Le Bokônon ne prédit pas l’avenir au hasard et ne se contente pas de « deviner ». Lors d’une conférence d’information destinée aux professionnels des médias, Mahugnon Kakpo a expliqué le véritable rôle du prêtre de Fâ et le long apprentissage qui mène à cette fonction.
Faces aux incompréhensions souvent suscitées par le rôle des « Bokônon » ou « Babalao » dans la société, le professeur Mahugnon Kakpo, président du comité des rites Vodun du Bénin a entrepris de clarifier cette fonction en revenant sur la formation du prêtre de Fâ, sa mission et la manière dont se déroule une consultation. L’universitaire s’est ouvert aux journalistes réunis le 20 juin 2026 à Cotonou, à l’initiative de son Comité et de l’Union des professionnels des médias du Bénin (UPMB).
Dans son exposé, Mahugnon Kakpo, lui-même prêtre du Fâ, a insisté sur un point : devenir Bokônon ne relève ni d’un don spontané ni d’un simple rite d’initiation. C’est un long parcours d’apprentissage qui demande plusieurs années de préparation. « Le Fâ est un domaine qui nécessite un apprentissage. Le Fâ est un ordre initiatique, mais cela nécessite un apprentissage long et minutieux. Parce que pour devenir prêtre de Fâ, pour avoir les vraies qualités, vous avez besoin d’une formation d’au moins 9 ans. Et cette formation est aussi bien théorique que pratique. »
Selon lui, cette formation permet au Bokônon de maîtriser les enseignements du Fâ afin d’interpréter correctement les signes qui lui sont révélés. Son rôle consiste donc à mettre ce savoir au service des personnes qui viennent chercher des réponses à leurs préoccupations.
Pour illustrer cette démarche, Mahugnon Kakpo a établi un parallèle avec la médecine moderne. À ses yeux, les deux approches suivent la même logique : partir d’une préoccupation, l’analyser, puis proposer une réponse adaptée.
« Le domaine du Fâ c’est exactement comme le domaine médical. Vous ressentez des symptômes. Vous allez voir un médecin, vous lui expliquez les symptômes que vous avez. Il procède à un examen, à une analyse. Cette analyse peut être approfondie par d’autres machines. Et après, vous lui apportez les résultats et il pose un diagnostic. De ce diagnostic-là, il établit un protocole médical. C’est exactement la même chose que le Fâ. »
« Le Bokônon est un interprète »
Le conférencier a toutefois précisé que le Bokônon n’agit jamais en son nom propre. Il a expliqué que la consultation passe par Orunmila, présenté comme la divinité de la divination, qui seule accède au message contenu dans le Fâ. « Vous avez une préoccupation, vous allez voir le Bokônon. Ce n’est pas lui qui règle le problème. C’est Orunmila, que le Bokônon sollicite. Le Fâ, message de l’être absolu, est le seul capable d’aller vers ce message-là qui est comme une bibliothèque immatérielle ou virtuelle dans laquelle seul Orunmila peut plonger pour aller rechercher la réponse. Cette réponse intervient sous forme du signe ou du Fâdu que le Bokônon a appris maintenant à interpréter. »
À partir de ces explications, l’enseignant-chercheur a voulu déconstruire une idée largement répandue sur le rôle du prêtre de Fâ. « Le Bokônon n’est donc pas un devin. Il ne devine rien. C’est un interprète des savoirs du Fâ. »
Cette conférence s’inscrivait dans une série d’activités initiées par le Comité des rites Vodun du Bénin pour mieux faire connaître les fondements du Vodun et fournir aux professionnels des médias des repères sur ses pratiques et ses concepts.

