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Lycée de Nkolbisson ou le requiem de l’école africaine ?

À 14 ans, l’Ivoirien Laurent Barthélémy Ani Guibahi est allé s’éteindre dans le train d’atterrissage d’un Boeing 777. À 14 ans, le Camerounais Bisse Ngosso Brice a eu l’outrecuidance de donner la mort à son Professeur de mathématiques en plein cours, devant ses camarades de classe. À 14 ans, d’autres adolescents africains, pour l’heure anonymes, trempent sûrement dans d’autres vices à l’insu de parents et de gouvernants démissionnaires. La soixantaine passée, l’Afrique moderne ne cesse de générer, elle aussi, ses monstres scolaires, made in globalization.

Ces deux drames survenus dans deux différentes régions de l’Afrique interpellent pourtant nos consciences, du moins, si nous en avons encore!
D’abord, les parents. Les premiers fautifs, ce sont bien eux. Leur démission et leur désengagement total vis-à-vis du devoir sacré qu’est l’éducation des enfants est devenue pathologique. Cette démission est désormais symptomatique d’une société africaine extravertie à excès. Quand pour pouvoir mieux paraître dans une société de consommation purement matérialiste, papa et mamans s’en vont tôt le matin laissant les enfants aux soins chimériques de la servante, il ne peut en résulter que des monstres froids. A cela, s’ajoutent la disparition progressive du contrôle parental sur la scolarité des enfants ainsi que celle de l’autorité parentale qui semble en déclin. De moins en moins de parents viennent désormais à l’école, s’enquérir des succès et insuccès de leurs enfants, des bons et mauvais comportements de ces derniers. Mieux, beaucoup de parents ne représentent, aujourd’hui, que des épouvantails pour leur progénitures. Leur voix portent peu ou pas et ce sont plutôt eux qui se soumettent au diktat des leurs mômes abreuvés par des feuilletons et films foncièrement inadaptés à nos réalités socio-culturelles. Endurcis donc par la violence des médias, ces enfants deviennent des divorcés sociaux qui, dans l’enseignant, voient un adversaires qu’il faut affronter pour se faire une réputation dans l’antre scolaire.

Ensuite, l’enseignant lui-même. Même victime de cette déconfiture, il n’est pas à dédouaner car le mal vient aussi de lui. Dans nombre de pays africains, aujourd’hui, l’enseignant a perdu de sa notoriété d’antan. Le misérabilisme endémique qui caractérise l’existence des professionnels de la craie a rendu le métier de moins en moins attrayant. Du coup, les vocations ne naissent plus pour ce métier, oh! combien noble. Alors, ne s’y aventurent désormais que ceux qui en font un tremplin pour d’autres métiers dans le meilleur des cas. Au pire des cas, le métier est assailli par des personnes qui n’en ont aucun b.a.-ba. Dès lors, ils investissent les salles de classe sans aucune connaissance de la psychologie et la guidance de l’enfant. Et quand surgissent donc les conflits enseignants-apprenants, ces derniers ne savent que faire. Peut-être que si le jeune Tchakounté, Professeur de mathématiques froidement assassiné, n’avait pas fait l’option de l’affrontement, le drame du lycée de Nkolbisson ne se serait pas produit.

Il faut également montrer du doigt, ici, l’incapacité de plus en plus notoire des enseignants reconvertis en administratifs scolaires à gérer efficacement les conflits en milieu scolaire. Devenant pour la plupart Directeur, Censeur ou Surveillant par l’action des hommes politiques, ces enseignants n’affichent pas d’autorité réelle qui puisse infléchir la courbe de la délinquance scolaire galopante. Ainsi, complaisance, connivence, soudoiement de surveillants, pots de vin au directeur font croire à certains apprenants que tout peut être permis, même l’impossible. C’est sûrement ce qui explique que des apprenants arrivent à l’école avec des armes à feu comme blanches sans être interceptés par le contrôle supposé vigilant des surveillants.

Enfin, les gouvernants. Oui, encore et toujours eux! Ces gens à cause de qui tous les malheurs nous tombent dessus. La démission des parents évoquée plus haut n’est rien comparée à la leur. La décrépitude avancée de l’école est de leur fait. Dans l’école de Laurent, qui fuyait de toute évidence un misère étouffante, on évoque des effectifs de 115 élèves par classe. Voilà un peu l’image de l’école dans plusieurs pays africains. Et cet environnement hostile à l’épanouissement de l’être ne peut que former des enfants mus par de mauvaises pulsions. Immigrer à 14 ans en est une. Tuer son Professeur à ce même âge en est une autre. Mais quand on atteint ce sommet, plus besoin de venir vociférer devant micros et caméras comme la ministre camerounaise de l’enseignement secondaire. Il faut plutôt rendre le tablier depuis le sommet de l’Etat pour que des personnes capables de guider des hommes prennent la relève. Car finalement, routes, ponts, échangeurs, barrages, croissance à trois chiffres, environnement des affaires favorable, rayonnement international, ne vaudront rien face à la déchéance morale du matériel humain.

Raoul HOUNTONDJI

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