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Abomey-Calavi : dans l’ombre des toitures, Vincent et Jean, deux apprentis charpentiers à l’école du bois et de l’acier

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À Hêvié, dans la commune d’Abomey-Calavi, le bruit sec des marteaux résonne sur un chantier de maison basse. Parmi les ouvriers, deux jeunes apprentis, Vincent et Jean, apprennent patiemment les gestes du métier de charpentier. Entre sueur, discipline et rêves d’avenir, immersion dans le quotidien de ces petites mains qui bâtissent l’avenir sous les toitures en aluminium.

Le soleil est déjà haut dans le ciel de Hêvié. Dans l’air chaud flotte l’odeur brute du bois fraîchement scié, mêlée à celle plus âcre du métal chauffé par les rayons. Sur une maison basse en construction, les marteaux résonnent comme une cadence militaire : clac… clac… clac.
Dressée la veille, une charpente en teck et bois de coco attend sa couverture. Les tôles alu, lourdes et brillantes, s’entassent au sol. Deux jeunes silhouettes s’affairent à proximité. Casquette vissée sur la tête et mains noircies par la poussière, Vincent et Jean ne lâchent pas d’un pas leurs aînés. « Passe-moi les pointes galvanisées ! », lance un ouvrier perché sur la charpente. Jean bondit, cherche dans la caisse et tend le sachet. Vincent, lui, cale des planches sur ses épaules pour les hisser jusqu’aux échafaudages.

Ils n’osent pas encore grimper sur le bois pour poser les chevrons, mais chaque geste est une leçon. Ils regardent, retiennent, imitent. Apprentis charpentiers, ils apprennent le métier dans l’ombre des maîtres.

Jean et Vincent, deux chemins…

Sous sa carrure mince et son visage marqué par le soleil, Jean Soninyékpon cache une détermination forgée par l’échec scolaire. À 22 ans, il se souvient encore de l’arrêt brutal en classe de 4ᵉ : « Mon niveau ne me permettait pas d’aller loin à l’école. Après, j’ai tenté le commerce avec mon père. Mais avec la dévaluation du naira, c’était trop dur », raconte-t-il en essuyant son front d’un revers de manche. La charpenterie s’est alors imposée comme une bouée de sauvetage. Un an et demi plus tard, il s’accroche, malgré les journées éprouvantes.
À ses côtés, Vincent Yèhouénou, 19 ans, arbore un sourire franc. Diplômé du BEPC, il a choisi la charpenterie par passion. « C’est moi-même qui ai choisi ce métier. C’était une envie personnelle », confie-t-il. Un choix assumé, porté par l’admiration des bâtisseurs.

Leur quotidien suit la rigueur du chantier. À l’aube, bien avant l’arrivée du maître charpentier, ils sont déjà sur place. Ils préparent les clous, alignent les planches, rangent marteaux, scies et cisailles. Leur mission : que rien ne manque à l’équipe.
« Quand le patron travaille, il faut bien observer, sinon on ne comprend rien », insiste Jean. Le regard sérieux, il ajoute : « Et quand il t’explique, tu dois retenir, sinon tu n’évolues pas. »
Au début, la peur paralysait leurs gestes. Monter sur un toit, se tenir en équilibre sur des chevrons fragiles, manipuler des dalles en hauteur : autant d’épreuves. « Aujourd’hui, les tâches qui me faisaient peur, je les fais avec plaisir », sourit Vincent. Même Jean, qui avoue que « monter en hauteur, ça fait peur, même aux patrons », s’habitue peu à peu au vertige.

Vincent et Jean travaillant sous le contrôle de leur patron

« Exigeant, mais toujours prêt à former »

Leur maître charpentier, figure respectée sur le chantier, incarne à leurs yeux l’exigence et la transmission. « Il est correct, exigeant, mais toujours prêt à former », note Vincent. Jean nuance : « Il ne peut pas être doux tout le temps, il a un programme à suivre. Mais il prend le temps d’expliquer, et ça, c’est important. »
C’est à travers ce mélange de rigueur et de pédagogie que les jeunes avancent, un clou après l’autre, vers leur libération, ce moment où, reconnus par leurs pairs, ils pourront voler de leurs propres ailes.

Des rêves bien ancrés dans l’avenir

Dans le vacarme du chantier, les deux apprentis nourrissent déjà leurs ambitions. Vincent rêve d’obtenir son diplôme professionnel, de se libérer et de monter son propre atelier. Jean, lui, espère reprendre un jour les études grâce à l’argent gagné par ses mains calleuses.
Mais au-delà de leurs destins individuels, ils portent un message pour la jeunesse. « Même si on te gronde ou on te frappe, ne te décourage pas. Tous les métiers sont bons. Il faut juste du courage et de la volonté. Un jour, tu récoltes ce que tu as semé », lance Jean, la voix couverte par un marteau qui claque au-dessus de lui.

Dans l’attente de leur libération

Encore quelques années d’apprentissage les attendent avant la libération. Mais d’ici là, Vincent et Jean perfectionnent leurs gestes : coffrage, pose de charpente, couverture de toiture. Chaque journée passée sur le chantier est une nouvelle page de leur formation.
Sous le regard attentif de leur maître, ces deux apprentis charpentiers apprennent à dompter le bois, l’acier et l’aluminium. Et derrière la poussière, la sueur et la fatigue, se dessine l’avenir de deux jeunes Béninois décidés à bâtir leur vie… à la force de leurs mains.

Philippe G. LOKONON


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