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[Chronique Roger Gbégnonvi] Penser maternellement le monde

Le 5 mai 2020, le Chef de l’Etat s’est prononcé contre le harcèlement sexuel et en a appelé à « la société moderne que s’emploie à bâtir au quotidien notre Gouvernement avec l’ensemble du peuple béninois ». Pour débarrasser ‘‘la société moderne’’ du harcèlement sexuel, il est urgent que chacun débarrasse sa tête et son cœur des tendances lourdes et dogmatiques, qui nous encombrent et qui fondent l’humiliation millénaire de la femme.
Et si à l’origine du harcèlement sexuel était le saint Livre de la Genèse ? Poussés par la curiosité, l’homme et la femme désobéissent à Dieu. Le Créateur les punit, les chasse du jardin d’Eden, les livre à la ‘‘vallée des larmes’’ après s’être acharné contre la femme : « Je multiplierai les peines de tes grossesses, dans la peine tu enfanteras des fils. Ta convoitise te poussera vers ton mari et lui dominera sur toi » (3/16). Heureux de ce ‘‘dominera sur toi’’, l’homme multiplie et varie les sévices destinés à extraire de la femme toutes les larmes de son corps afin que jamais pour elle la vallée des larmes ne s’assèche. Dans sa fureur et, peut-être, à son corps défendant, il arrive que l’homme passe de sévices à supplices mortels. Des statistiques officielles datées du 3 septembre 2019 font état de 149 femmes mortes en France en 2018 sous les coups de leur compagnon. Le total des battues à mort dans le monde donnerait lieu à une petite hécatombe annuelle de femmes tuées par leur conjoint. Et voilà que ces meurtres feraient passer pour pures gentillesses le braquage inattendu opéré par l’homme sur la femme dans le bureau soudain fermé à clé, le plaquage animal et brutal de la femme contre le mur, l’homme ahanant à la poursuite de la femme affolée qui se dérobe derrière table, chaises et armoire… La femme contrainte de subir les assauts de l’ogre déchaîné avant d’avoir la promotion ou le diplôme qu’elle a mérités par son travail !
Avant sa mort en 430, Augustin d’Hippone, dit l’Africain, sur le premier versant de sa vie, se montra friand d’aventures galantes. A 33 ans, Dieu exauçant les prières de sa mère Monique, Augustin se calma, entra dans les ordres, devint évêque. Erudit, il théorisa le péché originel et s’acharna contre la femme : elle n’est pas l’image de Dieu au même titre que l’homme. Avant sa mort en 1274, Thomas d’Aquin lui emboîta le pas : « La femme est un être accidentel » puisque, selon la Genèse, Dieu créa la femme pour faire à l’homme « une aide qui lui soit assortie » (2/3). Pour avoir posé les bases de la ‘‘saine doctrine’’ chrétienne, ces deux hommes ont été canonisés et déclarés Docteurs de l’Eglise.
Avant sa mort en 632, Muhammad d’Arabie fit en sens inverse le chemin d’Augustin d’Hippone. Marié à Khadija, son aînée et employeur, il goûta auprès d’elle, sur le premier versant de sa vie, les joies apaisées de la monogamie. Après le décès de Khadija, attiré par la fidélité à géométrie variable de la polygamie, il multiplia les épousailles. C’est donc le Muhammad du second versant qui, sous la dictée de l’Ange de Dieu, écrivit : « Vos femmes tiennent lieu pour vous d’un champ, allez à votre champ comme vous l’entendez » (2/223).
‘‘Sous la dictée de l’Ange de Dieu’’. Car l’homme a gravé dans le marbre des Livres saints sa volonté, faite volonté de Dieu, d’humilier la femme. Pour l’humilier sans reproche, il a avec lui les théologiens de tous ordres. Décrétés par nous hommes-de-Dieu, ils décryptent pour nous depuis toujours la pensée immuable de Dieu. La femme peut-elle briser le marbre et se libérer ? Le projet ‘‘société moderne’’ du Chef de l’Etat peut-il tuer l’hydre du harcèlement sexuel ? Il y aurait un moyen, un seul, de nous libérer de ce mal. La femme pose à l’homme cette question, la plus simple qui soit : « Pourquoi adores-tu ta mère, alors que tu humilies la femme ? » Et voici l’homme surpris. Si ébranlé que l’intelligence du cœur prend le dessus. Alors il reconnaît et embrasse l’urgence de penser maternellement le monde.

Roger GBÉGNONVI

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