lamétéo.info
Actualités

Prostitution infantile à Dassa-Zoumè : entre recruteur et victimes, les langues se délient

Partager

« J’ai commencé l’amour à l’âge de 8 ans ». De petites filles, mineures pour la plupart, obligées ou non vendent leur corps. Cela se passe aussi au Bénin. Dassa-Zoumè, au centre du Bénin. Dans la ville aux 41 collines, située à environ 210 kilomètres de Cotonou, un réseau de prostitution infantile alimente le commerce du sexe dans les villes environnantes et même au-delà. Une incursion dans ce réseau a permis de rencontrer les différents acteurs pour comprendre le fontionnement de ce que certains appellent leur ‘’gagne-pain’’.  Enquête !

Vendredi 09 septembre 2022, dans un quartier mal éclairé de Dassa-Zoumè, le chef-lieu du département des Collines. Il sonnait 22h 30 minutes. Des filles, mal vêtues, la poitrine à peine couverte, les cuisses visibles, des coiffures extravagantes, tout âge confondu, en attente d’un rendez-vous ou d’un client certaines, encore mineures. Au lieu d’être à la maison bien au chaud en cette soirée fraîche ce jour-là, ces fillettes font le trottoir.

Approchées pour mieux comprendre ce choix, celle que nous appelons ici Bella accepte de se confier. Taille moyenne, teint bronzé, elle révèle son histoire. « J’ai 15 ans et j’ai commencé l’amour à l’âge de 08 ans. Ma maman n’était plus avec mon papa et aussi, elle n’aime pas rester à la maison parce qu’elle sort avec les hommes. Il y a un monsieur à côté de nous quand ma maman sort, il m’appelle, et quand je vais chez lui, il s’amuse avec moi et me donne de l’argent ». C’est le témoignage glaçant d’une fille mineure qui très tôt a embrassé le plus vieux métier au monde : la prostitution.

”À cause de l’argent, on n’a pas le choix”

« À cause de l’argent, on n’a pas le choix. J’ai envie de me retirer. Cela ne m’honore pas. Quand je vois les filles aller à l’école sur leur moto, cela me plaît. Ils {les recruteurs, Ndlr} nous forcent. Mais, tout le temps, je suis dans le souci de comment vais-je pouvoir me retirer, parce que quand tu commences, tu y prends goût et il est très difficile d’abandonner ». Voici ainsi résumé, la raison fondamentale qui a contrainte Bella à s’aventurer sur ce chemin sur lequel elle tente de sortir mais en vain. Comme elle, de nombreuses jeunes filles se prostituent selon des témoignages pour la même raison.

Des marchés de recrutement clandestins

Ces mineures prostituées ne sont pas toujours là par hasard. Elles sont recrutées et contraintes parfois à faire le job. Les recruteurs ont des milieux où ils vont chercher ces âmes fragiles. « C’est dans un lieu secret. On ne peut pas vous le dire », a répondu l’un des recruteurs rencontrés sur rendez-vous. Mais ce dernier a tout de même livré quelques stratégies et des critères de recrutement des travailleuses de sexe. Plusieurs astuces pour parvenir à leurs fins.

« Quand tu connais ton métier, ce n’est pas difficile de trouver les filles. Ce sont par nos gestes », souligne ce recruteur et d’expliquer : « D’abord lorsque tu vois la fille, tu dois la mettre à l’aise et lui poser des questions de sorte à savoir ce qu’elle cherche dans sa vie. Et lorsqu’elle se met à te dire ses difficultés, en ce moment vous lui faites des propositions. » Pour identifier l’âge de la recrue mineure, le recruteur utilise une méthode bien étrange : « Tu mets ton ongle sur le pouce gauche de la fille et tu appuies. Si la fille a déjà plus de 18 ans, tu verras que le sang va se séparer mais si elle n’a pas encore 18 ans, le sang est dans un côté. Alors vous allez connaître son âge ».

Les jouisseurs et le flic  

A en croire le recruteur, plusieurs acteurs tirent profit de ce réseau : le recruteur, la recrutée et celui qu’on appelle le jouisseur, c’est-à-dire le client. En effet, les jeunes mineures sont chosifiées et livrées à la merci des dieux de la libido. « On dit bon voilà ! Ça là coûte, si tu veux juste pour une heure ou deux heures ça fait 10.000, 15.000 voire 20.000 FCFA. Si l’homme accepte les 20 000 FCFA, cela veut dire que moi j’ai 5.000 FCFA, la fille a 15.000 FCFA », raconte le recruteur. Une fois l’argent empoché, la fille peut se retrouver soit dans une chambre de la ville ou dans n’importe quelle ville du Bénin avec tous les risques que cela comporte. « Il y a des clients parce qu’ils prennent des produits aphrodisiaques font du mal aux filles. Ainsi une fois revenues à la maison, elles sont pâles ou même tombent malades. », reconnait le recruteur.

La police à la traque malgré les pesanteurs

Des petites filles qui vendent leur corps, c’est connu de la Police républicaine. Aly Seidou Abdel Azizou, commissaire de police de première classe, en rencontre souvent lors des patrouilles. Il est en service au commissariat central de Dassa-Zoumè. Selon lui, des enfants font ce travail sous le regard impuissant des parents. « Les parents même se plaignent que leurs filles mineures ont quitté la maison il y a deux, trois, quatre jours voire même un mois sans savoir leur destination. Donc nous menons les enquêtes et nous retrouvons où la fille se trouve. », confie le commissaire. Mais malheureusement, la plupart des parents se rétractent dès lors qu’il s’agit de continuer l’enquête pour démanteler le réseau. Mieux, pour Aly Seidou Abdel Azizou, certains parents sont complices. Toutefois, « pour les enfants de moins de 13 ans », rien n’arrête la détermination de la police. « C’est la CRIET (Cour de Répression des Infractions Economiques et du Terrorisme) direct ! », tranche l’officier de police.

Des avis des spécialistes

Mèdessè Djèbatè est socio-anthropologue. Selon lui, plusieurs facteurs peuvent justifier la prostitution infantile. « Lorsqu’hier la tante, la maman, la cousine ou la grande sœur avaient reçu une éducation qui lui permet d’aller dans ce sens pourquoi ne pas drainer la génération suivante ? » Il pointe ainsi du doigt la question de l’éducation des enfants. A cela s’ajoutent les images pornographiques auxquelles sont accessibles aujourd’hui les enfants grâce à l’internet qui déclenchent précocement leur activité sexuelle.

Les profiteurs sexuels apprécient la soumission des filles car elles sont moins en mesure de se défendre. Cela se justifie par le sentiment de puissance sexuelle et économique, par le désir de nouvelles expériences ou par le sentiment d’impunité lié à l’anonymat. C’est l’avis d’Isabelle Gandaho, psychologue. Or, « les impacts de la prostitution infantile sur l’état d’âme des enfants et leur vie sont entre autres la faible estime de soi, l’insomnie la dépression, les phobies l’anxiété les syndromes de dissociation, les troubles de la sensibilité du corps, l’alcoolisme, la toxicomanie, le suicide et la stigmatisation sociale. Il y a aussi la crainte de croiser les anciens clients et aussi, la crainte d’être dévoilé au future conjoint ».

Du point de vue sanitaire, l’enfant qui s’adonne à une pratique sexuelle précoce et intense court d’énormes risques, a fait savoir Evrard Koutchoro, médecin en santé publique exerçant à Dassa-Zoumè. « Le fait que l’enfant n’est pas mature et que ses organes ne sont pas aussi très bien développés et ne sont pas encore pressentis à cette activité, fait qu’au niveau des organes génitaux nous avons comme conséquence naturellement une grossesse qui est non désirée. La grossesse qui n’est pas désirée va aboutir à un avortement clandestin. Cela peut créer des complications ultérieures notamment une perforation utérine et consort », peint l’agent de santé et d’ajouter : « il y a les infections génitales, la gonococcie, la syphilis et même le VIH sida ».

 Les textes de loi en vigueur

La prostitution infantile est punie par la loi. Maître Innocent Araye, juriste et ancien greffier en chef du tribunal de Savalou apporte plus de précisions : « La prostitution infantile est proscrite et punie par les lois de la République ». L’homme de droit évoque l’article 556 du code pénal : « Est considéré comme proxénète et punis d’un emprisonnement de 1an à 03 ans et d’une amende de 250.000 FCFA, sans préjudice de peine plus forte, celui ou celle qui premièrement d’une manière quelconque, aide, assiste ou protège sciemment la prostitution d’autrui ou de racolage en vue de la prostitution ». Selon ses dires, la loi vise aussi bien les prostituées que ceux qui les embauchent et même ceux qui font office d’intermédiaires. Il faut ajouter que pour la prostitution infantile, la peine encourue est de 05 ans à 10 ans d’emprisonnement et d’une amende de 2.000.000 à 5.000.000 de franc CFA.

Modoukpe Christelle Diane ONIODJE

Partager

Articles similaires

Bénin – Bac 2020 : démarrage de la correction des copies ce jour

Venance TONONGBE

Transport fluvio-lagunaire au Bénin : Direct-Aid Bénin offre des barques motorisées à 8 communes

Venance TONONGBE

Bénin : Un parti politique garantit un an de congé de maternité une fois au Parlement

Venance TONONGBE

Laissez un commentaire