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Pour un Bénin plus beau en 2023 [Chronique Roger Gbégnonvi]

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Presqu’à la fin de son poème-réquisitoire contre « l’affreuse inanité de notre raison d’être », Aimé Césaire se présente « les yeux fixés sur cette ville que je prophétise belle », ville qu’il a connue laide, au propre et au figuré, et qu’il a détestée en fustigeant « l’animalité subitement grave d’une paysanne urinant, debout, les jambes écartées, roides », et en constatant que « rien ne put nous insurger jamais vers quelque noble aventure désespérée ».

En filigrane dans le Cahier d’un retour au pays natal, le descendant d’esclaves noirs déplore amèrement que son peuple d’origine, conduit par ses chefs, ait collaboré à l’ignominie du « commerce triangulaire », ait collaboré à la ruine morale de soi. Et sans le dire, peut-être sans le savoir, le poète Césaire marchait sur les brisées du philosophe Nietzsche qui, dans Le gai savoir, établit, non pas l’intelligence et la conscience, mais l’instinct (animal) comme « l’essence de notre espèce et de notre troupeau », le mode normal d’agir des hommes étant pour lui basé sur « la haine, la joie prise au malheur d’autrui, la soif de rapine et de domination, et tout ce qu’on qualifie encore de méchant ». Nietzsche écrivait aux confins de l’esclavage et du colonialisme, après les croisades et l’Inquisition, avant la Shoah et le génocide sur les Tutsis, avant le djihadisme dans le Sahel et aux alentours, bien avant quelque « opération militaire spéciale ». Et c’est l’humanité hier et aujourd’hui, vue par Nietzsche : un enchevêtrement d’égoïsmes barbares. Peut-on en sortir ? Comment en sortir ?

Le Dahomey-Bénin est aussi comptable du pessimisme radical de Nietzche et du pessimisme modéré de Césaire. Le Bénin ne peut donc jouer les Ponce Pilate, se laver les mains et laisser l’humanité à son sort. Il est de cette humanité et doit réagir pour atténuer tout au moins les deux pessimismes, agir pour s’améliorer et ainsi, éloigner, tant soit peu, l’humanité de l’animalité. Le Bénin prend donc en 2023 trois résolutions très simples, propres à lui, dont la réalisation et la somme le rendent plus beau et rendent, à travers lui, l’humanité plus belle.

Résolution 1 : – Propreté partout dans la cité. Experts à balayer chaque matin l’intérieur de nos maisons et, à l’extérieur, devant nos portails, nous voici méconnaissables dans les rues de la cité où nous déposons sans sourciller les épluchures de nos fruits, les emballages de nos plats emportés et de nos friandises, et, oh le comble, la paysanne d’Aimé Césaire, ce sont Béninoises et Béninois, en arrêt au coin de la rue, pagne levé et culotte baissée pour se soulager ! Ce qui amène à lire sur les murs de nos cités : « Interdit d’uriner ici » ou de « déposer des ordures ». Au temps de Jerry Rawlings, parce qu’il en avait fait une priorité, le Ghana, vu d’Accra, était d’une propreté admirable. Nous sommes capables de tenir propres nos cités.

Résolution 2 : – Nous rendre à l’heure. Aux offices religieux pour quérir la grâce, à l’aéroport pour prendre l’avion, à la porte de l’école pour déposer l’enfant, nous sommes à l’heure. Hors de ces circonstances, nous nous excusons sans cesse « pour ce retard indépendant de notre volonté ». Déni de responsabilité ! Qui n’a pas maîtrisé le temps en termes de ponctualité est en permanente régression. Nous sommes capables de ponctualité.

Résolution 3 : – Soignons nos mots. La langue parlée, la nôtre ou celle d’autrui, c’est l’esprit d’un peuple, le visage de son âme. Écrite, elle devient instrument de conquête. Devoir donc de respecter et de soigner toute langue que nous parlons. Pour l’exemple, ô Béninois, ne plus jamais substituer à IN MEMORIAM un charabia qui n’a de sens dans aucune langue du monde. Et ce BONSOIR, du lever au coucher !! Nous sommes capables d’avoir un parler juste.

Le pessimisme radical de Nietzsche récuse « l’époque des morales et des religions », récuse donc nos trois résolutions relevant de l’éthique personnelle et collective. Le pessimisme modéré de Césaire invoque « la foi sauvage du sorcier » pour enchanter l’humanité. Rangeons-nous, en 2023, du côté d’Aimé Césaire pour l’espoir dans le progrès de l’humanité.

Roger GBÉGNONVI

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