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Ces médecins béninois ont choisi de rester et de servir malgré l’exode des talents : « Nous avons le devoir d’être un terreau fertile »

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Alors que de nombreux jeunes professionnels de santé béninois cherchent à s’expatrier en quête de meilleures conditions de travail, certains font le choix de rester et de contribuer à l’essor du système sanitaire national. Dans le cadre de la Semaine mondiale des travailleurs de la santé, Lameteo a recueilli les témoignages de médecins déterminés à servir leur pays, malgré les tentations d’aller chercher ailleurs.

Le 19 octobre 2024, Roseline Bachelot, ex-ministre de la Culture française, n’a pas mâché ses mots. Invitée sur RTL, elle a dénoncé l’exode massif des médecins béninois vers la France, en se basant sur une étude de 2007 d’Habib Ouane. Selon l’ancienne ministre, ce phénomène relève d’un véritable « pillage des cerveaux ».

Alors que le débat se mène par moment en France, le Bénin, de son côté, a entrepris des réformes pour moderniser son secteur de la santé. Rénovation et construction d’infrastructures, acquisition d’équipements de pointe, formation de spécialistes : les progrès sont évidents. Cet engagement des autorités a d’ailleurs convaincu certains jeunes médecins de choisir de rester et de servir leur pays.

Dr Al Fayad Alidou, médecin diplômé d’État, fait partie de ceux qui ont décidé de s’engager au Bénin. « Nous avons décidé de rester au pays, malgré les difficultés, parce qu’on a vu qu’il y a des efforts du gouvernement pour améliorer la situation », confie-t-il. Actuellement en service dans une structure sanitaire au sud du Bénin, il est impliqué dans le projet « Combler les écarts », une politique publique de santé communautaire lancée en 2020 pour renforcer l’accès aux soins.

« Retourner l’ascenseur aux siens »

Pour ces médecins, rester est un acte de patriotisme et de gratitude envers leur pays. « Si tout le monde part, qui restera pour s’occuper de la population ? Nos familles, nos amis ont investi pour nous, pourquoi ne pas les servir quand ils en ont le plus besoin ? », interroge Dr Alidou.

Le désir de se perfectionner à l’international reste présent, mais toujours avec l’objectif de revenir. « Je sais qu’il arrivera un moment où il faudra aller apprendre ailleurs, mais l’idée est de revenir servir au pays », affirme-t-il.

Une vocation et un engagement pour la patrie

Certains professionnels de la santé voient leur engagement comme un devoir national. C’est le cas du Médecin Colonel Aïtchéhou Romuald Bothon, pédiatre des armées et directeur du service de Santé maternelle et infantile au ministère de la Santé. « Je suis resté par devoir pour ma patrie et parce que nous avons plus besoin de médecins ici en Afrique que les Occidentaux », déclare-t-il. Mais au-delà de ce devoir, il insiste sur l’importance de préparer les générations futures. « Que nous le voulions ou non, la génération à venir d’Afrique se construira à partir de nous, les aînés. Nous avons donc le devoir d’être ce terreau fertile sur lequel ils pourront s’implanter », soutient-il.

Médecin Colonel Aïtchéhou Romuald Bothon

Pour lui, l’excellence de la formation médicale béninoise est un atout que le pays doit valoriser. « Si les autres veulent de nous, c’est parce que nous avons des compétences. Ce qui signifie que notre formation n’est pas si mauvaise », souligne le médecin Colonel.

Un choix assumé, mais des défis à relever

Dr Déo-Gracias Koukoubou, psychiatre au Centre National Hospitalier Universitaire Hubert Koutoukou Maga (CNHU-HKM) de Cotonou, partage cet attachement profond à sa terre natale. « J’aime l’Afrique, j’aime mon pays. Si nous partons tous, qui prendra soin de nos populations ? », interroge-t-il. Toutefois, il ne ferme pas la porte à une formation à l’étranger, mais avec la ferme intention de revenir. « Je peux partir pour des formations, mais pas pour vivre à long terme à l’étranger », nuance-t-il.

L’exode des cerveaux en médecine reste un défi majeur pour le système de santé béninois. Pourtant, grâce à ces médecins engagés, le pays dispose encore d’un espoir de renforcement de son plateau technique et de son offre de soins. Leur détermination pourrait bien être la clé pour inverser la tendance. Mais le gouvernement devra encore convaincre davantage de jeunes talents que le Bénin est un terrain fertile pour leur avenir professionnel.

La Rédaction en partenariat avec l’Alliance des Professionnels des Médias pour la Santé du Bénin (APMS-BENIN)


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