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Biya et Monsengwo ou l’illusion de l’au-delà ? [Roger Gbégnonvi]

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Question inépuisable. L’homme angoissé y répond depuis l’apparition des premières tombes dédiées à sa dépouille mortelle et témoignant d’une attente (?). Tant qu’on a la vie devant soi, on ne fait que vivre. Mais lorsque, pour diverses raisons, le temps qu’il reste à vivre paraît plus court que le temps déjà vécu, on vit alors avec le souci de la mort et, surtout, de son corollaire l’au-delà, qui fait de la mort un simple passage obligé vers la vie éternelle depuis que l’homme ne supporte plus l’idée de sa finitude. Or, même dans le camp des acquis à la cause, la vie après la mort tiendrait plus de l’espérance que de la certitude.
Et c’est le doute qui s’installe au regard du récent chassé-croisé entre un vétéran de la politique, serviteur en chef du peuple camerounais, et un prince de l’Eglise, serviteur dévoué du peuple congolais. Le 17 juillet 2021, le président Paul Biya arrive à Genève où il a ses habitudes pour des soins médicaux fiables. Pas officiellement malade, mais âgé. Or de Gaulle a dit que « la vieillesse est un naufrage ». Naufrage dont ne veut nulle personne âgée. Le lendemain, 18 juillet 2021, la dépouille mortelle du cardinal Laurent Monsengwo arrive à Kinshasa. Une semaine auparavant, le prélat était allé à Versailles pour y conjurer le naufrage de l’âge et de la maladie. Suisse et France. Parce que l’Afrique aurait partie liée avec le malheur, et qu’il faille, en cas d’urgence et si on le peut, chercher le salut loin d’elle.
Mais, quelle que soit leur condition de vie, de prolonger cette vie ici et maintenant est le vœu que les hommes chérissent en commun, en parfait accord avec le malheureux de La Fontaine appelant la Mort à son secours. Quand elle vint pour le délivrer : « N’approche pas, ô Mort ! Ô Mort, retire-toi ! » Aucun désir d’une vie transfigurée au-delà de la terre ne convertit l’homme au désir de la mort. « Le temps de nos années, quelque soixante-dix ans, / quatre-vingts, si la vigueur y est ; / mais leur grand nombre n’est que peine et misère. » Si, par sa franchise abrupte, le psalmiste (90/10) voudrait amener les hommes à quelque sagesse défaitiste, il se trompe. C’est un oui total et franc à la peine et à la misère avant la mort imparable. Tous en parfait accord avec le bucheron de La Fontaine : « Plutôt souffrir que mourir. » Souffrant, Jean-Paul II ne s’est pas laissé aller, il a résisté. Voilà l’homme !
Est-il un homme pressé d’aller vivre dans l’au-delà prétendu merveilleux de l’éternité ? A la vérité, aucun ! Et pourquoi ne pas appeler illusion ce qui en est vraiment une ? Blaise Pascal supplierait que l’on parie pour l’au-delà, au motif que l’homme n’a rien à perdre à un tel pari. Or, en tranchant dans le vif, en refusant tout espoir vain d’une vie post mortem, l’homme comble le vœu, pas du tout luciférien, fait à Adam et Eve : « Vos yeux s’ouvriront et vous serez comme des dieux, qui connaissent le bien et le mal » (Gen., 3/5).
Connaître le bien et le mal ici et maintenant, c’est quand l’homme se reconnaît entièrement et personnellement responsable des actes qu’il pose, c’est quand il ne se défausse pas du mal qu’il fait sur une religion ou une idéologie, c’est quand il fait le bien sans attendre de récompense autre que le bien fait (le bienfait), c’est quand il ne s’abrite pas derrière un guide, un chef religieux ou politique, qui existent, mais par qui il refuse de se laisser lobotomiser ou zombifier, parce qu’il se veut homme libéré et libre. Voilà l’homme !
S’il n’est pas de la catégorie des grands malfaiteurs genre Hitler ou des grands bienfaiteurs genre Alfred Nobel, dont la survie va de soi dans la mémoire des hommes, le commun des mortel devrait se convaincre qu’il n’a de vie après sa mort qu’à l’aune de la durée du souvenir des siens, et qu’il n’est d’au-delà pour lui que sa survie, plus ou moins longue, dans la mémoire des siens. « In memoriam. » Suffisant pour que l’homme, s’il le veut, vive sans illusion, en s’essayant au beau et au bien, au-delà de Biya et de Monsengwo.

Roger GBÉGNONVI

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