Le 2 novembre, les églises et cimetières du Bénin se parent de bougies et de prières pour la commémoration des fidèles défunts. Une célébration chrétienne profondément enracinée dans un contexte culturel marqué par la vénération des ancêtres à travers les Asɛn. Entre foi catholique et traditions endogènes, le Père Jean-Alexandre Tozé, prêtre et enseignant au Séminaire Notre-Dame de Fatima à Parakou, livre son regard sur cette coexistence spirituelle.
Le cimetière de KP14, à Abomey-Calavi, est enveloppé d’une lumière particulière ce 2 novembre 2025. De petites flammes vacillent sur les tombes, portées par des mains pieuses. Des familles entières, Bible et chapelet en main, murmurent des prières pour le repos de leurs proches disparus.
Comme ici, à travers tout le pays, les paroisses ont vibré au rythme de la commémoration des fidèles défunts, une célébration au cœur du calendrier liturgique catholique. Messes, bougies, offrandes et processions ont ponctué la journée. « La fête des défunts est une célébration chrétienne dédiée à ceux qui ne sont plus de ce monde », rappelle le Père Jean-Alexandre Tozé, professeur au Séminaire Notre-Dame de Fatima à Parakou.
Selon le prêtre, cette journée traduit une conviction forte : « Seuls ceux qui sont encore sur la terre peuvent intercéder pour ceux qui sont partis. » L’Église, poursuit-il, encourage les fidèles à offrir des prières, jeûnes et aumônes pour les âmes du purgatoire, un acte de foi et de solidarité spirituelle.
La croix, les Asɛn et la mémoire des ancêtres
Mais au Bénin, cette prière pour les morts ne s’arrête pas aux portes de l’Église. Dans de nombreuses familles, la mémoire des défunts se manifeste à travers les Asɛn, des effigies métalliques ou symboliques représentant les ancêtres. Elles trônent dans les maisons ou sur les autels familiaux et témoignent du lien indéfectible entre les vivants et les morts.

Pour le Père Tozé, ces pratiques « traduisent une mémoire respectueuse et respectable », mais nécessitent un discernement. « La manière traditionnelle d’honorer les défunts doit être purifiée par la manière chrétienne », souligne-t-il.
Le risque du syncrétisme religieux
À l’intersection de la foi et de la culture, le risque de syncrétisme religieux plane. Le Père Tozé met en garde : « Les Asɛn renvoient à la présence de ceux qui sont partis, mais cette représentation peut conduire à un mélange de croyances qui ne dit pas son nom. »
La doctrine catholique, explique-t-il, invite à ne pas confondre souvenir des morts et invocation spirituelle. « L’Église demande de bannir certaines pratiques non pas dans le mépris, mais pour préserver la foi dans son fondement : Jésus-Christ. »
Sans condamner la tradition, le prêtre prône une foi éclairée et enracinée. « La tradition dans laquelle nous sommes nés doit être illuminée par la foi catholique, qui nous guide sur le chemin de la lumière et de la paix », insiste-t-il. Pour lui, l’enjeu n’est pas d’opposer les cultures, mais de les purifier à la lumière de l’Évangile.
Le Père Tozé invite les fidèles à poser des gestes concrets. « Prions pour nos défunts, célébrons des messes, faisons jeûne et aumône afin que le Seigneur, par nos prières, les accueille dans sa béatitude éternelle », exhorte-t-il.
Ainsi, au croisement de la foi chrétienne et de la mémoire ancestrale, entre le son des cloches et le murmure des ancêtres, les cœurs béninois continuent d’entretenir le lien sacré entre les vivants et les morts.

