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Problématique LGBT au Bénin [Chronique Roger Gbégnonvi]

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Problématique doublée naturellement de celle des instances morales. Mais d’abord, LGBT. Acronyme pour lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres. Chacun de ces termes fait sursauter la plupart des Béninois refusant d’accepter le réel. « On ne veut pas savoir ! » Et le 17 mai 2022, on n’aura rien su. Seuls ont su les Béninois et Béninoises, minoritaires, concernés par ce qu’on ne veut pas savoir. Ici et là, ils se sont réunis en cachette, loin du regard des gens bien qui voient en eux des gens pas bien. Gens bien qui ne supportent pas non plus les gauchers. Depuis 2004, le 17 mai commémore la décision prise par l’OMS en 1990 de déclassifier l’homosexualité en tant que maladie mentale. Jusqu’à cette date donc, les Béninois anti LGBT étaient en bonne compagnie mondiale. Mais on regrettera qu’ils n’aient jamais compris que l’OMS avait invalidé leur logique selon laquelle le réel condamné par eux serait une désastreuse singerie de l’Occident. On regrettera qu’ils se soient rigidifiés au milieu du XXème siècle en 1939-1945 pour rester en odieuse compagnie des hordes nazies qui envoyaient au four crématoire tous ceux qui, chez eux, cochaient l’une des cases LGBT.

En effet, pour les sinistres gens à la croix gammée, l’appartenance LGBT était aussi criminelle que l’appartenance juive. Comme aujourd’hui encore, il suffirait de peu pour que Hutus et Tutsis, machettes et gourdins levés, recommencent à s’anéantir pour se punir de non-appartenance à la bonne ethnie. Comme aujourd’hui encore, ici et là au Bénin, c’est un crime pour un bébé que de naître par le siège, ou visage contre terre, ou avec une fausse dent ou, plus tard, avec une première dent apparue au mauvais endroit. Dans chacun de ces cas, l’enfant est décrété sorcier et aussitôt anéanti pour assécher à leur source les torrents de malheurs qu’est censé présager pour les siens sa mauvaise manière de venir au monde.

Il semble inscrit dans l’ADN de l’homme – pas dans celui de l’animal – qu’il doit haïr la différence et les différents minoritaires et aimer la seule uniformité unanimiste, tout à fait majoritaire, du régime des casernes. Et il va de bannissement en interdiction. Allègrement. Il fait dogme la logique de la foule non éclairée et intolérante, foule abreuvée d’ukases et d’anathèmes. Ainsi, les leaders des instances morales, eux-mêmes non éclairés, avaient imposé à la cité entière de voir le soleil tourner autour de la terre, jusqu’à ce que la science démontre exactement le contraire. Et au temps de la fureur nazie, si l’on excepte quelques individus courageux jusqu’à la témérité, les leaders des instances morales avaient largement pactisé avec le mal. En 1994 au Rwanda, nul ne les a vus se rebeller à voir les marais charrier les cadavres de gens accusés d’être différents. Et là où au Bénin on assassine à leur naissance des bébés décrétés sorciers, les clochers et les minarets ne rivalisent pas de prêche pour en appeler à l’arrêt du massacre des innocents. Et partout au Bénin, ils s’accordent aujourd’hui pour stigmatiser et agonir les hommes et les femmes d’appartenance LGBT.

Vous avez dit instances morales ! Demain, peut-être, la lumière leur apparaîtra, et leurs leaders s’excuseront du péché d’avoir crucifié les hommes et les femmes qui aiment et s’aiment différemment. Mais c’est dès aujourd’hui qu’il faut cesser de les haïr et de les désigner à la vindicte populaire. C’est dès aujourd’hui que tous doivent œuvrer pour que le 17 mai 2023 marque la fin d’une intolérance et d’une incompréhension et d’un rejet qui n’auront que trop duré. Non au rejet de l’autre différent de moi. Et il n’y aura plus au Bénin une problématique LGBT au sens d’hypothèque, au sens d’obstacle. Et la fête aura lieu à découvert le 17 mai 2023. Dans le respect mutuel. Les Béninois et Béninoises qui aiment et s’aiment différemment ont des parents et des amis que l’on ne doit pas écarter d’eux. Tous frères et sœurs en humanité. L’affirmer maintenant. S’y convertir et s’y tenir.

Roger GBÉGNONVI

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1 Commentaire

Passita mai 28, 2022 at 3:54

Que c’est beau 😍😍😍😍 Merci pour cet article

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