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Rome, Vatican II et tensions avec Fraternité Saint-Pie X : la position de l’Église catholique du Bénin selon le Père Jean-Alexandre Tozé

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La volonté annoncée de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X d’ordonner de nouveaux évêques relance les tensions avec le Vatican. Au Bénin, l’Église catholique rappelle son attachement au Concile Vatican II et à la communion avec Rome.

La crise entre le Vatican et la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX), fraternité fondée le 1er novembre 1970 par l’archevêque français Monseigneur Marcel Lefebvre à Écône, en Suisse avec pour idée première de préserver la tradition catholique, notamment la messe en latin, le sacerdoce traditionnel et le refus de certaines réformes comme le dialogue interreligieux, connaît un nouvel épisode avec l’annonce publique, le 2 février 2026 de l’intention de cette communauté « dissidente » de procéder à de nouvelles consécrations épiscopales le 1ᵉʳ juillet 2026 sans l’accord du pape. Une situation suivie avec attention par l’Église catholique du Bénin, qui se réfère aux orientations du Concile Vatican II, selon les explications du père Jean-Alexandre Tozé à Lameteo.

Vatican II, la pomme de discorde

À l’origine de la rupture, le Concile Vatican II (1962-1965), dont certaines réformes sont rejetées par la Fraternité. « La Fraternité Saint-Pie X a jugé le Concile Vatican II comme le Concile des apostas, ayanyt pour arrière fond de préserver la messe traditionnelle, messe face à l’Orient, en latin, en face de ce qu’il considère aujourd’hui comme une dérive moderniste et libérale de l’Eglise après le concile du Vatican II », explique le père Jean-Alexandre Tozé, directeur adjoint des études au séminaire Notre-Dame de Fatima de Parakou.

Le prêtre rappelle que l’une des principales réformes concernait la liturgie. « Avant 62, on célébrait la messe face à l’Orient. Mais à partir de 65, on avait la possibilité de célébrer maintenant face au peuple », indique-t-il. Pour les courants traditionalistes, ce changement est perçu comme une remise en cause du caractère sacré du mystère eucharistique.

Une situation canonique toujours irrégulière

En 1988, la consécration d’évêques sans mandat pontifical par la Fraternité a provoqué une rupture avec Rome. Sur le plan de l’Église, ces évêques sont considérés comme validement ordonnés, mais leurs consécrations restent illicites, car réalisées sans l’autorisation du pape.

Des avancées ont toutefois été enregistrées sous les pontificats de Benoît XVI et de François. « Les membres de la Fraternité sont revenus à la communion, mais ils n’ont pas voulu rester soumis à l’Église », précise le père Tozé. L’Église catholique reconnaît aujourd’hui la validité de leurs messes, sans pour autant leur accorder un statut canonique complet.

Ordination de prêtres par des évêques de la Fraternité Saint-Pie X

Le projet de nouvelles ordinations

Selon le prêtre, la Fraternité craint de manquer d’évêques à l’avenir. « Ils ont peur qu’après la mort du dernier, qu’il n’y ait plus une suite pour leur communauté. C’est pourquoi ils désirent maintenant ordonner d’autres évêques pour perpétuer la tradition de leur communauté », explique-t-il.

Une telle initiative, si elle se faisait sans accord du Saint-Siège, risquerait d’aggraver les tensions avec Rome et de retarder toute réintégration juridique et ecclésiale.

La position de l’Église catholique du Bénin

Au Bénin, l’Église reste fidèle aux réformes issues de Vatican II. « Actuellement au Bénin nous restons ouverts parce que c’est le Concile Vatican II qui est mis en application », souligne le père Jean-Alexandre Tozé. Il rappelle aussi l’importance de l’introduction des langues locales dans la liturgie, une réforme majeure du Concile. « On peut désormais parler le français, le Fongbé, le Gungbé, le Mina… dans la messe », a-t-il cité en exemple.

Père Jean-Alexandre Tozé

Des perspectives encore incertaines

Le Vatican a déjà annoncé qu’un dialogue informel et personnel se tiendra, le 12 février 2026 entre le supérieur général de la FSSPX et le cardinal Víctor Manuel Fernández, préfet du dicastère pour la Doctrine de la foi, pour rechercher des « moyens efficaces de discussion ».

La question reste désormais de savoir si une solution durable pourra être trouvée. « L’idée est de savoir s’il y aura cette possibilité de les réadmettre totalement, du point de vue juridique et ecclésiale », conclut le prêtre.

Plus de soixante ans après Vatican II, le différend entre Rome et la Fraternité Saint-Pie X demeure ouvert. Les décisions à venir pourraient peser lourdement sur l’avenir du dialogue et sur l’unité de l’Église catholique.

Philippe G. LOKONON


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