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Horizon contrôle des naissances au Bénin [Chronique Roger Gbégnonvi]

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Deux informations de la presse béninoise en mai 2023 : – 1- « Assises nationales sur la croissance démographique au Bénin ». 2- « Au Bénin, plus [davantage] d’enfants de moins de 14 ans au travail dans les marchés et les ateliers ». Le simple fait de l’annonce desdites assises dit qu’il y a problème, problème illustré par les « moins de 14 ans au travail », problème inexistant et inimaginable avec le Dahomey comptant en 1940 moins d’un million d’habitants, problème réel et crucial avec le Bénin comptant en 2023 environ 12 millions d’habitants.

Et voici, en cinq étapes schématisées, la gestation et l’éclosion du problème. 1- Il fut le temps où, dans ce pays surtout rural, les enfants allaient aux champs naturellement avec leurs parents. Le colonisateur n’en trouvait pas beaucoup à scolariser pour l’aider. 2- C’était aussi le temps de la polygamie regroupée, chaque femme s’occupait de son lot d’enfants, avec ou sans le concours de leur géniteur habitant dans le même périmètre. 3- Le pays évolua, conjugua ruralité et urbanité. Etonnés par la puissance du conquérant, de plus en plus de parents envoient leurs enfants à l’école pour y « apprendre à lier le bois au bois ». 4- A l’ère de la semi-urbanité, la polygamie, restée la règle, est devenue de plus en plus éclatée, le géniteur ne vivant pas toujours dans le même périmètre que les femmes et les enfants. L’abaissement du taux de mortalité infantile permet à chaque femme de garder vivants une demi-douzaine d’enfants dont elle s’occupe souvent seule, pendant que chaque homme peut revendiquer une dizaine d’enfants, de femmes différentes, dont il ne s’occupe guère. 5- Une réelle précarité financière fait perdre à la femme le contrôle sur ses enfants, qu’on retrouve, au mieux, « au travail dans les marchés et les ateliers ». Exploitation ? Formation ? Pour quel avenir ?

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A l’évidence, grâce aux progrès de la médecine entre autres, les lois de l’arithmétique multiplicatrice auront joué à plein régime en matière de natalité pour faire passer le Bénin de moins d’un million d’habitants à 12 millions environ. Mais, dans le même temps, le Bénin sera retourné à l’étape 1 de la trajectoire ci-dessus, à la différence que les enfants échappent à présent au contrôle des mères et ne savent pas toujours qui est leur géniteur, ce qui n’était pas le cas au temps de la forte ruralité, quand parents et enfants travaillaient aux champs.

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Cependant, bien que l’absence des géniteurs et la faiblesse financière des mères constituent des problèmes graves, le seul problème qui commande un contrôle drastique des naissances au Bénin est celui du nombre. Un problème qui concerne la planète terre, laquelle ne peut pas accueillir à l’infini milliards et milliards d’habitants. Le Bénin ne le peut pas non plus. Sur une superficie de 112. 620 km² (sans doute un peu moins depuis la perte de l’île de Lété), le Bénin ne peut pas accueillir à l’infini millions et millions d’habitants, sauf à décider de détruire les terres arables, les forêts, les marécages, les nappes phréatiques, etc., au profit des habitations des hommes et des femmes. Habitant quelque part, ils vivront de quoi ? On ne se construit pas une demeure, fût-ce une cabane, pour avoir où mourir de faim et de soif.

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Ce n’est donc pas brimer les Béninois que de les inviter à un contrôle drastique des naissances, c’est les prier de prendre leur part d’honnêteté vis-à-vis du présent et de l’avenir de l’homme sur la planète terre, les prier de renoncer à deux paradigmes du temps de leur ruralité presque intégrale, deux paradigmes qui les poussent à se laisser aller. Il n’est pas vrai que « Nombreuse progéniture est tout bénéfice » puisqu’on n’invite chez soi que le nombre de gens à qui l’on peut offrir une convivialité décente. Et s’il est vrai que « La Providence a déposé sur les feuilles des arbres la pitance du ver à soie », il est de même vrai que les enfants ont pour providence leurs parents travaillant à les éduquer, à les élever. L’avenir du Bénin ne dépend pas de la foule, mais de ses enfants les plus qualifiés et les plus conscients.
Puisses-tu nous tenir, ô Responsabilité !

Roger GBÉGNONVI

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