Avec le Registre national des personnes physiques (RNPP), le Bénin dispose désormais d’un puissant outil d’identification numérique qui permet de suivre chaque citoyen à la trace. Lors d’un café politique organisé à Cotonou le vendredi 17 juillet 2025, l’expert en numérique Seth Amon Dèdèhouanou a exposé les mécanismes de surveillance numérique au Bénin, tout en appelant à une utilisation responsable des réseaux sociaux et à une gestion rigoureuse des données personnelles.
Le Bénin dispose aujourd’hui d’un outil d’identification puissant : le Registre national des personnes physiques (RNPP), piloté par l’Agence nationale d’identification des personnes (ANIP). Grâce à cette base de données centralisée, chaque citoyen béninois inscrit peut être localisé et identifié, où qu’il se trouve, en cas de besoin judiciaire ou administratif.
Pour l’expert en réglementation du numérique Seth Amon Dèdèhouanou, il s’agit là d’une révolution numérique majeure qui transforme profondément la relation entre les citoyens et l’État. « Avec l’ANIP, tout est verrouillé. C’est-à-dire, dès qu’on tape votre identifiant unique, on a le nom de votre papa, de votre maman, où est-ce que vous êtes et tout », a-t-il expliqué lors du café politique organisé par le Réseau Alumni des Jeunes leaders du Bénin.
Interopérabilité des services et surveillance invisible
Au cœur de ce système se trouve X-Road, la plateforme nationale d’échange de données. Cet outil assure l’interconnexion sécurisée et l’interopérabilité de l’ensemble des services publics et parapublics du pays. En d’autres termes, les différentes institutions peuvent désormais partager instantanément des informations liées à l’identité, aux télécommunications, ou encore aux services bancaires.
« On a mis une base de données unique pour tous les opérateurs, et c’est lié à tout ce système. On connaît tous vos numéros de téléphone », a déclaré l’expert, avant de préciser : « Quand on va chez les opérateurs, on sait qu’actuellement, votre téléphone est peut-être dans cette salle, parce que ça envoie les coordonnées. (…) Avec le temps, on sait que chaque soir, sur les réseaux, vous dormez à Akpakpa. »

Vers une surveillance permanente ?
Ce système, s’il offre des avantages en matière de sécurité et de lutte contre la fraude, soulève également de sérieuses questions sur les libertés individuelles et la protection des données personnelles. Les traces numériques laissées par les citoyens peuvent être exploitées à des fins de surveillance accrue, ce qui n’est pas sans risque dans un contexte de faible culture de protection des données.
Seth Amon Dèdèhouanou met en garde : « L’identité numérique est devenue un enjeu stratégique. Il est impératif que les citoyens béninois prennent conscience des implications de leurs activités en ligne, notamment sur les réseaux sociaux, et s’approprient les principes de la protection des données à caractère personnel. »
Pour prévenir les dérives et garantir les droits fondamentaux des citoyens, l’expert en numérique appelle à un usage éclairé des technologies et à une régulation rigoureuse des traitements de données. Il plaide également pour une plus grande sensibilisation à l’éthique numérique et à la maîtrise des outils digitaux.

