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Toussaint et fête des défunts au Bénin : pourquoi les catholiques déposent-ils des bougies, des fleurs et de l’eau bénite sur les tombes ?

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À l’occasion de la Toussaint et de la commémoration des fidèles défunts, les cimetières béninois accueillent chaque année des familles venues se recueillir sur les tombes de leurs proches. Bougies allumées, fleurs déposées, eau bénite répandue sur les sépultures. Ces gestes sont familiers aux catholiques. Mais que signifient-ils réellement ? Et à partir de quand certaines pratiques relèvent-elles de la superstition ? Le père Jean-Alexandre Tozé, prêtre de l’archidiocèse de Cotonou, apporte des éclairages.

Au cimetière, certains arrivent avec un bouquet de fleurs, d’autres avec un cierge ou une bouteille d’eau bénite. Pour beaucoup, ces gestes permettent de manifester leur attachement à ceux qui ne sont plus là. D’autres reproduisent des habitudes transmises au fil des années, parfois sans en connaître précisément la signification.

Au Bénin, ces pratiques prennent une place particulière autour de la Toussaint, célébrée le 1er novembre, et de la commémoration des fidèles défunts, le 2 novembre.

Le père Jean-Alexandre Tozé, prêtre de l’archidiocèse de Cotonou et directeur des études du séminaire Notre-Dame de Fatima de Parakou, rappelle que ces objets ont chacun une signification dans la foi catholique. Mais il met en garde contre les croyances qui leur attribuent des pouvoirs qu’ils ne possèdent pas.

Le cierge, un signe de l’espérance chrétienne

Pourquoi allumer une bougie sur une tombe ? Dans la foi catholique, ce geste renvoie directement à Jésus-Christ, présenté dans l’Évangile comme la lumière du monde.

Lors de la bénédiction du cierge, une prière accompagne le geste. « Seigneur, que la flamme de cette bougie monte vers le trône de ta gloire et porte vers toi la prière de tes enfants. Que cette flamme illumine aussi le chemin du défunt. »

Le cierge n’est donc pas simplement destiné à éclairer une sépulture. Il accompagne une prière adressée à Dieu pour la personne décédée. Le père Tozé explique que, si l’âme du défunt n’est pas encore montée vers Dieu, la lumière de la bougie symbolise le Christ qui éclaire son chemin.

« Si cette âme n’est pas encore montée vers Dieu, que cette bougie éclaire son chemin, parce que Jésus est la lumière », précise-t-il. Le prêtre y voit une « prière silencieuse » et il juge « absolument important » que chacun en dépose sur les tombes de ses défunts.

Cette symbolique rappelle celle du cierge pascal, allumé à la veillée de Pâques pour représenter le Christ ressuscité. Dans les deux cas, la lumière renvoie à la résurrection et à l’espérance chrétienne. Pour les catholiques, la mort ne marque pas la fin de toute espérance.

L’eau bénite rappelle le baptême du défunt

L’aspersion d’eau bénite sur les tombes n’est pas non plus un geste anodin. Elle rappelle le baptême reçu par le défunt et son appartenance à la communauté chrétienne.

Au moment de la bénédiction de l’eau, le prêtre prononce notamment cette invocation. « Que cette eau nous lave de la souillure du péché et de la mort. »

Lorsqu’il asperge une sépulture, il fait mémoire du baptême de celui ou celle qui y repose. Le geste renvoie à la mort et à la résurrection du Christ auxquelles le baptisé a été associé.

Le père Jean-Alexandre Tozé rappelle la prière qui accompagne cette aspersion. « Souviens-toi, Seigneur, que ton enfant a été plongé dans la mort et la résurrection de ton Fils le jour de son baptême. »

Il tient toutefois à dissiper une confusion. L’eau bénite n’est pas un liquide doté d’un pouvoir automatique de purification ou de protection. Elle accompagne une prière et prend son sens dans la foi. Lui attribuer une efficacité magique revient à s’éloigner de sa signification religieuse.

Les fleurs, un hommage qui n’a pas besoin de prescription

Contrairement au cierge et à l’eau bénite, les fleurs expriment d’abord un attachement humain. Elles témoignent de l’affection, de la reconnaissance et du souvenir que les proches gardent d’une personne disparue.

Le père Tozé leur reconnaît également une dimension liturgique. Elles évoquent la beauté de la création, ce qui explique notamment la préférence de l’Église pour les fleurs naturelles.

Mais leur présence sur une tombe relève aussi d’une démarche personnelle. Le prêtre y voit « un geste d’amour humain, un hommage, un langage du cœur quand les mots manquent ».

Aucune obligation ne contraint une famille à apporter des fleurs au cimetière. Leur absence ne diminue ni l’affection portée au défunt ni la valeur d’une prière. L’Église accueille ce témoignage d’amour, sans lui donner la place de la prière elle-même.

Père Jean-Alexandre Tozé

Quand les objets religieux deviennent des objets de superstition

C’est sur ce point que le prêtre se montre particulièrement attentif. Une bougie, de l’eau bénite ou tout autre objet religieux peuvent être utilisés dans un esprit de piété. Mais leur utilisation change de nature lorsqu’on leur prête des pouvoirs surnaturels indépendants de Dieu.

Le père Jean-Alexandre Tozé distingue la piété populaire de la superstition. La première comprend les dévotions, les pèlerinages et les pratiques qui permettent aux fidèles de vivre et d’exprimer leur foi. La seconde consiste à attribuer à un objet une puissance magique ou à croire qu’il peut obliger Dieu à intervenir.

Il prend l’exemple de la bougie pour illustrer cette différence. « Si la bougie nous aide à nous souvenir que le Christ est la lumière, c’est de la piété. Mais quand on va attacher cette bougie et l’enterrer à la maison pour se protéger, ça, c’est de la superstition pure. Que le Seigneur nous en préserve ! » La différence ne tient donc pas à l’objet, mais à l’usage qu’on en fait et à la croyance qui l’accompagne.

Pour le prêtre, la foi chrétienne ne doit pas se transformer en quête de protection contre tous les malheurs. Elle repose avant tout sur une relation avec Dieu. « La foi, c’est d’abord le lien, la relation qu’on a avec Dieu », insiste-t-il.

Un cierge ne garantit pas une vie sans difficultés. L’eau bénite ne dispense pas de la foi. Aucun de ces objets ne peut être considéré comme une assurance contre les épreuves.

Honorer ses morts ne devrait pas dépendre de ses moyens

Au moment de la commémoration, les dépenses liées aux fleurs, aux cierges et aux autres achats peuvent peser sur le budget de certaines familles. Toutes n’ont pas les mêmes moyens. Certaines arrivent au cimetière avec plusieurs bouquets et de grands cierges. D’autres n’ont parfois qu’une prière à offrir.

Cette différence de moyens doit-elle se traduire par une différence dans la manière d’honorer les défunts ? Le père Tozé ne le pense pas.

La visite au cimetière reste avant tout un témoignage d’amour et de piété. Elle ne doit pas devenir une démonstration de moyens financiers. « Quand on aime quelqu’un, on lui offre des fleurs. De même, l’amour ne finit pas au tombeau », souligne-t-il.

Il rappelle surtout que les achats ne conditionnent pas l’écoute de Dieu. « Dieu n’a pas besoin de cierges ni de fleurs pour entendre la prière. Non, l’essentiel, c’est le cœur. »

Aux familles qui disposent de ressources limitées, il propose plusieurs façons de maintenir le lien avec leurs défunts. La prière en famille, notamment à la date anniversaire du décès, reste une possibilité. Une simple bougie peut également accompagner le recueillement, sans qu’il soit nécessaire d’acheter un cierge coûteux.

Il encourage aussi les fidèles à participer aux messes célébrées le dimanche et durant le mois de novembre. Autre proposition, poser un acte de charité en faveur d’une personne dans le besoin. Il rappelle à ce propos cette parole de l’apôtre Pierre, « La charité couvre une multitude de péchés. »

Pour le prêtre, la commémoration des morts peut ainsi être l’occasion de penser également à ceux qui vivent aujourd’hui dans la pauvreté, la solitude ou la souffrance.

Ne pas attendre le 2 novembre pour prier pour les défunts

Le souvenir des disparus ne devrait pas se limiter aux grandes dates du calendrier liturgique. Le père Jean-Alexandre Tozé déplore que les familles finissent parfois par oublier ceux qui les ont précédées. « Nous, les humains, nous sommes amnésiques », observe-t-il.

Il invite donc les fidèles à faire une place à la prière pour les défunts dans leur vie familiale, même en dehors de la Toussaint et du 2 novembre.

Cierges, fleurs et eau bénite ont chacun leur signification. Mais aucun de ces gestes ne vaut par son prix, sa taille ou sa quantité. Leur sens dépend de ce qu’ils expriment, la foi, la prière et l’attachement à ceux qui sont partis. Le père Jean-Alexandre Tozé résume sa pensée en une phrase. « Dieu voit le cœur et non pas le porte-monnaie. »

Philippe G. LOKONON


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