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Chronique

Franc CFA et “accords secrets”: Adresse à Jean-Luc Mélenchon, député français

Vous et pas un autre membre du Parlement français. Vous parce que, chef de file des Insoumis, vous prônez pour la France des réformes de fond qui iraient jusqu’à tourner la page de la 5ème République pour entamer une autre toute neuve, celle de la 6ème République. Vous parce que vous admirez Robespierre qui, avec ses amis, proclama les droits de l’homme et du citoyen, mais oublia de proclamer le droit des esclaves à la liberté. Il est vrai que ce n’étaient pas des Français, quoique hommes et femmes au service de la France. Or peut-on se dire libre et l’être vraiment quand on se laisse servir par des gens qu’on empêche de décider de leur sort ? A cette question morale, la France peine à répondre depuis que sa Révolution, mère des révolutions, n’a pas cru devoir abolir l’esclavage. A cause de ce raté, la France porte depuis 1789 comme un péché originel en matière de liberté et des libertés.

Jean-Luc Melenchon

Certes, bien avant la conquête du Dahomey (aujourd’hui le Bénin) par la France en 1894, l’esclavage avait été aboli, et le Portugal ne livrait plus à Bordeaux, Nantes et autres villes, des Africains enchaînés, dont certains provenaient de la Côte des Esclaves, et donc du Dahomey. En 1960, le général de Gaulle proclama l’indépendance des pays africains conquis et colonisés par la France. Mais le fondateur de la 5ème République prit soin de ligoter cette indépendance pour que la sueur africaine continue de féconder davantage le sol français que les sols africains. Une décolonisation en trompe-l’œil qui renvoie peu ou prou au raté de 1789. Comme pour faire oublier le péché originel de la décolonisation, la France fait croire aux Français qu’elle porte encore et toujours le fardeau de ses anciennes colonies d’Afrique, dont les peuples sont analphabètes et irresponsables, et dont les dirigeants sont experts en corruption. Et puis, ils font trop d’enfants, et la France, avec d’autres pays développés, doit leur envoyer des ONG, avec ou sans frontières, pour les secourir, et nos soldats se font tuer chez eux pour les protéger et nous protéger contre le terrorisme dont ces malheureux pays sont une riche pépinière. Adossés à cette idéologie, les discours des Présidents français à Dakar et à Ouaga ignorent délibérément les chaînes imposées par de Gaulle aux économies de nombre de pays d’Afrique pour que ces pays continuent de servir la France en priorité.

Zone franc Cfa

Il y a beaucoup de vrai dans ce qu’on reproche aux Africains et à leurs dirigeants. La dénaturation de leur indépendance par de Gaulle ne fait qu’en rajouter, hélas, à leurs défauts. Il serait donc bon que vous, chef des Députés Insoumis, révéliez aux Français cette vérité que vous connaissez parce que vous êtes depuis longtemps un acteur important de la politique française. De toute façon, à partir de cette année 2019, il ne se passera pas dix ans sans que les anciennes colonies françaises d’Afrique n’aient aboli le franc CFA et dénoncé les ‘‘accords secrets’’. Elles le feront pour pouvoir scolariser tous leurs enfants, les nourrir et les vêtir décemment, pour avoir des soldats capables de repousser avec efficacité les terroristes, elles le feront pour exorciser l’humiliation de leur décolonisation caricaturale et pour que le mensonge n’étouffe plus les Français, qui sauront le mal perpétré en Afrique en leur nom.
Et il est de l’intérêt de la France d’accompagner le mouvement si elle veut conserver l’amitié de ses anciennes colonies d’Afrique. Et parce que vous êtes le chef de file des Députés Insoumis, et parce que vous admirez Robespierre et ses amis, il est de votre devoir, Jean-Luc Mélenchon, d’accompagner personnellement le mouvement pour racheter à la fois le mensonge des indépendances africaines et le gigantesque raté de la Révolution de 1789. Il est de votre devoir d’expliquer aux Français la révolte africaine, et qu’il ne s’agit pas que de changer de République, mais aussi et surtout de changer d’époque pour entrer dans l’ère de la liberté, de l’égalité et de la justice pour tous les peuples. Gage de salut pour le monde.

Roger Gbégnonvi

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