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Terrorisme au Bénin : derrière la revendication du JNIM, se cachent des non-dits

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Quelques semaines après l’attaque revendiquée par un groupe de personnes non identifiées se réclamant appartenir à l’organisation terroriste JNIM, Hermann Nounawon Kékéré décrypte les messages que révèlent ladite revendication.

En revendiquant l’attaque du commissariat de Monsey, dans la commune de Karimama, le groupe terroriste se disant appartenir au JNIM a envoyé deux messages selon Hermann Nounawon Kékéré, conseiller en droits humains et prévention de l’extrémisme violent et religieux au Mali sur le projet “ Réduction de l’extrémisme religieux par l’école ”. Pour Hermann Kékéré, les groupes terroristes sont à l’image du concept commercial des « Franchises » à la différence ici qu’en lieu et place d’acheter la franchise avec de l’argent, ils la payent avec les innocentes vies et par la terreur. Le mode opératoire est maintenant bien connu. Un groupuscule se forme, profite du trafic d’armes dans la zone sahélo-sahélienne pour se doter d’armes de guerre. Ils mènent des opérations coups d’éclat et ils s’assurent que les médias en parlent abondement. Ainsi, ils séduisent les dirigeants des grands réseaux terroristes : Al-Quaida, l’État islamique et autres.

Des analyses du spécialiste, il y a eu deux ou trois attaques sans aucune revendication car les premières opérations n’étaient pas destinées pour impressionner le Bénin. Elles constituaient un outil de négociations internes aux réseaux djihadistes afin d’impressionner les grands parrains. À présent que les négociations de Franchises sont terminées, le groupuscule peut maintenant affirmer appartenir à la mouvance djihadiste. Dans le cas qui concerne le Bénin, c’est le JNIM qui a acheté le groupuscule.

« La présente revendication est un outil de communication et de reconnaissance par les paires et à l’égard des tierces parties au conflit.»

Hermann Nounawon Kékéré

La seconde interprétation que révèle cette revendication publique est relative aux outils diplomatiques de discussions. En rendant publique leur appartenance au JNIM, ce groupuscule informe l’adversaire que, désormais, si tu veux négocier ou faire passer des messages, tu sais à qui les envoyer. En se déclarant “être des franchisés ”du JNIM, les terroristes voudraient certainement montrer qu’ils sont disposés à négocier avec l’État. « Quand vous voulez négocier, il faut avoir une structure ayant la capacité de négocier. Aujourd’hui, il n’y a que Daesh, Al-Qaïda et le JNIM avec qui il faut négocier dans la sous-région. Ce sont des structures capables de négocier. Ils comprennent les couloirs de négociation.», fait observer Kékéré.

Que doit faire l’État ?

Selon lui, il faut réfléchir autrement en s’appuyant désormais sur les élus locaux actuels et anciens. Les chefs de village dans cette zone, sur qui on peut se fonder pour créer une faille dans le dispositif des terroristes. Car « si les terroristes n’ont pas un ancrage local, ils n’attaquent pas».

« Pour trouver cet ancrage local que les terroristes ont pu construire, il faut se baser non seulement sur les autorités locales actuelles mais surtout celles d’avant, c’est-à-dire les chefs de village de ces dix dernières années ou de ces vingt dernières années. Ce sont des gens qui, avant d’être des élus sont des fils et filles des villages qui sont passés sous le contrôle des terroristes. Ils sont pour la plupart des notables, des personnes ayant un encrage certain dans leur communauté », suggère le conseiller en droits humains et prévention de l’extrémisme violent et religieux au Mali.

Pour lui, il faut discuter avec ces anciens chefs de village pour voir comment déstabiliser de l’intérieur le dispositif des terroristes. Comprendre qui sont ces gens qui prennent les armes aujourd’hui, ils viennent d’où, quel a été leur parcours ? « Il faudra un alliage entre les anciens et les actuels élus locaux de base pour mieux identifier les stratégies. Je pense que les socio anthropologues doivent nous aider à cette étape à identifier assez rapidement les conflits locaux dont pourraient se servir ces groupuscules pour déstabiliser la population et la mobiliser à leur cause », tranche-t-il. Et de conclure : « C’est ce dialogue au niveau le plus bas si possible qui va permettre au gouvernement de savoir quelle est la faille que les terroristes ont trouvé et qui les rassure aujourd’hui et qui leur permet de s’afficher.»

Lorsqu’on a fini d’identifier les raisons de la communication publique de ces terroristes, il faudrait que le Gouvernement travaille rapidement à éviter d’autres crises ailleurs dont pourraient se servir ces vendeurs d’illusion. L’expérience dans les autres pays a démontré qu’ils ne vendent pas seulement l’Islam pour mobiliser les populations, ils profitent aussi des divergences internes au sein des pays notamment les conflits communautaires, les conflits politiques, les frustrations des populations et l’absence de développement inclusif.

Venance TONONGBE

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