lamétéo.info
Société

Emploi étudiant en France : « Tu viens, on te dit non »… Ces discriminations silencieuses que subissent des jeunes béninois à l’embauche

Partager

Quitter le Bénin pour poursuivre ses études en France demeure un rêve partagé par de nombreux jeunes. Mais à l’ombre de cette ambition, se cachent des réalités bien moins reluisantes : discrimination, solitude, galères pour trouver un emploi… À travers les récits de Martinel et Oramson, deux étudiants béninois installés en France, Lameteo lève le voile sur la face cachée de l’expérience estudiantine à l’étranger.

« Tu viens, on te dit non ». Cette phrase d’Oramson, jeune étudiant béninois en Master 1 à Paris, résume le désarroi d’une frange de la jeunesse béninoise partie poursuivre ses études en France, mais confrontée à un paradoxe de plus en plus courant : des offres d’emploi visibles, mais des portes systématiquement closes. Au-delà de l’apparente ouverture du marché du travail, c’est une réalité plus complexe, parfois injuste, que vivent ces jeunes à la recherche d’un emploi étudiant.

« Avec un ami, on a passé une journée entière à distribuer nos CV dans des centres commerciaux. On se faisait recaler sans même qu’on jette un œil à notre dossier », se souvient Oramson. Malgré la présence de nombreuses affiches « Nous recrutons » ou « Poste à pourvoir », la réponse est toujours la même : « On ne cherche personne. » Un traitement qui interroge, surtout lorsqu’il devient systématique.

Ce genre d’expérience, Martinel, étudiant en licence 3 de droit à Chambéry, l’a également connue. Après plusieurs semaines de recherches infructueuses, il finit par trouver un emploi dans un restaurant du groupe KFC. Mais il reconnaît que pour beaucoup de ses compatriotes, le premier contact avec le marché du travail est souvent un mur d’invisibilité.

Le poids de la discrimination silencieuse

Ces refus à répétition sans justification, malgré l’affichage explicite de postes vacants, posent la question du profilage ethnique et social dans le recrutement des jobs étudiants en France. Si aucune preuve directe de discrimination n’est toujours possible à apporter, plusieurs jeunes interrogés évoquent le même type de traitement : des recruteurs qui évitent le regard, des CV ignorés, des candidatures rejetées sans considération.

« En amphi, certains anciens se moquaient de mon habillement. Il y a aussi ce regard hautain, condescendant, que certains portent sur nous », dénonce Oramson. De nombreux jeunes étudiants africains témoignent de ces micro-rejets répétés, souvent impossibles à prouver, mais profondément décourageants.

Martinel, étudiant en licence 3 de droit à Chambéry

Études, petits boulots et grande fatigue

Une fois l’obstacle du premier emploi franchi, il faut ensuite apprendre à jongler avec un emploi du temps infernal. Oramson, aujourd’hui community manager pour une startup chinoise, cumule 20 heures de travail hebdomadaire tout en suivant des cours exigeants à l’université de la Sorbonne. Martinel, quant à lui, travaille en restauration rapide, souvent le soir et le week-end, en plus de ses obligations académiques.

« On n’a pas d’autre choix que de s’adapter. Il faut valider l’année tout en gagnant un peu pour survivre », explique Martinel. Oramson renchérit : « Tout est une question d’organisation, mais il faut une rigueur presque militaire pour s’en sortir. »

Retour au pays ?

Malgré tout, ni Martinel ni Oramson ne se découragent. Mieux, ils envisagent leur avenir entre la France et le Bénin. « Mon objectif, c’est de revenir au pays, mais après avoir compris les rouages ici, me constituer un bon carnet d’adresses et pouvoir faire la navette entre les deux mondes », espère Oramson.

« Préparez-vous mentalement ! »

Leur message aux jeunes béninois qui rêvent de France est limpide : ne partez pas les yeux fermés. « Ce n’est pas facile. Vous serez seuls, dans un pays inconnu. Il faut de l’organisation, de la foi, de la patience, une vraie force intérieure », avertissent-ils. Car derrière la carte d’étudiant et les photos de la Tour Eiffel, la réalité est souvent brutale.

Raïssa NOUGBODOHOUE


Partager

Articles similaires

Peut-on incinérer le corps d’un chrétien catholique après sa mort ?

Venance TONONGBE

Lolo Andoche lance des soldes Black Friday : jusqu’à 30 % de réduction sur vos tenues de fête

Raïssa NOUGBODOHOUE

Code électoral au Bénin : A l’EPMB, des laïcs accusent la hiérarchie de l’EPMB d’avoir trahi l’Église catholique restée critique

Venance TONONGBE

Laissez un commentaire

You cannot copy content of this page