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Chronique

Bénin_bonne gouvernance: Accompagner nos cinq hommes en colère

En mars 2013, cinq Béninois, appartenant à Alternative Citoyenne, ont présenté, en quinze pages lapidaires et denses, l’état socio-politique du Bénin, un état inquiétant, sinistre. D’ailleurs le titre, ‘‘Trop c’est trop !’’, renfermait l’essentiel de leur propos. Et les choses ont été dites en termes de ‘‘désagrégation avancée’’, de ‘‘fraude…moyen de gouvernement’’, de ‘‘désastre’’, etc. Et puis, prophètes de malheur, nos cinq hommes en colère nous ont avertis : ‘‘On aurait bien tort de considérer que le salut du Bénin résiderait dans le simple fait du départ de l’actuel locataire du Palais de la Marina en 2016.’’ Ils suggéraient ainsi que notre classe politique est coutumière des pratiques et des arrangements anti-peuple et anti-patrie.

Or donc, de quelle hauteur ne sont pas tombés nos cinq hommes en colère en lisant la lettre du Secrétaire général du Gouvernement à l’ancien Président de la République le 31 août 2017 ? Leur réaction a dû être, comme la nôtre, d’appel au secours. Oh non, pas ça ! Pas lui ! Impossible ! Le majordome n’a pas fait son travail. A présent alerté, le mis en cause va laver son honneur en payant tous les arriérés. Car c’est l’argent du peuple… A moins que, toute illusion perdue, nos cinq hommes en colère aient, entre-temps, remisé leur colère et baissé les bras. Car avant la lettre, il y a eu l’information qu’on nous a balancée urbi et orbi et selon laquelle tous nos députés avaient reçu de l’argent par-dessous la table pour faire passer une loi, qu’ils ont finalement rejetée. Cette histoire nous avait pris à la gorge. En plus de percevoir un salaire légal pour leur travail législatif, nos législateurs perçoivent une paye frauduleuse pour faire ou ne pas faire leur travail. Le peuple abasourdi. Mais l’explosion de ce déshonneur collectif n’a incité aucun prétendu Honorable à rembourser pour laver son honneur. Honorabilité décrétée par et pour des gens sans éthique. Et nos 83 députés auront gardé dans leur sacoche l’argent de la fraude… Or, saoulés de colère, nos cinq hommes en colère ont pu véritablement s’effondrer entre 2013 et 2017. Car après la fraude parlementaire, voici la fronde maternelle qui, au détour d’une destitution, voua le Chef de l’Eta aux gémonies en termes substantiels de ‘‘s’il n’a pas ma peau, j’aurai la sienne’’. Colère non contenue ? Peut-être. Mais la position socio-politique de Maman, l’estime qu’a pour elle le peuple béninois, lui indiquaient de défendre son fils sans menacer publiquement le Chef de l’Etat, ‘‘l’élu de la Nation [qui] incarne l’unité nationale’’. La Nation insultée… Et comme des condamnés à boire le calice jusqu’à la lie, nous avons vu, en la fête nationale, l’ancien Chef de l’Etat ne pas se lever pour saluer l’actuel Chef de l’Etat. Le Bénin humilié…
Nos cinq hommes en colère avaient conclu leur manifeste en termes, soulignés par eux, de : ‘‘Choisissons de remettre le citoyen, l’éthique et le respect des institutions au cœur de l’action politique’’. Hors de toute action politique, simplement soucieux d’humanisme, le professeur Richard de Medeiros, qui vient de s’en aller, professait : ‘‘Il faut chanter sous la pluie. Parler dans la nuit pour faire renaître le jour. La prudence est d’argent, la parole est d’or.’’ La ci-dessus chaîne d’indignité et de déshonneur, qui nous déchire et nous divise, nous fait devoir, à tous et à toutes, d’abandonner l’argent sans risque de la prudence et du silence, pour prendre la parole d’or semée de risques. Libérer la parole et la plume pour accompagner nos cinq hommes en colère – l’un s’en est allé depuis –, pour dire ‘‘Trop c’est trop !’’ à ceux qui nous ont gouvernés et qui méritent notre gratitude, á ceux qui nous gouvernent et qui méritent notre respect, à ceux qui nous gouverneront et qui méritent que nous leur tracions dès maintenant le chemin vers un Bénin éthique, respectueux du citoyen et respectueux des institutions. Un Bénin respecté hors de ses frontières. Puissent nous entendre, et nous respecter, nos gouvernants d’hier, d’aujourd’hui et de demain.

Roger Gbégnonvi

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