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Persistance des coups d’Etats en Afrique : Après le match aller de la Guerre Froide, sommes-nous en train de vivre un match retour Russie-Occident dans la région ? (Opinion de Prof. Juste Codjo)

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Il y a une dizaine d’années j’ai eu le privilège de consulter des centaines de documents autrefois classés secrets et issus des archives du gouvernement américain relatives à la politique africaine de l’administration du Président Dwight D. Eisenhower pendant ses 8 années au pouvoir (1953-1961). Cette expérience a considérablement changé ma perception des affaires d’Etats et les analyses que je fais des évènements géopolitiques, en particulier quand ils concernent l’Afrique. J’en ai par exemple conclu que les décideurs africains et leurs peuples ne devraient, au risque d’en payer un lourd prix, se permettre d’occulter les pesanteurs extérieures dans l’élaboration et la mise en œuvre des actions publiques relatives aux grands sujets d’Etats.

Je ne suis donc pas surpris que le Président Nigérian, la CEDEAO, l’UEMOA, l’Union Africaine et tous les autres acteurs impliqués dans la gestion des récents coups d’Etats successifs en Afrique finissent par « buter contre un mur » dans leurs élans de résolution, prioritairement par la force et l’intimidation, des malheureux évènements secouant la région. Il leur faudra se départir des émotions et faire une lecture rationnelle, approfondie, et globale de la situation en cours. De mon humble point de vue de spécialiste d’études stratégiques, il n’y aura pas de solutions durables à cette nouvelle vague de coups d’Etats qui ne prennent en compte les tendances révisionnistes de puissances étrangères (comme la Russie) visant à bouleverser l’ordre géopolitique établi en Afrique par les puissances occidentales et principalement conduit par la France depuis les indépendances. 

Pour vous donner une idée des sources d’où s’inspire ma position, je vous propose ci-dessous, preuves à l’appui en images, des extraits d’un rapport de 1958 produit par le Conseil National de Sécurité des Etats-Unis en prélude à la décolonisation de l’Afrique subsaharienne. Je dis bien 1958.

1. Au sujet de l’enjeu géostratégique que représentait l’Afrique dans la rivalité entre l’Occident et l’Union Soviétique, voici ce que dit le rapport de 1958 : « A partir de bases militaires installées dans certaines régions de l’Afrique Subsaharienne, les Communistes [l’Union Soviétique] pourraient constituer une menace sérieuse aux liaisons [du bloc occidental] dans les Océans Atlantique et Indien, la Mer Rouge ainsi que nos importantes installations stratégiques en Afrique du Nord, le littoral méditerranéen et le flanc de l’OTAN. Dans ces conditions, notre premier intérêt stratégique est donc d’interdire tout contrôle de l’Afrique subsaharienne par le Bloc Communiste [l’Union Soviétique]. »

2. Au sujet de la capacité des africains à comprendre les enjeux géopolitiques du moment, le rapport de 1958 dit ceci : « Dans une grande mesure, l’africain est encore immature et pas sophistiqué en ce qui concerne ses attitudes face aux sujets qui divisent le monde aujourd’hui. » 

A présent, je vous invite à transposer ces extraits d’il y a 65 ans au contexte actuellement en cours en Afrique subsaharienne, plus particulièrement au Sahel. Prenez une carte de l’Afrique et observez la cartographie formée par les pays victimes de coups d’Etats ces dernières années et qui, comme par hasard, finissent par faire allégeance à la Russie. Ensuite relisez l’extrait N°1 ci-dessus et remplacez le terme « Communiste » par « Russie ». Je crois qu’il n’est point besoin d’être un stratège militaire pour comprendre le message que j’essaie désespérément de faire passer. En conclusion, les enjeux géopolitiques du moment sont à la fois historiques et complexes. Nous devons donc penser GRAND et PROFOND.

Prof. Juste Codjo

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