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Péage de Houègbo : à Calavi-Kpota, les taxis “sous pression” face au tarif de 1 000 FCFA

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À la gare routière de Calavi-Kpota, dans la commune d’Abomey-Calavi, la grogne monte parmi les chauffeurs de taxi. Depuis l’entrée en vigueur, le 5 janvier 2026, du tarif de 1 000 FCFA pour les véhicules légers au poste de péage et de pesage de Houègbo, sur l’axe stratégique Cotonou–Bohicon, ces professionnels du transport dénoncent une mesure qu’ils jugent asphyxiante pour leurs revenus.

Sous les hangars de la gare routière de Calavi-Kpota, l’ambiance est familière : klaxons impatients, moteurs qui tournent au ralenti, appels répétés des apprentis chauffeurs à la recherche de clients. En cet après-midi de fin de semaine, les taxis s’alignent, parfois pendant des heures, avant de prendre la route vers Bohicon, Dassa-Zoumè ou Abomey. Mais depuis quelques semaines, une nouvelle préoccupation s’est invitée dans le quotidien des conducteurs : le péage de Houègbo, désormais appliqué aux véhicules légers.

Sur la RNIE2, le poste de Houègbo impose un droit de passage de 1 000 FCFA par traversée, un montant fixé par la Société des infrastructures routières et de l’aménagement du territoire (SIRAT SA). Pour les chauffeurs de taxi, cette somme, répétée à chaque aller-retour, représente une charge supplémentaire difficile à absorber dans un contexte déjà marqué par la hausse du carburant et la baisse de la clientèle.

« Le principe n’est pas le problème, c’est le montant »

Assis à l’ombre, Rogatien Soglo, chauffeur sur l’axe Cotonou–Dassa-Zoumè, ne remet pas en cause l’existence du péage. « Nous savons que c’est pour le développement du pays, pour entretenir les routes », concède-t-il d’un ton calme. Mais pour lui, le montant fixé ne tient pas compte de la réalité sociale des chauffeurs. « Il faut aussi regarder nos conditions de vie. Si on peut ramener ça à 500 FCFA, ça va nous arranger », plaide-t-il. Selon Rogatien, le trafic a considérablement diminué. « Aujourd’hui, il n’y a plus assez de clients. Le travail ne marche plus comme avant », insiste-t-il.

Tarifs officiels de transport à la gare routière de Calavi-Kpota

Au-delà du coût, les conditions de passage au péage sont également pointées du doigt. « On paye, mais on peut rester longtemps dans la file », déplore le chauffeur, évoquant les embouteillages récurrents au niveau du poste. « Il y a encore de la place pour agrandir le péage et permettre aux véhicules de passer plus vite. Le temps aussi, c’est de l’argent. »

Des charges qui s’accumulent

Sur le même parc, Vivien, qui assure la liaison Abomey-Calavi–Bohicon, sort mentalement sa calculatrice. « Pour un voyage, je prends au moins 25 litres de carburant », explique-t-il. À 550 ou 600 FCFA le litre, la facture est déjà lourde. « Quand tu enlèves le carburant, l’entretien du véhicule, les tickets et maintenant le péage, il ne reste presque rien », confie-t-il. La rareté des clients complique davantage la situation. « Souvent, c’est un seul aller-retour par jour, et parfois tu ne reviens que deux ou trois jours après, faute de clients. »

Devant nous, Fabien, conducteur de véhicule de transport léger, prend le temps de chiffrer l’impact annuel du péage. « Un chauffeur qui fait un aller-retour par jour dépense environ 730 000 FCFA par an rien que pour le péage de Houègbo », calcule-t-il. Une somme considérable au regard des revenus moyens des chauffeurs. « Pourtant, le coût du transport reste le même, et les clients refusent toute augmentation », souligne-t-il. Fabien relève aussi une disparité entre les postes de péage du pays . « Celui de Houègbo prend à lui seul cinq à six fois plus que ceux de Porto-Novo ou d’Ahozon. »

Véhicule en cours de chargement

Chez papa Paul, chauffeur depuis plusieurs décennies, le constat est amer. « Entre l’essence, les tickets, le chargement et le péage, il ne reste presque rien », explique-t-il, le regard fatigué. Le retour à la maison est souvent incertain. « Tu peux rester trois ou quatre jours sans clients », confie-t-il, avant de lâcher une phrase : « Sans mentir, 1 000 FCFA, c’est le petit déjeuner d’une semaine d’un enfant. »

Des passagers encore peu affectés

À la différence des chauffeurs, les passagers interrogés à la gare routière de Calavi-Kpota disent, pour la plupart, ne pas ressentir d’impact immédiat du péage sur les tarifs du transport. En partance pour Bohicon, Parfait observe toutefois une évolution progressive des prix au fil des années. « Avant, on pouvait parfois payer 2 500 FCFA quand la voiture était bien chargée. Aujourd’hui, c’est plutôt 3 000 FCFA de façon régulière », note-t-il. Pour lui, ce montant est devenu la norme.

Même constat pour Olga, également en route pour Bohicon. « J’ai connu l’époque où le taxi coûtait 2 500 FCFA. Maintenant, on nous demande directement 3 000 FCFA. Je m’y suis habituée, même si ça pèse un peu plus sur le budget », confie-t-elle.

Véhicules en stationnement à la gare routière de Calavi-Kpota

Pour Abomey, Clémentine, une voyageuse régulière, parle d’une hausse amorcée bien avant l’instauration du péage. « Les prix ont commencé à augmenter depuis que le carburant est devenu cher », explique-t-elle. « Avant, je payais 3 000 FCFA. Maintenant, c’est 3 500 FCFA presque partout, même à Godomey ou à IITA. » Quant à Michel, installé sur le siège passager avant, il assume le coût du confort. « Avant, je pouvais payer 3 500 FCFA. Aujourd’hui, c’est clairement 4 000 FCFA, mais le prix est resté stable ces derniers temps », précise-t-il.

Une contribution au développement ?

Tous les chauffeurs ne partagent cependant pas la même lecture de la situation. Jean, une cinquantaine d’années, invite à relativiser. « Le tarif normal du transport est à 3 500 FCFA. Bien avant le péage, les clients n’arrivaient déjà pas à payer cette somme », rappelle-t-il. Selon lui, la décision des autorités s’inscrit dans une logique de planification. « Le gouvernement a fait ses analyses et a fixé le péage à 1 000 FCFA pour que le système fonctionne. Regardez les travaux en cours, ce sont des milliards de FCFA engagés », affirme-t-il. Et de conclure : « Chacun doit prendre ses dispositions face à ce qui arrive. »

Malgré la colère et les difficultés, les chauffeurs de taxi de la gare routière de Calavi-Kpota continuent de se conformer à la mesure depuis plusieurs semaines.

Philippe G. LOKONON


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