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Chronique Roger Gbégnonvi| Où vont les hommes poussés par le Covid-19 ?

Ainsi que je vous l’ai dit au téléphone, je suis bon septuagénaire, veuf il y a belle lurette, retraité bien sûr, vivant d’une pension convenable. Je venais de terminer un mois de vacances dans votre pays lorsque la chape de plomb du Covid-19 s’est abattue par surprise sur le monde. Je pouvais prendre l’un des derniers avions pour courir le risque de mourir, solitaire, dans mon deux-pièces à Grenoble ou en salle de réanimation. J’ai préféré survivre ici au soleil, au milieu de gens sympathiques. Je vais retourner chez moi puisqu’on dit que le Covid-19 observe une accalmie. Mais j’ai lu des écrits de vous. Et avant mon départ, dont j’ignore la date, j’ai tenu à discuter avec vous de ce qui nous est arrivé et qui nous poursuit.
La Démocratie ! Rêve réalisé et à réaliser. Même les pays à la démocratie nominale ont inscrit dans leur devise et au fronton de leur République le mot sublime de Liberté. Dans mon pays, on s’enorgueillit encore et toujours d’avoir renversé en 1789 les tables de la loi autocratique, et l’on ne rougit pas d’avoir décapité le roi et la reine pour signifier, sans plus aucun doute, notre amour de la Liberté et notre haine de tout absolutisme. Ce ne fut pas du goût de Napoléon ni de ses acolytes tenants de la Restauration. Mais nous avons tenu bon. Or en 2020, que nous est-il arrivé, à nous, à vous, à tous ? La peur. Une peur panique. Et Nous avons capitulé et accepté, moutons dociles, d’être assignés à résidence surveillée à domicile, et que la police, chiens en laisse, nous chasse des rues et verbalise les quelques résistants considérés comme des inconscients à la solde du Covid-19 pour infester la Nation.
Et la Religion ! La sacrosainte liberté de religion et de culte ! Qu’en avons-nous fait sous la férule du Covid-19 ? Nous l’avons presque anéantie puisque, pendant près de trois mois, alors que circulaient librement les quadrupèdes et les poissons, Jéhovah, Allah et Vishnou, à l’instar des hommes, ont été sommés de respecter le Covid-19. Le Divin cloîtré dans son temple et privé de l’adoration qui le fait exister. Et à l’heure où le Covid-19 aurait desserré l’étau, la police est aux aguets pour contrôler que ceux qui adorent le fassent masqués, en nombre restreint, loin les uns des autres. Ainsi, le culte divin ne relie plus les croyants entre eux pour les relier au Transcendant. Poussé par le Covid-19, on a fait des retrouvailles au temple un moment de distanciation sociale et de méfiance réciproque.
Paniqué, j’ai flirté avec le complotisme. J’en suis vite revenu en me disant que nos dirigeants ont beau être ce qu’ils sont, ils n’ont pas créé de commun accord le Covid-19 pour ruiner l’économie de leurs pays à des fins de décroissance démographique afin d’avoir à gouverner des peuples zombis ou rabougris. Ce n’est juste pas raisonnable. Par ailleurs, je n’ai plus en la Transcendance la foi limpide de mes parents et de mon enfance, et ne crois donc pas que le Ciel ait jeté le Covid-19 sur l’humanité « pour punir les crimes de la terre ».
Mais il faut que nous soyons bien pauvres en vocabulaire pour prétendre qu’il y a une éclaircie parce que le Covid-19 nous a ouvert une lucarne grillagée sur l’épaisse grisaille qu’il a installée. Pour voir quoi ? Je suis effaré. Il me semble que ce virus inconnu, qui affole nos boussoles et tétanise nos existences, nous a fait changer de planète, nous aura tout au moins plongés dans une époque étrange – oh combien ! et que « Nous n’aurons plus jamais notre âme de ce soir ». Devons-nous sauter dans le relativisme sans le moindre parachute ? Plus de savoirs sûrs et plus de normes qui rassurent ? S’il n’y a désormais de sûrs que les ennuis de santé, les factures à payer, la mort à subir et le Covid-19 capable, dit-on, de s’installer dans l’invisible et sur la longue durée, est-ce bien la peine d’être nés ? Ne me dites pas que je vous surestime en vous exposant mon angoisse, mes angoisses. Votre pensée m’importe au plus haut point. A votre avis, où vont les hommes poussés par le Covid-19 ?

Roger GBÉGNONVI

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