Chaque mois de novembre, les paroisses catholiques du Bénin voient affluer des familles désireuses de faire célébrer des messes pour leurs proches disparus. Si la démarche paraît simple, les pratiques varient d’une communauté à l’autre, notamment sur les offrandes et les délais d’inscription. Des fidèles découvrent parfois tardivement qu’il faut anticiper pour obtenir une célébration à la date souhaitée. Enquête sur une pratique religieuse qui mêle foi, mémoire familiale et réalités paroissiales.
Le nom d’un père, d’une mère, d’un grand-parent ou d’un proche disparu. Quelques mots pour exprimer une intention de prière. Puis une offrande déposée au secrétariat paroissial. Au mois de novembre, cette démarche se répète dans les paroisses catholiques du Bénin. À l’occasion de la Toussaint, le 1er novembre, et de la commémoration des fidèles défunts, le 2 novembre, de nombreuses familles souhaitent faire célébrer une messe à la mémoire de ceux qui ne sont plus de ce monde.
Pour certains, c’est une habitude familiale. Pour d’autres, la démarche intervient après un décès ou à l’occasion de son anniversaire. Tous partagent le même souhait : confier leurs proches disparus à la prière de l’Église.
« Pour tes fidèles, Seigneur, la vie n’est pas enlevée, mais transformée ; lorsque se détruit la demeure terrestre, une demeure éternelle est préparée dans les cieux. » Cette phrase, tirée de la première préface des défunts du Missel romain, exprime la conviction qui fonde cette pratique dans la foi catholique.
Mais comment procéder concrètement ? Faut-il nécessairement se rendre à sa paroisse habituelle ? Combien coûte une demande de messe ? Et peut-on encore prier pour un proche plusieurs années après son décès ?
Au secrétariat, une démarche plutôt simple
Baudouin Amègbégni, fidèle à Abomey-Calavi, dans l’archidiocèse de Cotonou, connaît bien la procédure. Baptisé et confirmé dans l’Église catholique, il a appris cette pratique pendant la catéchèse. Il a déjà fait célébrer plusieurs messes pour des membres de sa famille, notamment son grand-père. « Ce n’est pas parce que nous avons perdu nos proches qu’il faut les oublier. Il faut quand même prier pour eux », explique-t-il.
Pour faire enregistrer une demande, il se rend au secrétariat paroissial, communique les informations sur le défunt et formule son intention de prière. La démarche ne lui paraît pas compliquée.
Eudoxie, fidèle de la paroisse Saint-Paul de Zogbadjè, à Abomey-Calavi, a commencé à faire célébrer des messes pour son père après son décès en 2023. C’est en assistant aux célébrations qu’elle a découvert cette possibilité. « Tu remplis les formalités : nom et prénoms du défunt, puis tes intentions », résume-t-elle.
Immaculée Gbede, originaire du diocèse de Lokossa, a également sollicité plusieurs messes pour ses grands-parents et ses oncles. Elle explique avoir appris les modalités grâce aux annonces faites à la fin des célébrations. Sa famille ayant déménagé à plusieurs reprises, elle a fréquenté différentes paroisses sans rencontrer de difficulté particulière pour déposer ses intentions.
À Cotonou, Lucie, secrétaire dans une paroisse, décrit le travail effectué derrière le guichet. Le fidèle donne les nom et prénoms du défunt, précise son intention et procède à l’inscription. Il peut effectuer la démarche directement au secrétariat ou par téléphone, à condition de communiquer les mêmes renseignements.
Un registre permet de suivre les demandes. Un reçu est remis après chaque inscription. Les intentions sont ensuite saisies, imprimées et transmises au prêtre célébrant. Celui-ci les annonce avant la célébration et les évoque pendant la messe.
Le père Jean-Alexandre Tozé, prêtre de l’archidiocèse de Cotonou et directeur des études du séminaire Notre-Dame de Fatima de Parakou, confirme que la démarche ne nécessite pas de formalités particulières. Le fidèle peut s’adresser à sa paroisse habituelle ou à une autre, au secrétariat ou à la sacristie après la messe. Il peut aussi rencontrer directement le prêtre lorsqu’il est disponible.
Il s’agit, selon ses explications, de « demander respectueusement qu’on veut offrir une messe en suffrage pour le repos éternel de tel ou tel défunt ».

500 FCFA en novembre, 2 000 FCFA le reste de l’année
La question de l’offrande revient régulièrement chez les personnes qui souhaitent faire célébrer une messe. Les montants ne sont cependant pas les mêmes selon la période.
Lucie précise que, durant le mois de novembre, la demande de messe est accompagnée d’une offrande de 500 FCFA. Ce montant est pratiqué dans les différentes paroisses concernées par cette disposition, pendant cette période consacrée notamment à la mémoire des défunts.
En dehors du mois de novembre, en période ordinaire, le montant évoqué par Baudouin Amègbégni est de 2 000 FCFA par demande de messe.
Ce fidèle considère cette somme comme une contribution aux charges de fonctionnement de la paroisse, notamment l’électricité et l’eau. Il estime toutefois que l’offrande dépend aussi des moyens de chacun.
Eudoxie partage ce point de vue. « Pour l’offrande, tu es libre », dit-elle. Elle évoque la possibilité de faire un don à l’Église ou d’apporter une autre contribution, notamment par une distribution de nourriture. Pour une initiative de ce genre dans l’enceinte paroissiale, l’accord du curé reste nécessaire.
Le père Jean-Alexandre Tozé invite, pour sa part, à ne pas réduire l’offrande à une simple question d’argent. Ce que donne le fidèle n’est, selon lui, « qu’une simple et minime participation au grand sacrifice qui se déroule au quotidien sous nos yeux ».
Pour expliquer le sens de la messe, il fait un rapprochement avec certaines pratiques traditionnelles africaines où une offrande accompagne une démarche spirituelle. Il établit toutefois une distinction entre ces pratiques et le sacrifice chrétien. Chez les catholiques, explique-t-il, « il ne s’agit pas du sacrifice d’un animal, mais du sacrifice d’un homme », celui du Christ, considéré comme l’homme-Dieu.
Pour les 1er et 2 novembre, mieux vaut s’inscrire tôt
Les familles qui souhaitent faire célébrer une messe précisément à la Toussaint ou à la commémoration des fidèles défunts ont intérêt à prendre leurs dispositions à l’avance.
Dans la paroisse où travaille Lucie, les demandes pour les messes du matin et de la mi-journée sont reçues jusqu’à la veille. Pour les célébrations du soir, une inscription reste possible dans la matinée du jour même.
Mais les fidèles qui ont déjà effectué la démarche conseillent de ne pas attendre ces dernières échéances.
« Il faudrait y aller tôt », recommande Immaculée Gbede. Elle estime que les personnes qui s’y prennent tardivement risquent de ne pas voir leur intention prise en compte à la date souhaitée.
Eudoxie a également constaté des difficultés de disponibilité autour des 1er et 2 novembre. « Il y a manque de places », souligne-t-elle.
Lucie apporte néanmoins une précision : dans sa paroisse, toutes les demandes reçues dans les délais sont enregistrées. Elle ne connaît pas le nombre exact d’intentions que le prêtre peut annoncer au cours d’une célébration. Elle ne peut donc pas confirmer qu’une demande est systématiquement reportée.
Pour éviter les mauvaises surprises, le mieux reste de se renseigner directement auprès du secrétariat paroissial, surtout lorsqu’on tient à une date précise.

Même trente ans après, on peut demander une messe
Une famille qui n’a jamais fait célébrer de messe pour un proche disparu peut-elle encore le faire plusieurs années après ? Pour le père Jean-Alexandre Tozé, la réponse est oui. Il n’existe pas de délai au-delà duquel la demande ne serait plus possible.
Le prêtre distingue la messe célébrée après un décès de la messe anniversaire, demandée chaque année à la date de la disparition. Il rappelle également que ces célébrations sont différentes des autres prières pour les morts, comme le chapelet, les litanies, la prière personnelle, la neuvaine à Marie Notre-Dame du Mont-Légion ou le Trentin.
Ces pratiques ont chacune leur place dans la vie spirituelle des fidèles, mais elles ne remplacent pas, dans sa compréhension de la foi catholique, la célébration eucharistique. « Ce qu’il faut faire par-dessus tout, c’est absolument faire célébrer des messes pour les défunts », insiste-t-il.
Même cinq, dix, vingt ou trente ans après un décès, une famille peut toujours demander une messe. « Même 10 ans après, 5 ans, 20 ans, 30 ans », précise le prêtre. Le temps écoulé ne constitue donc pas un obstacle.
Cette précision peut intéresser les familles qui n’ont pas pu organiser une célébration au moment de la disparition d’un proche ou qui souhaitent simplement renouveler leur intention de prière après plusieurs années.

Une messe sans la présence de celui qui l’a demandée
Eudoxie aurait aimé connaître certaines de ces informations dès sa première demande. Elle ignorait notamment qu’une messe pouvait être célébrée même lorsque la personne ayant déposé l’intention n’est pas présente.
Baudouin, de son côté, aurait souhaité être mieux informé sur les temps de prière et les célébrations spécialement consacrés aux défunts.
Ces préoccupations rappellent l’importance des annonces faites dans les paroisses. Les fidèles ne connaissent pas toujours les possibilités qui leur sont offertes, particulièrement lorsqu’ils découvrent la démarche à la suite d’un décès.
Des personnes appartenant à d’autres confessions religieuses sollicitent également des messes pour leurs proches disparus. La pratique dépasse ainsi le cercle des fidèles catholiques habituels, même si les conditions d’accueil de ces demandes mériteraient d’être précisées par les responsables de l’Église.
Pour le père Jean-Alexandre Tozé, l’essentiel demeure la prière pour les défunts. Il résume sa conviction par une formule qu’il répète avec insistance : « Il faut absolument que nous vidions le purgatoire. »

