l’Organisation des Femmes Aveugles du Bénin, l’ONG Dédji, le Réseau des Féministes du Bénin et l’ONG Equipop.
Passer du statut de bénéficiaires à celui d’actrices
Pendant les trois premières journées de cette semaine-événement, femmes handicapées et militantes féministes ont partagé un même constat, dans un espace pensé pour le dialogue et la co-construction. Georges Sériki, qui représentait le responsable pays de Handicap International au Bénin, a pris la parole pour poser les termes du débat : « Les femmes handicapées demeurent insuffisamment représentées dans les espaces féministes, civiques et décisionnels. Elles sont encore trop souvent considérées comme de simples bénéficiaires plutôt que comme des actrices à part entière capables de définir leurs priorités, de produire des savoirs et de participer aux décisions qui les concernent. »
Selon lui, ce changement de regard ne doit pas rester dans les discours. « L’inclusion des femmes handicapées ne peut être ni ponctuelle ni symbolique. Elle doit s’inscrire durablement dans les pratiques, les financements et les espaces de décision du mouvement féministe et des droits humains. Cela suppose de reconnaître les femmes handicapées comme des expertes, des militantes et des dirigeantes légitimes et de créer les conditions concrètes de leur participation effective. »

Des chiffres qui disent l’exclusion
Ce constat, la semaine l’a aussi étayé par des chiffres, avec la présentation du rapport « Écoutez-nous vraiment ! Paroles de femmes handicapées du Bénin », réalisé par l’Organisation des Femmes Aveugles du Bénin et l’ONG Dédji, avec l’appui de Humanité & Inclusion.
Claoudia Ahouegnonsi, chargée de communication de l’ONG Dédji, en a détaillé quelques résultats devant l’assistance : « 61 % des femmes interrogées n’ont jamais voté. 58 % vivent en zone rurale et certaines déclarent des revenus pouvant descendre à 40 000 FCFA par mois. »
De ces constats découlent des recommandations concrètes. « Nous recommandons aux décideurs de rendre les processus électoraux, les espaces publics et la justice accessibles aux femmes handicapées, de traduire les lois en braille, en langues nationales et en français facile à lire et à comprendre, et de faciliter leur accès au microcrédit, à la formation professionnelle et au numérique », a-t-elle plaidé.
De la parole à l’action
Du côté du Gouvernement, le message est allé dans le même sens. Boubacal Bani Yero, Directeur de l’Inclusion sociale et de la solidarité, représentait le Ministre de la Famille et des Affaires sociales lors de la conférence de clôture. Il a rappelé que « le gouvernement du Bénin a fait l’option de prioriser l’inclusion des personnes handicapées et principalement des femmes et des filles handicapées. »
Pour lui aussi, l’heure n’est plus aux symboles : « Le temps du symbolisme autour de l’inclusion est révolu. Cette démarche sociale collective doit s’inscrire durablement dans les pratiques, les financements et les espaces de décision à travers lesquels la femme et la fille handicapée peuvent faire valoir son expertise. »

Une nouvelle feuille de route adoptée
La Déclaration de Cotonou, présentée en clôture, engage les organisations féministes et les organisations de femmes handicapées à construire des alliances durables pour défendre ensemble les droits des filles et des femmes, notamment celles en situation de handicap. Elle place l’intersectionnalité et l’accessibilité au cœur de leurs actions, et appelle à garantir la participation effective des femmes handicapées aux décisions qui les concernent.
Les signataires s’engagent également à valoriser l’expertise et les savoirs des femmes handicapées, à mobiliser des ressources pour des initiatives communes, et à renforcer les pratiques inclusives au sein de leurs organisations.

