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Victor Tovidakou, maître charpentier au Bénin : entre ciel et bois, l’art d’ériger des toits depuis 17 ans

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À Hêvié, dans la commune d’Abomey-Calavi, les marteaux résonnent comme des tambours de forge. Perchés sur une charpente de teck et de cocotier, des hommes affrontent le vide pour donner un toit aux familles. Parmi eux, Victor Tovidakou, charpentier depuis 17 ans, orchestre chaque geste, chaque clou, chaque souffle. Portrait d’un artisan de l’ombre, dont le métier est à la fois précision, passion et péril.

En ce matin chaud de saison sèche, le soleil frappe sans ménagement sur les tôles étalées à même le sol. Elles brillent comme des miroirs, prêtes à être hissées vers le ciel. Victor, la trentaine robuste, se tient légèrement en retrait, une main sur la hanche, l’autre sur son téléphone. Ses yeux vifs ne laissent rien passer. Chaque geste des ouvriers perchés à quatre mètres du sol est scruté avec attention. « Ajustez bien le bord pour que ça soit équerre ! », lance-t-il, d’une voix qui tranche dans l’air.

En haut, deux hommes clouent les plaques de métal avec une précision presque chorégraphique. Leurs marteaux résonnent en cadence, formant une musique brute, ponctuée par les ordres de Victor. En contrebas, deux apprentis, encore adolescents, courent d’un coin à l’autre, remontant les outils et les matériaux : chevrons en bois de teck, sacs de clous, scies et planches de renfort. « Envoie la tôle ! », crient les ouvriers. Dans ce tumulte organisé, chacun connaît son rôle.

Un métier choisi par défi

Rien ne destinait pourtant Victor à dompter les hauteurs. « Je fréquentais, mais je ne me voyais pas dans les études. J’ai fini par abandonner. Puis j’ai décidé d’apprendre ce métier de coffreur-charpentier. Depuis, ça fait 17 ans », confie-t-il, le regard fier.

Aujourd’hui installé à Porto-Novo, père de deux enfants, il a fait de la charpenterie non seulement son gagne-pain, mais aussi une véritable vocation. « Le travail n’est pas continu, mais c’est l’un des métiers les plus rentables du bâtiment. Quand on le fait bien, on s’en sort », dit-il, esquissant un sourire.

Le chef charpentier mesurant une tôle

L’assureur du chantier

Être charpentier, ce n’est pas seulement fixer des poutres et poser des tôles. C’est aussi veiller à la sécurité de ceux qui vous accompagnent. « On ne laisse pas n’importe qui monter sur une charpente. Seuls les plus professionnels et prudents le font », explique Victor, sérieux.

Les risques sont omniprésents. Une chute, une tôle mal fixée, un clou qui dérape… Mais il reste pragmatique. « Si un ouvrier se blesse, on l’amène à l’hôpital, ou on lui donne le temps de se soigner avant de revenir. » Ici, la solidarité est la première assurance vie.

Entre devis et réalités

Pourtant, malgré l’image de solidité qu’il incarne, le métier cache des fragilités économiques. « On ne peut pas aller au-delà du devis conclu avec le client. Alors on fait avec ce qu’il y a. À la fin d’un chantier, il peut te rester 50 000 ou 60 000 francs CFA. Mais si tu travailles bien, sur une année, tu t’en sors », détaille Victor, lucide sur les contraintes financières.

Victor supervisant le travail de ses ouvriers et apprentis

Transmettre le flambeau

La fierté de Victor ne réside pas seulement dans les toits qu’il érige, mais aussi dans les apprentis qu’il forme. Lui-même a appris sur le tas, et c’est ainsi qu’il transmet son savoir. Le processus peut durer cinq années. « Dès qu’ils prouvent leurs compétences, on leur donne leur diplôme de libération », raconte-t-il.

Actuellement, il encadre six jeunes, dont deux l’accompagnent sur le chantier de Hêvié. « Si je trouve d’autres apprentis, je vais encore prendre. L’essentiel, c’est le respect et la conscience du travail », insiste-t-il.

Sous le soleil qui décline, les dernières tôles se posent, fixées avec des gestes sûrs. Le toit prend forme, majestueux, promesse d’un abri solide pour la famille qui bientôt occupera la maison. Victor essuie la sueur qui perle sur son front et observe le résultat, satisfait.

Pour lui, être charpentier n’est pas seulement bâtir des charpentes. C’est élever des vies. « Construire un toit, c’est protéger des gens. C’est ça, le vrai sens du métier », conclut-il.

Dans le vacarme des marteaux, entre bois et métal, Victor Tovidakou incarne ces artisans discrets qui, sans bruit, façonnent le quotidien et le futur de nos villes.

Philippe G. LOKONON


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