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Michel Sodjinou et 5 ex-LD au Parlement béninois : les revenants et la question de la parole

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Il y a des retours qui font plus de bruit que des départs. Celui de Michel Sodjinou et de cinq autres anciens députés du parti Les Démocrates, désormais élus sur les listes de l’Union progressiste le Renouveau (UP-R) et du Bloc républicain (BR), appartient à cette catégorie politique rare où la victoire électorale n’éteint pas la controverse, mais la ravive.

Les résultats provisoires proclamés samedi 17 janvier 2026 par la Commission électorale nationale autonome (CENA) sont sans appel : les six anciens opposants ont retrouvé le chemin du Palais des gouverneurs. Leur ancien parti, Les Démocrates, n’a pas franchi la barre fatidique des 20 % exigés dans les circonscriptions pour prétendre au partage des sièges, se contentant d’un score global de 16,14 % des suffrages exprimés. Ironie de l’histoire : le parti reste hors de l’hémicycle, mais certains de ses anciens cadres y siègeront bel et bien.

Dès lors, une question s’impose, lancinante et politique : quelle place pour ces élus “mouvanciés” venus de l’opposition ?

Pour une partie de l’opinion, leur départ de Les Démocrates fut vécu comme une trahison, voire comme une abdication idéologique. Dans un paysage politique béninois où la fidélité partisane est souvent confondue avec la vertu morale, le changement de camp est encore perçu comme un péché originel, difficilement rachetable par les urnes. Pourtant, les urnes ont parlé. Et elles ont parlé en leur faveur.

Mais être élu ne suffit pas à solder le procès politique. Ces six députés portent désormais une responsabilité particulière : celle d’incarner, au sein même de la mouvance présidentielle, une mémoire critique, une sensibilité plurielle, une dissonance utile. Leur présence ne saurait être réduite à un simple renfort arithmétique pour la majorité parlementaire. Ce serait là un immense gâchis démocratique.

La question n’est donc pas seulement de savoir s’ils ont gagné, mais ce qu’ils feront de cette victoire. Seront-ils des députés silencieux, fondus dans la discipline majoritaire, ou des élus capables d’introduire, avec intelligence et mesure, une diversité d’opinions au cœur de l’Assemblée nationale ? Leur passé d’opposants peut-il devenir une richesse politique plutôt qu’un stigmate ?

Dans une démocratie adulte, l’hémicycle n’est pas un monastère idéologique. Il est, ou devrait être, un espace de confrontation raisonnée, où les convictions se transforment au contact de la réalité du pouvoir. À ce titre, les ex-LD aujourd’hui sous les couleurs UP-R et BR ont une carte singulière à jouer : celle de la parole transversale, ni hostile par principe, ni docile par confort.

Ils sont attendus sur leur capacité à défendre les intérêts des citoyens au-delà des étiquettes, à enrichir le débat législatif par des contributions nourries de leur expérience passée, et à rappeler, quand il le faut, que la majorité n’est jamais synonyme d’unanimité.

Car au fond, la vraie trahison en politique n’est pas de changer de parti. Elle est de renoncer à penser, à proposer, à questionner.

L’histoire parlementaire jugera ces six députés non sur le lieu d’où ils viennent, mais sur la place qu’ils sauront occuper. Une place qui, si elle est assumée avec courage et intelligence, pourrait bien redonner sens à cette notion souvent galvaudée, la représentation nationale.

Venance TONONGBE


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