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Lumière du Covid-19 sur l’homme dans sa relation à l’autre [Chronique Roger Gbégnonvi]

Car les mesures-barrières contre le Covid-19 ont valeur de mesures-phares ou de miroirs grossissants posés sur l’homme dans sa relation à l’autre sous tous les cieux et dans la vie de tous les jours. Deux guerres mondiales au XXème siècle n’ont pas modifié cette relation, et ce n’est pas l’actuelle pandémie – cette sorte de troisième guerre mondiale – par laquelle s’ouvre en fanfare funèbre le XXIème siècle, qui y changerait quelque chose.
Le masque, ho la belle affaire ! Dans sa relation à l’autre, l’homme porte le masque social sans discontinuer. A la fin de son drame opposant Alceste et Philinte, Molière fait dire au premier, appelé Le Misanthrope à cause de son refus de porter le masque social : « Trahi de toutes parts, accablé d’injustices, / Je vais sortir d’un gouffre où triomphent les vices, / Et chercher sur la terre un endroit écarté / Où d’être homme d’honneur on ait la liberté. » Or le traître, c’est lui. Et il n’y a sur la terre nul endroit où l’on supporterait qu’il tombe le masque social. « Je veux qu’on soit sincère, et qu’en homme d’honneur / On ne lâche aucun mot qui ne parte du cœur », tonne-t-il. A tort. Car, pour caractériser l’homme dans sa relation à l’autre, le peuple Aja-Tado dit que « Jamais le chien ne raconte le contenu de son rêve. » Et Philinte, héraut dévoué, est dans la justesse et la sagesse lorsqu’il réplique : « Mais quand on est du monde, il faut bien que l’on rende / Quelques dehors civils que l’usage demande. » Ce protocole s’appelle politesse et s’impose à tous dans la société. Oui à l’hypocrisie, non à la sincérité. La sincérité, c’est le mal. L’enfant qu’on envoie au catéchisme doit cultiver le bon grain-politesse et dessoucher en lui l’ivraie-sincérité ; il doit savoir, grâce à ses parents, que le fameux « que votre parole soit oui, oui ; non, non ; » (Math. 5/37) ne vaut que pour Alceste et Jésus-Christ, et que si nous avons déifié Jésus, c’est pour que Dieu reste tout à fait à l’écart de nos vies codifiées par la justesse et la sagesse de Philinte. « Dieu n’est pas notre parent ». Philinte, par contre, est notre parent et, avec lui, nous tenons à cultiver le double langage notre vie durant. Nul ne le dit mieux que René-Christian Llamo : « Notre vérité est de pénombre ; trop de lumière ou trop de nuit et nous mourons ; c’est l’aurore qu’il nous faut ou le crépuscule. » Jamais le jour clair et franc, n’en déplaise à Alceste et à Jésus-Christ.
Le masque sanitaire extérieur imposé par le Covid-19 ne fait donc qu’extérioriser le masque social intérieur porté par l’homme. Et si derrière le masque social, il cultive le crépuscule où l’on confond chien et loup, c’est pour faire commerce avec le loup, capable de grande cruauté. Car « l’homme est un loup pour l’homme ». Ce qu’illustre l’histoire suivante. Bien avant le Covid-19, Untel, bon catholique, à la messe tous les dimanches, racontait à ses ‘‘amis’’ que, au moment du « Donnez-vous la paix », il ne serrait la main qu’à sa femme, et à personne d’autre. Pourquoi ce protocole si peu catholique ? Il répondait avec bonhomie : « La messe n’est pas un lieu de rédemption. On envie ton sort et on veut ta mort. Le poison subtil, qu’on n’a pas pu introduire dans ton whisky lors des convivialités, on se fera ton voisin à la messe pour te le refiler dans la main en lieu et place de la paix. Cette habileté d’enfer, Gaston Zossou l’appelle La guerre des choses dans l’ombre. Moi, je suis un chrétien vigilant, pas naïf. » Aujourd’hui, grâce au Covid-19, ce catholique vigilant est servi : plus de serrement de main à la messe où, derrière le masque sanitaire, il ne reconnaît même plus ses voisins, réduits à deux ou trois par la distanciation. Hors de l’église, en lieu et place du serrement de main, ce sont des coups de poing et des coups de coude, avec le sourire ; extériorisant les coups bas prodigués à l’autre, avec le sourire, derrière le masque social intérieur.
En toute sincérité – pour une fois ! – ne devrait-on pas être reconnaissant au Covid-19 de révéler l’homme á lui-même dans sa relation à l’autre derrière le masque sanitaire?

Roger GBÉGNONVI

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