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Eau potable en Afrique : à Kigali, le Bénin dévoile sa recette pour doubler l’accès dans les villages

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Le Bénin sert de modèle à un grand rendez-vous africain sur l’eau qui se tient cette semaine à Kigali, la capitale du Rwanda. Le pays y raconte comment l’eau potable est arrivée dans ses villages, à un rythme que peu d’États africains ont connu ces dernières années.

Une délégation béninoise expose, du 17 au 21 août, les résultats de la politique de l’eau menée dans les campagnes du pays, devant des responsables venus de plusieurs pays africains réunis à Kigali. Cette rencontre, le Symposium africain sur le leadership des systèmes d’eau et d’assainissement, est organisée par l’Union africaine, le Conseil des ministres africains chargés de l’eau, le gouvernement rwandais et l’organisation internationale IRC. L’Agence nationale d’approvisionnement en eau potable en milieu rural, qui pilote la politique béninoise sur le terrain, porte la voix du pays à cette rencontre.

Cette expérience béninoise tient d’abord dans des chiffres qu’il faut rappeler. En 2017, seuls 42 % des habitants des zones rurales avaient accès à l’eau potable près de chez eux. Fin décembre 2025, ce chiffre atteint 84,3 %. Une telle progression ne doit rien au hasard. Elle vient d’un changement de méthode : plutôt que de multiplier des points d’eau isolés, le pays a construit de grands réseaux capables d’alimenter plusieurs villages à la fois, avec des branchements dans les maisons et des équipes chargées d’assurer l’entretien sur la durée.

Le dernier rapport de l’agence béninoise donne une idée du travail mené sur les six derniers mois de 2025. Vingt-six nouveaux points d’eau ont été mis en service et cinquante-sept anciens réseaux villageois remis en état. Sur la même période, 176 prélèvements ont permis de vérifier la qualité de l’eau distribuée aux familles.

Des tarifs pensés pour durer

Construire des réseaux ne suffit pourtant pas si le service ne dure pas dans le temps, et c’est là qu’intervient la question des tarifs. À Kigali, le Bénin met en avant sa façon de faire payer l’eau, présentée par les organisateurs du symposium comme l’une des réformes tarifaires les plus abouties du continent. L’idée derrière cette réforme est simple à comprendre. Il s’agit de fixer des prix qui permettent d’entretenir les réseaux sur le long terme, sans exclure les familles les plus pauvres, grâce à des branchements subventionnés et une aide ciblée vers les ménages vulnérables. Cette façon de faire parle aussi aux bailleurs de fonds, puisqu’un pays capable de montrer clairement combien coûte son eau et comment les pertes sont compensées inspire davantage confiance aux banques de développement et aux investisseurs.

Une politique de gestion durable de l’eau

Fixer un bon prix ne sert cependant à rien si personne n’assure l’entretien au quotidien, et c’est le troisième axe que le Bénin met en avant à Kigali. Le pays est passé d’une gestion éclatée, où chaque village se débrouillait de son côté, à des équipes sous contrat, avec des objectifs de résultats à tenir. La Banque mondiale présente aujourd’hui cette évolution comme un exemple que d’autres pays africains pourraient suivre.

Témoignages

Ces choix, un peu techniques sur le papier, se traduisent par des changements bien concrets dans la vie des villages. À Gbégourou, dans la commune de N’Dali, l’arrivée du réseau d’eau a réduit les longues corvées et fait reculer les maladies liées à l’eau sale, selon des témoignages recueillis sur place. À Tchatchou, les nouvelles installations rapprochent l’eau des maisons, en particulier pour les femmes et les enfants, qui portaient auparavant l’essentiel de cette charge.

Des moyens renforcés depuis l’arrivée de Wadagni

Cette dynamique ne s’arrête pas aux portes du symposium. Elle s’appuie sur des décisions budgétaires prises ces derniers mois. Depuis son investiture le 24 mai 2026, le président Romuald Wadagni a maintenu l’effort engagé sur l’eau. Le 3 juin 2026, le Conseil des ministres a débloqué 20 milliards de francs CFA pour amener l’eau et l’électricité dans les écoles publiques qui en manquent encore, ainsi que 10 milliards de francs CFA pour les centres de santé publics dans la même situation.

Le symposium de Kigali se poursuit jusqu’au 21 août. Le Bénin y présente son expérience comme un exemple que d’autres pays africains pourraient reprendre pour améliorer, chez eux aussi, l’accès à l’eau potable.

Philippe G. LOKONON


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