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Gloire à la Patrie des 11 « Accords secrets » [Chronique Roger Gbégnonvi]

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Secrets ils ne le sont plus puisqu’on les sait au nombre de 11 et qu’ils s’étalent désormais sur la place publique. Secrets ils n’auraient jamais dû l’être, parce qu’ils n’ont pas été conçus par la Patrie Conceptrice comme la stagnation d’un mal honteux dont elle n’entend pas guérir, mais comme la poursuite, logique à son avis, de la Mission Civilisatrice émanée d’elle en tant que Patrie des droits de l’homme juchée au-dessus du Mont Thabor d’où, depuis le siècle 18ème de notre ère, elle éclaire le monde à la lumière lunaire de ses philosophes lumineux ; d’où, depuis les années 1960 de notre ère, elle entend continuer d’étendre sur 14 pays d’Afrique son regard encadré par 11 piliers appelés abusivement ‘‘accords’’.

Le premier pilier pourrait prêter à confusion aux oreilles de nombre d’entendants et aux yeux de nombre de voyants, car il exhibe la « dette coloniale » à rembourser au titre des infrastructures construites par la Maman Civilisatrice pendant sa présence en pays conquis. Mal entendu et mal vu si l’on situe le lieu d’écoute et d’observation au Bénin. Certains penseurs bénino-dahoméens croiraient bien penser en pensant que les chemins tracés tous vers l’océan, que le chemin de fer pour train à vapeur, que le wharf tenant lieu de port, et tutti quanti, c’était pour convoyer vers la Mère Patrie les produits, par elle exigés, de l’agriculture dahoméenne, au premier rang desquels l’huile de palme. Que veuillent les penseurs bénino-dahoméens cesser de mal penser. Les voies terrestres et ferroviaires, c’était pour faciliter la circulation des Dahoméens entre eux et pour que, circulant, leurs pieds à la pierre ne heurtent. Le wharf sur l’océan, c’était pour importer vers les Dahoméens des chaussures à chausser afin que, travaillant au champ, leurs pieds ne soient point en proie à la piqûre des serpents ou des épines. Les soins de santé primaire à base de nivaquine et de thiazomide, c’était pour leur robustesse, sans lien avec le dur labeur à fournir pour satisfaire les exigences de la Mère Patrie.

Contrainte d’arrêter la besogne coloniale, la Patrie des droits de l’homme exigea de ses colonisés qu’ils passent leur existence d’Etats dits et redits indépendants à lui racheter lesdites infrastructures pour continuer à la soutenir. Dieu, en qui ils croient, aidera lesdits débiteurs.

Les 10 autres piliers de la stagnation de la Mission Civilisatrice soutiennent solidement le premier qui les contient tous en filigrane. Mais il manque le pilier N° 12, celui des « Morts pour la Patrie ». A Cotonou, au quartier Xwlakodji, un hommage est rendu depuis toujours aux attaquants. Désormais, hommage perpétuel sera rendu aux résistants dans le Jardin Matthieu, au pied de l’Obélisque, près de l’Amazone, qui a remisé sa rage de vaincre les attaquants pour arborer maintenant son sourire de Reine Génitrice et Protectrice. A son appel, « Il faut bien commencer. / Commencer quoi ? / La seule chose au monde qui vaille la peine de commencer : / La Fin du monde parbleu », dit Aimé Césaire. La fin du monde des arrogances destructrices.
Voilà pourquoi, missionnés subliminalement par tous les soldats ci-dessus, morts à la guerre dans les deux camps pour un idéal patriotique, le Bénin et la Patrie des droits de l’homme choisissent un même jour dans l’année. Ce jour-là, à la même heure, à Ouidah au cimetière dit, à Cotonou à Xwlakodji, et au pied de l’Obélisque sous le regard aimant de l’Amazone, sonne le clairon « Aux Morts pour la Patrie ». Et l’on ne chantera plus jamais aucune gloire avec, en toile de fond, colère et mépris. A chaque fois l’on saluera la fin de toutes les féodalités, et l’on saluera, avec ferveur, la réalisation, difficile mais nécessaire, « d’une ceinture de mains fraternelles / Dessous l’Arc-en-Ciel de ta Paix », Seigneur, dit Léopold Sédar Senghor.
En toile de fond, intelligence politique et éthique, imagination et détermination, pour aller de la page des arrogances à celle des bienveillances, afin d’enchanter le monde. Le Bénin en est capable et digne. Et le Bénin va commencer. Le Bénin, premier de cordée. Maintenant.
« Macte animo, generose puer ! », en avant, généreux enfant.

Roger GBÉGNONVI

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