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Panafricanisme ou agréable mystification [Chronique Roger Gbégnonvi]

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Le panafricanisme est de naissance étasunienne. Son père s’appelle William Edward Burghard DuBois (1868-1963). Lui et les siens, noirs américains, traités pire que rien, à tout instant dans le viseur d’un révolver blanc désireux d’abattre un Nègre, n’en pouvaient plus de ce mépris sur la terre de leur exil. Ils se mirent donc à rêver de l’Afrique, leur terre d’origine. Mais où, en Afrique ? Pour pouvoir se sentir chez eux partout sur le continent noir, ils imaginèrent une Afrique sur le modèle des Etats-Unis d’Amérique, où le natif de tout Etat est citoyen de tous les Etats. Quittant les Etats-Unis d’Amérique (USA), ils se retrouveraient aux Etats-Unis d’Afrique (USA), United States of Africa ! Voilà le rêve panafricain.

Le Ghanéen Kwamé N’Krumah (1909-1972) s’en empara et publia en 1963 Africa must unite (L’Afrique doit s’unir). Pendant ses études universitaires aux Etats-Unis, il s’était lié d’amitié avec DuBois et avait fréquenté ses camarades, théoriciens américains de la Renaissance noire. C’est à ce cercle que N’Krumah doit l’esprit de son livre. Mais était-ce aussi charnel chez lui que chez DuBois et consorts ? Il arracha l’indépendance du Ghana en 1957 et en devint le Président en 1960. Mais « il abusa de son pouvoir au point de bâillonner l’opposition ». Renversé par l’armée avec le soutien du peuple, il mourut en exil loin de son pays. Son exercice du pouvoir, « plus préoccupé de prestige que de rentabilité », laisse penser que l’auteur de Africa must unite, se voyait peut-être à la tête de quelque empire africain, réalisant pour son compte personnel et pour sa gloire le rêve de son ami DuBois.

Or donc le rêve panafricain de DuBois continua d’habiter le sommeil de nombre d’Africains, comme un objectif de pouvoir ou de prestige continental. Le respect du colonel Mouammar Kadhafi pour le Maghreb était sans doute un peu supérieur à celui qu’il vouait à l’Afrique au sud du Sahara. Cela ne l’empêcha pas d’œuvrer (et de payer ?) pour que l’on transformât Organisation de l’Unité Africaine (OUA) en Union Africaine (UA). Déjà tout puissant et solitaire à la tête de la Jamahiriya Libyenne, Kadhafi se fit propulser à la tête de l’UA. Pendant deux mandat successifs (au lieu d’un), il se donna le titre de « Roi des rois d’Afrique » avec apparat vestimentaire idoine, entouré de certaines « têtes couronnées » de l’Afrique de l’Ouest, dûment sustentées par lui, si l’on en croit la rumeur.

Le viscéral et sublime besoin d’Afrique ressenti et exprimé par DuBois et les siens a pris des allures de gadget en passant de N’Krumah à Kadhafi. Pour l’ensemble des Africains qui s’en réclament et veulent passer pour ses missionnaires, le panafricanisme est, au mieux, une agréable mystification. C’est sans doute pour conduire l’Afrique vers le panafricanisme que l’UA a choisi le Swahili et le Haussa comme les deux langues à parler par tous les peuples d’Afrique. Mais l’on cherche en vain les mesures prises pour que ce choix devienne petit à petit réalité. D’ailleurs, pour hâter cette double unité linguistique en l’absence d’unité de religion et de langue, il eût fallu d’abord insister que toutes les langues parlées en Afrique soient écrites et lues. Toute l’Afrique amarrée à l’écriture, mère de l’abstraction et de la science, voilà une bonne première piste d’envol vers l’idéal du panafricanisme.

Idéal par trop lointain, si difficile à atteindre que nul ne reprochera aux Africains de ne pas en faire ici et maintenant leur tasse de thé. Victime partout « d’un partage territorial magnifiquement absurde » dû au Congrès de Berlin, l’Afrique doit d’abord s’efforcer de démêler « l’imbroglio ethnique », ensuite rassembler en nations ses enfants, les organiser pour la marche en avant. Prôner l’unité de l’Afrique et faire encenser les icônes de DuBois et de Kwamé N’Krumah n’exclut pas le réalisme et le travail de chaque instant afin que se réalise à son rythme le panafricanisme rêvé pour faire l’Afrique grande et prospère.

Roger GBÉGNONVI

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1 Commentaire

Sidi mai 15, 2022 at 12:55

Article superficiel et à charge pour traiter d’un sujet aussi fondamentale. Si l’unité de l’Afrique est une mystification quelle alternative s’y est opposée et quel en est le résultat aujourd’hui ? Vouloir parler des défenseurs Africains du panafricanisme sans parler de la vision des grands empires pre-colonniaux des théoriciens africains pre-independance et des icônes des luttes néo-coloniales, c’est faire preuve de légèreté expéditive et je pense bien de mystification. Pourquoi ne pas les citer, ceux qui y ont œuvré et ceux qui les ont combattus?
Essayons l’auto détermination qui au fond est la première pierre vers l’idéal panafricain dont l’unité politique de l’Afrique n’est qu’une étape, restons concentrés, ce type d’analyse peu documenté et confu sert avant tout les fossoyeurs de l’Afrique.

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