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Wagner, Afrique et miroir aux alouettes [Chronique Roger Gbégnonvi]

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Le célèbre compositeur allemand, Richard Wagner, se doublait d’un poète qui confiait parfois au papier ses sombres réflexions sur le destin de l’homme. Il faut dire que le XIXème siècle qui le vit naître portait le sceau du romantisme, de la mélancolie autant que du pessimisme. Ainsi advint-il que, en marge de sa grande œuvre musicale révolutionnaire, Wagner écrivit que le mélange des races lui paraissait un danger et qu’il tenait les Germains pour la race pure dont dépendra la rédemption de l’humanité. Au XXème siècle, informé de cette réflexion nationaliste dans l’air du temps, Adolf Hitler recruta l’illustre musicien comme l’un de ses précurseurs. Il avait recruté aussi l’évangéliste Jean au chapitre 2, versets 13 à 18. Bien entendu, Wagner exprimant pour les siens un amour narcissique, Jésus chassant les vendeurs du Temple pour les empêcher d’en faire une maison de commerce, n’ont pas fait la courte échelle au nazisme et n’ont pas co-écrit Mein Kampf où Hitler, sur près de 700 pages en version française (Nouvelles Editions Latines) expose son programme politique et, tout uniment, son projet de massacre pour faire place nette et vitale aux peuples germaniques.


Au demeurant, le problème n’est pas que Hitler ait tiré à soi Wagner et Jésus dans la vaine tentative de justifier son projet démoniaque. Le problème est que, par un baptême criminel, Wagner, au XXIème siècle, soit introduit en Afrique non comme un musicien de génie, mais sous le masque de brutalité et de férocité qu’Hitler lui a supposé pour se l’associer. Or Wagner n’a aucune part à l’ignoble. Un certain Groupe devrait donc s’appeler Himmler, Goebbels, Goering, etc., du nom de l’un de ceux qui ont porté avec Hitler « la solution finale » et ont préparé le régime des casernes pour le reste de l’humanité qu’ils n’auront pas fait fusiller et gazer. Le problème est aussi qu’une puissance néocoloniale, prise de court par deux des ‘‘siens’’ cédant au chant dudit Groupe et par deux autres tentés d’y céder, se mette aux abois et fasse en cela de la publicité audit Groupe au lieu de se poser la seule question que leur révolte lui impose : quelle désillusion les pousse-t-elle hors du ‘‘pré carré’’ au risque de le ruiner ? L’humilité n’est point vertu politique, mais le politique avisé peut la pratiquer par devers soi pour modifier et bonifier les relations inter Etats, afin que le concept de coopération cesse définitivement de rimer avec domination, humiliation, exploitation, trio infernal conduit par le partenaire qui a du mal à jeter ses lanières coloniales repeintes à la va-vite aux couleurs néocoloniales. Le problème est enfin que l’on puisse penser et croire que les Africains dominés, humiliés, exploités, et qui se libèrent, le feront pour s’enferrer à nouveau en se jetant sous les bottes d’une puissance nucléaire capable de se réveiller un matin et de décréter « une opération militaire spéciale » contre son voisin et, par conséquent, contre l’économie malade et le cahin-caha du monde juste après le Covid-19 ! Penser et croire que les Africains se libèreront pour confier délibérément leur sécurité et leur sort (leur mort) à un Groupe qui habille en soldats des prisonniers sans foi ni loi !


Non, il ne faut plus voir les Africains derrière la mièvrerie des rires « Ya bon banania », artifice d’inconscience que « la raison du plus fort » leur a fabriqué pour leur imposer pendant des siècles domination, humiliation et exploitation. Les temps ont changé. Et parce qu’ils écoutent maintenant Thomas Sankara et qu’ils vont « Oser inventer l’avenir », les Africains n’iront pas de mal en pire, ni d’un mal à un autre. Certes, étonnés d’avoir arraché les chaînes qu’on leur faisait prendre pour des colliers de fleurs, ils erreront d’abord. Mais avant que d’aller se déchiqueter la face contre un nouveau miroir aux alouettes, ils se raviseront. Ils chasseront de leurs terres les nouveaux satrapes. Les siècles d’humiliation ont aguerri les Africains et leur montrent aujourd’hui les chemins et le prix de la dure liberté.

Roger GBÉGNONVI

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