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Pour que l’Afrique un jour se libère [Chronique Roger Gbégnonvi]

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A Berlin, en 1885, l’Europe s’est partagé l’Afrique. Partage hargneux très discuté à cause des nombreuses richesses convoitées du sol et du sous-sol africains. Paradoxe pourtant, les Messieurs autour de la table ont décrété pauvre le continent de toutes leurs envies. Après quoi ils l’ont enrobé dans le mythe de l’aider à se développer, mythe entretenu par gouvernements, ONG et consorts. Abusés par cette cohorte de faux bons Samaritains, les Africains ont baissé la garde et succombé au mythe de leur pauvreté sur leur continent perlé de « scandales géologiques », convoités aujourd’hui par la horde djihado-terroriste, qui tient armes et argent de quelque source satanique. Son irruption en Afrique a poussé la ci-dessus cohorte à modifier son narratif en passant du mythe d’aider l’Afrique à se développer au mythe d’« assurer la sécurité militaire de l’Afrique ». Echaudés et endoloris, les Africains ont ignoré la modification parce que, de douleur en douleur, les mots portent la même charge au regard des trois tragédies majeures à eux imposées froidement par les forts et les puissants de tout bord.

Tragédie de l’esclavage. L’historien béninois, Félix Iroko, écrit : « Les Africains se vendaient déjà entre eux. Désormais, ils vont continuer de se vendre entre eux et de vendre d’autres Africains aux négriers en recevant une contrepartie plus substantielle, plus rémunératrice… Un progrès dans la rentabilité d’une activité déjà vieille de plusieurs générations avant l’arrivée des Blancs ». Jonction des forces entre négriers locaux et étrangers pour « assurer la sécurité militaire de l’Afrique » et capturer les Africains rebelles à l’inhumain.

Tragédie de la colonisation. L’histoire révèle que le 1er décembre 1944, à Thiaroye au Sénégal, des troupes coloniales et des gendarmes français tirèrent à bout portant sur lesdits ‘‘tirailleurs’’ de Côte d’Ivoire, du Dahomey, du Gabon, du Mali, du Niger, du Sénégal, du Tchad, du Togo, démobilisés pour blanchir l’armée française aux yeux des troupes alliées. On évalue le nombre des fusillés entre 35 et des centaines. Vastement imprécis parce que c’était du bétail qui avait tort de réclamer son dû. Ces colonisés conscrits avaient été chair à canon jetée en pâture aux Nazis pour économiser le sang français. Ils n’avaient donc rien à réclamer. On les fusilla pour le leur expliquer et « assurer la sécurité militaire de l’Afrique », laquai de la France. Avec énormément de flou, Senghor évoque cette tragédie dans son poème Thyaroye.

Tragédie de la colonisation continuée. L’on doit à des fuites politico-diplomatiques de connaître les onze « Accords secrets » qui gardent sous la botte de la France ses anciennes colonies qu’elle a dites indépendantes pour rester dans l’air du temps. Il y va de sa survie économique qu’elle brise leur volonté de liberté. A la manœuvre, Jacques Foccart eut les coudées franches et l’aval de de Gaulle pour étouffer toute velléité d’émancipation des bantoustans afro-français. En 1965, « B. était à bonne école, mais il n’avait pas d’expérience vraiment politique. Il fallait donc lui donner une formation et le propulser ». A la place du président défunt, laquai de la France, B. devint un Chef d’Etat africain, laquai de la France. Sinon, Olympio assassiné, Bob Denard activé, repas létaux servis par des envoyés spéciaux : l’enfer pour « assurer la sécurité militaire de l’Afrique » afin qu’elle reste laquai de la France.

Ces trois tragédies aux ramifications rhizomiques interdisent d’accepter qu’en 2023 des Africains mûrs (50-60 ans), instruits, cultivés, patriotes, tiennent pour un fait de souveraineté d’en appeler à la puissance Y pour remplacer en sol africain la puissance X incapable d’« assurer la sécurité militaire de l’Afrique » face à la horde djihado-terroriste. Absente à Berlin, Y se félicite d’avoir enfin part au gâteau-Afrique. Or donc, pour que l’Afrique un jour se libère, les Africains doivent s’efforcer dès maintenant de comprendre et d’accepter que leurs nombreuses richesses leur permettent d’assurer eux-mêmes toutes les sécurités essentielles à leur existence politique. Oui, il est au pouvoir des Africains d’exister dignes et libres.

Roger GBÉGNONVI

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