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Dieu et son usage judicieux par les Béninois [Chronique Roger Gbégnonvi]

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Non pas Dieu de la tradition, qui laisse vaticiner ses prêtres, mais Dieu de la révélation, contenu et enfermé tout entier dans les textes sacrés, et venu chez les Béninois, porté par les décrypteurs professionnels desdits textes. Les Béninois l’ont adopté en plus du leur, non pour combler des vides ou aplanir des saillies mauvaises dans leur culture, mais pour renforcer, divinement, des points ataviques de leur penchant naturel, notamment les trois points suivants : le mal ambiant, l’amour-miséricorde, et la femme, Eve tirée de la côte d’Adam.

Sur le point du mal ambiant, les Béninois approuvent que Dieu révélé ait sacrifié son fils unique, Dieu comme lui, afin que son sang répandu soit source de bonheur intense pour les hommes sur la terre, imprègne leur corps et irradie leur cœur pour en sortir toute haine et toute méchanceté. Et il est vrai que le sang de Dieu est capable d’un tel miracle. Mais cette catharsis exige une patience longue. Aussi, en attendant que disparaisse le mal ambiant, les Béninois chantent et dansent pour Dieu révélé, mort et ressuscité. Hors chants et danses, le mal ambiant continue, combattu et attisé par eux, en attendant l’universelle purification.

Sur le point de l’amour-miséricorde, les Béninois voient rouge à l’idée de pardonner 77 fois 7 fois. Ils flairent l’erreur de traduction à l’idée d’accueillir volontiers une deuxième gifle alors qu’il suffit de la seule première pour qu’ils déclenchent la vendetta qui apprendra au téméraire gifleur ainsi qu’à ses fils et filles à traverser dorénavant l’existence dans la crainte et le tremblement, dans le respect fiévreux de l’autre, surtout s’il vous surpasse en quelque chose. Le front plissé, les Béninois réfléchissent sans cesse à l’affaire du pardon à l’infini et des gifles à prendre sans riposte immédiate. Mais d’ores et déjà, ils approuvent d’emblée Dieu révélé qui envoie sept plaies frapper et endeuiller les sujets du Pharaon et qui précipite les troupes d’icelui dans la mer pour les y noyer. C’est ainsi qu’il convient de corriger les malotrus et autres garnements. La pitié et le pardon ne peuvent que leur nuire et nuire à la terre.

Sur le point de la femme, il plaît aux Béninois que la Nouvelle Eve, vierge et mère, ait été élevée dans les cieux de l’inamissible et soit tout à fait unique, ce qui permet aux mâles béninois de servir comme il se doit la Eve primordiale. Ils bénissent saint Paul, « le treizième apôtre », d’avoir rangé les femmes à la cuisine et dans l’alcôve, et de les mettre sous silence et voile quand elles sortent en public. Ils admirent Augustin l’Africain qui, selon la bien connue recette culinaire, les passa à la casserole jusqu’à en avoir ras l’bol. Fatigué et instruit par la raison, il passa à autre chose. Augustin se mit au service de Dieu révélé. Il le servit avec tant d’ardeur qu’il devint évêque et docteur de l’Eglise. Déclaré saint, il est assis au ciel avec les saints David et Salomon qui furent, avant lui, détenteurs de harem. David fit périr son soldat et s’adjugea sa dame jugée par lui digne d’un roi et pas d’un troufion. Face à ces grandes figures d’amoureux de Dieu révélé et de la Eve primordiale, les Béninois font fatalement piètre figure.

En supplément, les Béninois aiment aussi Dieu révélé travailleur au psaume 121/4 « Vois, il ne dort ni ne sommeille, / le gardien d’Israël. » Il travaille sans cesse pour les hommes. Ainsi que Dieu révélé bucolique en Matthieu 6/28-29 : « Observez les lis des champs, comme ils poussent : ils ne peinent ni ne filent. Or je vous dis que Salomon lui-même, dans toute sa gloire, n’a pas été vêtu comme l’un d’eux. » Appuyés sur Dieu révélé bosseur altruiste et écolo, les Béninois se verraient bien pantoufler toute la vie en attendant le repos éternel. Hélas !

Et quand on en vient à reprocher aux Béninois leur usage éclectique de Dieu révélé, ils protestent et demandent ce qu’on reproche aux serviteurs de Dieu révélé, qui ont gazé des foules entières à Auschwitz, tenter de taillader une ethnie entière dans les marais au Rwanda, soumis aux travaux forcés des peuples entiers dont eux-mêmes, Béninois. Et ils disent que, eux Béninois, font de Dieu révélé un usage judicieux, à son honneur et à sa plus grande gloire.

Roger GBÉGNONVI

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