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Mort du citoyen Nahel et la France en transe [Chronique Roger Gbégnonvi]

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Lorsque, par la pensée, il embrasse l’histoire de l’humanité à son époque, le poète et dramaturge Térence écrit au deuxième siècle avant notre ère : « Je suis homme : rien de ce qui est humain ne m’est étranger. » Car tous hommes vivent sous le même soleil, dont on dit en Afrique qu’il ne saute pas un village au motif qu’il est petit. Il se veut au service de tous pour que tous croissent et prospèrent. Puisse-t-il être modèle pour tous habitants de la terre qu’il éclaire sans discrimination. Sur les traces de Térence, les hommes sous le même soleil ont créé des solidarités improbables, des accointances inattendues, qui ont fait écrire au poète Senghor, à propos des Africains, « l’Europe à qui nous sommes liés par le nombril ». Combien fort alors le lien entre la France et ceux des Africains se servant de sa langue et de sa culture comme trait d’union entre eux et l’Occident ! Il était donc normal que ces Africains se sentent concernés par la mort de Nahel le 27 juin 2023 à Nanterre et par la transe où elle jeta la France.

Il est certain que le jeune adolescent n’est pas sorti de chez lui ce matin-là pour trouver la mort en chemin. On présume que le policier qui l’a tué ne s’était pas juré quelques heures auparavant d’arracher la vie à un concitoyen par pur sadisme. On doit à Socrate de savoir que « Nul n’est méchant volontairement ». Que s’est-il donc passé à l’instant fatidique ? Tragique de l’existence humaine ? Tragique que l’homme doit s’efforcer de tenir éloigné de soi, mais que, hélas, trop souvent, il attise et appelle à soi, comme pour donner raison à Senghor qui, effaré par la bêtise humaine, écrit : « Mais il faut qu’il y ait des traîtres et des imbéciles. »

Il est humain que les circonstances de la mort de Nahel aient entraîné de la colère. Mais les émeutes en lesquelles s’est traduite cette colère relèvent de l’inhumanité parce qu’elles reflètent la traîtrise et l’imbécillité qui ont effrayé Senghor. Après la transe, le déchaînement s’arrêtera, et tous s’apercevront que la mémoire de Nahel n’avait pas besoin de ‘‘ça’’, et que le réveil brutal des bas instincts de l’homme – ou leur amplification – ramène l’homme à la Bête en l’homme, Bête qu’il combat pourtant en créant des valeurs éthiques et morales pour parer son emprise. Or donc, « A ton vaudou érigé coups de pied n’infligeras ». Les valeurs éthiques et morales de l’homme ont été foulées au pied sur Nahel à Nanterre et sur George Floyd à Minneapolis. Victimes innocentes (et pas des anges), elles invitent l’homme à l’âpre fidélité à ses vaudous. Leur mort est une bêtise qui doit aider l’homme à mieux mesurer le chemin qui le sépare encore de l’atteinte de ses nobles et nécessaires objectifs d’égalité et de fraternité.

Voilà pourquoi l’autre bêtise suite à la mort de Nahel est affligeante à un haut degré. Elle ne violente ni ne fracasse. Prend même des allures de colombe. Difficile donc à détecter. C’est une initiative noble que celle d’une cagnotte pour assister des gens éprouvés. Mais pourquoi choisir, réserver pour les siens l’élan de solidarité, estimer que les autres éprouvés n’ont pas droit à la compassion humaine ? Il y a pourtant malheur à enterrer un fils et malheur à voir un parent derrière les barreaux d’une prison. Il fallait donc une seule et même cagnotte pour essayer d’aider à égalité les parents de la victime et du victimaire. La France s’enorgueillit de ses clochers millénaires, les assauts de l’intolérance n’ont pas eu raison des synagogues et n’ont pas éteint les loges maçonniques, et il existe des minarets autorisés. En tous ces hauts lieux de France, la fraternité est à l’honneur. A la prochaine bavure fatale sur un petit et humble citoyen de France, ces hauts lieux devront dire en chœur aux Français dans une France au bord de la transe de ne pas y descendre, et de faire cagnotte unique pour faire Fraternité.

Car si ces hauts lieux de France ne parlent pas d’une seule voix en des circonstances graves et préoccupantes telles que la mort du citoyen Nahel, il y a risque que l’homme renoue avec la Bête en lui. Or, dans son poème Ma France, Jean Ferrat chante : « Il est temps que le malheur succombe. » Chacun doit travailler sans cesse à ce que le malheur succombe.

Roger GBÉGNONVI

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