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API-COVID-19 : “ Le promoteur de Apivirine a intelligemment exploité la perche tendue pour abuser, berner”, accuse Dr Issaka Sondé

Les choses se compliquent pour le Dr Valentin Agon, promoteur de Apivirine devenu Api-Covid-19 au Burkina Faso. Non seulement son produit est interdit d’achat et de consommation au Burkina Faso, certains praticiens de la santé continuent de dénoncer ce qu’ils appellent une “arnaque”. Lire ici la démonstration du Dr Issaka SONDE, citoyen Burkinabé, pharmacien de profession et écrivain.

« Le 05/04/2020, sur le site du Service d’information du Gouvernement du Burkina Faso (SIG), il nous a plu de prendre connaissance du communiqué de presse du point sur la situation des essais cliniques en cours dans le cadre de la lutte contre le Covid-19.

En pareilles circonstances, le devoir nous incombe peut-être le silence pour le respect dû à nos chers Maîtres. Mais, au regard de la complexité de la question et de l’impact actuel du Covid-19 sur la vie de la nation, toute contribution citoyenne peut être la bienvenue.

Nous voudrions juste ajouter notre petite et modeste contribution aux efforts déployés par l’ensemble des acteurs résolument et pleinement engagés dans la riposte nationale à cette menace que constitue le Covid-19. Notre intervention portera essentiellement sur deux points du dit communiqué :

  1. La fabrication de la chloroquine et du paracétamol par l’unité U-Pharma pour le lancement du premier essai dénommé CHLORAZ.
  2. La deuxième étude relative à un Essai clinique International dénommé API-COVID-19

Sur le premier point, nous sommes très ravi de savoir que « le protocole de cet essai a été finalisé et soumis au comité d’éthique pour la recherche en santé (CERS), et au comité technique pour les essais cliniques (CTEC) dont l’approbation est nécessaire au déroulement de l’essai clinique ».

Donc, sur ce point, dès que le CERS et le CTEC auront donné leur avis favorables, il ne restera que la disponibilité des médicaments pour démarrer l’essai CHLORAZ.

Le même communiqué poursuit : « Par ailleurs, sur financement du Ministère du commerce de l’industrie et de l’artisanat, la réhabilitation de l’unité U-Pharma a commencé, il reste l’approvisionnement en matière première pour le démarrage effectif de la production de la chloroquine et du paracétamol ».

A ce niveau, sans une bonne approche concertée, cette étape de production locale de la chloroquine et du paracétamol risque de retarder significativement le début de l’essai CHLORAZ. Il se pourrait que les dites matières premières ne soient pas disponibles sur le marché local avec la forte probabilité de devoir les commander en Chine ou en Inde. Dans ce cas qui risque d’être incontournable, laquelle des méthodes classiques d’approvisionnement en produits pharmaceutiques sera retenue ? L’appel d’offre ouvert ? Cette procédure est très longue, donc très inappropriée dans un tel contexte d’urgence nationale absolue. L’appel d’offre restreint ? Cette procédure nécessite une préqualification préalable du produit et du fournisseur pour garantir le respect des standards de qualité, de sécurité, d’innocuité et d’efficacités requises. La négociation compétitive ?

Cette procédure, sauf dérogation particulière, ne s’accommode pas avec le système public d’approvisionnement. Il ne reste donc que l’entente directe avec le producteur ; ce qui se fait souvent soit en cas de monopole (source unique d’approvisionnement) ou en cas de circonstances d’urgence absolue de catastrophe naturelle, ou épidémie ce qui est bien le cas actuel du Covid-19. C’est donc la plus simple, la plus rapide en général mais aussi la plus couteuse, puisqu’il n’y a pas de mise en concurrence !

Il existe une autre possibilité qui est l’approvisionnement via les agences intermédiaires (agences d’approvisionnement, grossistes internationaux) mais en général, ces structures ne s’intéressent pas aux matières premières.
Il est donc bien évident que, pour ce schéma, quelle que soit la méthode d’approvisionnement qui sera retenue, une perte notoire de temps sera observée du simple fait de devoir d’abord rendre disponibles les matières premières, avant de commencer la fabrication de la chloroquine et du paracétamol, avant de commencer l’essai CHLORAZ.

Pour gagner en temps, nous suggérons fortement d’acquérir directement de la chloroquine et du paracétamol déjà bien fabriqués, préqualifiés et assortis d’un contrôle qualité de bonne conformité à l’arrivée avant la mise à disposition pour l’essai CHLORAZ. Le gain en temps sera très significatif et si l’efficacité est au rendez-vous, nos patients Covid-19 en seront des heureux bénéficiaires et surtout vivants. Toute perte de temps risque d’avoir une répercutions non négligeable en terme de perte en vies humaines. Le processus d’acquisition des matières première suivra son cours pour permettre à l’U-Pharma de prendre relais pour la suite.

Note interdisant l’achat et la consommation de Apivirine

Sur notre second point d’intervention, le dit communiqué relate : « Pour la deuxième étude relative à un essai clinique international dénommé API-COVID-19 conduit dans deux pays africains pour évaluer l’efficacité clinique et virologique d’un médicament à base de plante dénommé APIVIRINE chez les patients atteints de COVID-19, l’autorisation de ce second essai est également en attente. Pour l’heure l’équipe de chercheurs de l’institut de recherche en sciences de la sante (IRSS) dirigée par le Dr Sylvin OUEDRAOGO, directeur de recherche en pharmacologie et directeur de l’IRSS n’a pas encore certifié ce médicament. En clair, l’investigateur principal au Burkina Faso, le Pr Martial OUEDRAOGO, professeur titulaire de pneumologie et coordinateur du comite national de réponse à la pandémie du Covid-19 et les chercheurs de l’IRSS n’ont pas encore recommandé l’utilisation de l’Apivirine dans le traitement des patients atteints du COVID-19 ».

Le promoteur de l’Apivirine a intelligemment exploité la perche tendue par les autorités du Burkina Faso

Sur ce point c’est vraiment très complexe. Le promoteur de l’Apivirine a intelligemment exploité la perche tendue par les autorités du Burkina Faso pour en abuser, berner royalement la population et doper la vente de son produit avant même toute preuve d’efficacité. Du reste, la gêne transparait dans les communiqués presque contradictoires qui ont été publiés à ce sujet. En effet, le 26/03/2020, Monsieur Le Ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche scientifique et de l’innovation (MERSI) déclarait : « Certains malades confirmés du COVID-19 ont déjà eu recours avec succès à l’Apivirine durant leur maladie. Ils ont tout de suite obtenu l’amélioration de leur état de santé allant de l’amendement rapide des symptômes à la négativation du test de dépistage de coronavirus après traitement, ce qui justifie la conduite de cet essai randomisé ouvert ».

Le 03/04/2020, l’investigateur principal au Burkina Faso, par ailleurs, coordinateur du comite national de réponse à la pandémie du Covid-19 délarait : « Je ne connais pas de patients qui ont été formellement et officiellement traités par l’Apivirine au Burkina Faso. .. Je suis formel que l’équipe de prise en charge n’est pas au courant ».
Voilà donc tout l’embarras lié à cet essai API-COVID-19. Un manque apparent de concertation au sommet. Personnellement, nous avons connu le produit Apivirine dans les années 2003 , donc pratiquement depuis deux décennies. Et ce produit se vendait à Ouagadougou de cours en cours par des vendeurs ambulants. A l’époque nous assurions la dispensation des antirétroviraux aux PvVIH au CTA de Ouagadougou et avions, pour faute de preuves d’efficacité, vivement déconseillé les patients d’associer l’Apivirine (achetée dans la rue) aux traitements ARV. Grande donc fut notre surprise de voir ce produit ressurgir en produit miracle contre le Covid-19 et rebaptisé séance tenante Api-Covid-19 et déjà disponible sur le marché avant même que l’essai clinique devant prouver son efficacité ait commencé ! C’est vraiment le monde à l’envers dans la démarche scientifique et réglementaire de mise d’un médicament sur le marché.

Le promoteur même du produit affirme tout de go, que dès le jeudi 12 mars 2020, un citoyen français, résidant au Burkina Faso, aurait eu recours à l’Apivirine à la posologie de 3 gélules 4 fois par jour. Incapable de quitter son lit la veille, à fortiori prendre un verre sur sa table, le patient aurait dès le lendemain fait du vélo. Invité par les autorités du Burkina, le promoteur de l’Apivirine débarque à Ouaga le samedi 14 mars 2020 par un vol Air Burkina et est conduit directement à l’hôpital où il aurait donné des boites supplémentaires de l’Apivirine au patient en plus d’une quantité suffisante pour soigner 11 autres patients au domicile du citoyen français.

Il a ensuite suscité la mise en place d’une équipe, un comité pour confirmer l’efficacité de l’Apivirine. Il affirme sans ambages avoir fait voyager le comité à 100km hors de Ouagadougou pour écrire le protocole de l’essai clinique Api-Covid-19 (Cf. vidéo 5e -6e mn). Il affirme aussi sans gène que ce sont les plus autorités du Burkina qui ont servi de relai (pour ne pas dire garçons de courses) pour la distribution de l’Apivirine au Burkina Faso et qu’au moins 20 d’entre eux en ont bénéficié. Dès le retour du comité à Ouaga, le protocole bien ficelé, le promoteur s’empresse de rebaptiser l’Apivirine (un produit développé il ya 20 ans contre le Sida) en Apvi-Covid-19 (Apivirine réactivée et renforcée en concentration moléculaire pour frapper terriblement le Covid-19) (Cf. vidéo 6e – 7e mn). Et voilà tout le mythe de l’efficacité de l’Api-Covid-19 créé, amplifié à dessein pour la seule fin de passer d’une production actuelle de 300 000 doses à un objectif visé de 10 millions de doses.

Le promoteur a osé et il a berné nos autorités pour atteindre son but

« Alea jacta est » comme l’aurait dit Jules César le 10 janvier 49 av. J-C. avant de traverser le fleuve Rubicon qui délimitait la Gaule Cisalpine et l’Italie. Le promoteur a osé et il a berné nos autorités pour atteindre son but.

A quoi servirait encore cet essai clinique si ce n’est nous faire perdre le temps précieux et nos maigres ressources ? L’Api-Covid-19 est déjà sur le marché sans enregistrement, sans autorisation aucune de mise sur le marché, sans preuve d’efficacité. Cette situation désastreuse confirme bien l’adage qui dit que « si tu es parenté ou ami à une chèvre, tes larmes ne cesseront jamais de couler au marché ». Nos autorités ont juste servi d’alibi et ont offert une occasion en or pour l’alimentation d’un marché illicite des médicaments pourtant fortement combattue dans le monde entier. Que cela serve surtout de belle leçon !

En attendant, suivons scrupuleusement les consignes du Ministère de la santé et surtout ne cédons pas à la désinformation véhiculée par les réseaux sociaux.» Dr Issaka SONDE

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4 Commentaires

Momo le meneur Akwênon avril 7, 2020 at 10:30

Je vous ai lu avec attention… Mais nulle part je n’ai lu qu’aucun Blanc ou qu’aucun individu sur le sol Burkinabé n’a été guéri du COVID-19 après consommation de l’Apivirine !… Je m’attendais à lire carrément un « C’est faux aucun atteint du COVID-19 n’a pris son médicament et en est guéri »…
C’est simplement la procédure de mise en vente et la fin des essais cliniques qui n’ont pas été respecté.
Dites nous, ceux qui ont au prime abord pris l’Apivirine et en sont le lendemain déclaré après text Négatif, ont ils été après des jours été déclaré à nouveau Positif du COVID-19 ?

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blog3004.xyz avril 18, 2020 at 6:05

Great article, just what I needed.

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