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[Chronique Roger Gbégnonvi]: Usage du progrès à contre-sens par les Béninois

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Utiliser les progrès de la technologie pour reculer n’est pas le fait que des Béninois, mais il est leur fait aussi. Et dans un pays, le Bénin, qui doit aller de l’avant, il est urgent que les citoyens s’aperçoivent du terrible travers afin de corriger le tir pour mettre le pays en ordre de marche. Voici deux exemples d’usage à contre-sens du progrès par les Béninois.
Dès son acquisition par un grand nombre de citoyens, la télévision est devenue dans les maisons l’hôte incontournable. Peu importe le sujet qui vous réunit, elle est là, allumée, et assiste au débat. Celui qui tient la télécommande joue à faire défiler les chaînes à sa guise. Ce qui se voulait un entretien a perdu tout fil conducteur à cause de l’emprise de la télé. Une fois ou l’autre, un grognement : « Vous avez vu ça ? » Et comme les Occidentaux n’arrêtent pas le progrès, ils ont envoyé le smartphone s’ajouter à la télé, qui reste allumée. Mais devant elle désormais, chacun tient sa mini-télé, elle aussi allumée, et tous sont heureux de tracer des traits faisant apparaître des images mièvres, des ragots et des intox déclencheurs de rires idiots. De temps en temps, quelqu’un brandit son jouet sous le nez du voisin : « Hé, regarde ça ! Non, je vais te l’envoyer ! » De quoi discute-t-on déjà ? On ne sait plus très bien.
Le deuxième exemple a trait à la mort, la chose la plus importante de la vie. Naguère tous les Béninois enterraient leurs morts trois jours au plus tard après le décès, par respect pour le trépassé dont le corps ne résiste plus aux 32° Celsius à l’ombre. Pour les mêmes raisons, l’Islam fait obligation aux siens d’inhumer le défunt le jour même de l’envol de l’âme. L’Etat français fait obligation aux siens d’inhumer les morts dans un délai légal de six jours au maximum. Depuis la vulgarisation de la morgue au Bénin, les Béninois donnent du temps au temps en ce qui concerne les inhumations. Telle dame, très pauvre, décédée en novembre 2019, ne sera pas enterrée avant mars 2020. Ainsi en a décidé la famille. Quant à Monsieur Untel, très riche, décédé début janvier 2020, ses obsèques auront lieu mi-février 2020. Les deux cadavres gisent à la morgue pendant que les familles préparent les festivités. Un budget provisoire d’une demi-dizaine de millions f. CFA a été arrêté pour le Monsieur. La Dame avait rang de notable, nonobstant quoi elle a rendu l’âme dans une masure des plus enfumées. Pour les réjouissances autour de son cercueil, la famille lui fera plaisir en ayant construit pour ses beau yeux un petit appartement, avec électricité et rideaux. Etc.
Dans ces attitudes ou d’autres, qu’il fait endosser aux progrès de la technologie, quand il enferme pendant des mois ses morts dans des caisses frigorifiques, quand il est hagard des heures devant la télévision pour engranger un ramassis de sons et d’images futiles, quand il joue la journée longue avec son smartphone, le Béninois est fier, convaincu d’être moderne et d’aller dans le sens du progrès. Objectivement, il s’est déconnecté de « la foule immense de ceux qui construisent et de ceux qui cherchent », mais il est presque impossible de lui en faire prendre conscience. Et c’est là le problème. Et c’est là le drame.
Problème et drame lorsque le malade, loin de s’accepter malade, se complaît dans sa maladie et que, au surplus, ‘‘ceux qui construisent et ceux qui cherchent’’ lui font croire volontiers que tout va bien, du moment que le Béninois peut acheter et consommer tout ce qu’il veut pendant que son coton est transformé ailleurs où il crée emplois et richesses. Et voilà pourquoi ledit ‘‘usage du progrès à contre-sens par les Béninois’’ interpelle « l’Afrique qui a tout et ne transforme rien, au contraire de l’Asie qui n’a rien et transforme tout ». Les peuples ‘‘réduits’’ à consommer doivent relever le défi de la dignité humaine en faisant par raison ce que leur interdit le partage manichéen des rôles, les actifs d’un côté, les passifs de l’autre. Tous doivent exister au monde en s’efforçant de l’augmenter d’un génie singulier.

Roger Gbégnonvi

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