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François Hollande bouleversé par le Mali ? [Chronique Roger Gbégnonvi]

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C’est à lui que son homologue IBK fit appel en janvier 2013 pour l’opération Serval qui empêcha les djihadistes de prendre Bamako. Serval s’éternisa en Barkhane. Aussi, quelques heures après que son successeur en a décrété la fin, quatre journalistes, sur BFMTV, interviewèrent-ils l’ancien président François Hollande pour recueillir à chaud son ressenti. Troublé ? Bouleversé par le surgissement inattendu du Mali ? En tout cas le maître d’œuvre de Serval s’efforça de montrer son pays sous le seul angle de la générosité. « La France, elle n’a pas d’intérêt autre que ceux de servir la solidarité, de lutter contre le terrorisme… » Plusieurs fois, lors de cette interview d’une vingtaine de minutes, l’ancien Président vantera l’altruisme de son pays : « La France n’avait aucun intérêt au Mali… La France n’a aucun intérêt, ni commerciaux, ni économiques, à être dans l’ouest de l’Afrique, et notamment au Sahel. » Et donc 53 Français morts pour les seuls beaux yeux des Maliens ?
Hélas, une certaine littérature France-Afrique ne reflète pas le don de soi français dont François Hollande se fait l’avocat. En avril 1892, débats au Parlement français autour du vote des crédits en vue de l’expédition du Dahomey afin « de faciliter le commerce, de soutenir les missionnaires et de supprimer les pratiques du tyran Dahoméen ». Le député de droite, Deroulède, amputa l’énoncé du dessein humanitaire : « Votre histoire du Dahomey ce sont affaires de missionnaires et de commissionnaires. » Le député de gauche, Camille Pelletan, resta sur la même ligne : « Dans cette question du Dahomey, je ne saurais voir, moi, que la collusion de la spéculation et du cléricalisme… Cette expédition, c’est une croisade avec garanties d’intérêts cotés en bourse. » Le député colonial, Albert de Mun, tout en trouvant étriquée « la position de ce couloir du Dahomey, entre les Allemands du Togo et les Anglais de Lagos », estima qu’« il vaudra pour nous comme accès au Niger et comme débouché sur le Bénin de tout le Soudan Central » (cf. Maurice-A. Glèlè). Et donc, seuls les intérêts commerciaux de la France dictèrent la colonisation du Dahomey.
En 1924, lors d’une mission « De l’Algérie au Dahomey en automobile », Henri de Kerillis constate la bonne marche des affaires françaises : « Le développement de la colonie du Dahomey est continuel [mais] encore loin d’atteindre son maximum ». Il cite à l’appui des chiffres alléchants de production et d’exportation avant de conclure, en ce qui concerne les importations : « La plupart des objets manufacturés viennent d’Autriche, les cotonnades d’Angleterre, les tabacs d’Amérique. La France donne le reste, c’est-à-dire peu… » Ce ‘‘peu’’ dit que la France vit plutôt accrochée à sa colonie. « Le développement de la colonie du Dahomey » dit la colonie du Dahomey au service de la France.
Or il n’y a pas que son Dahomey et pas que le ‘‘pré’’, dont le vaste Mali. Où la France s’installe en Afrique, elle applique la claire devise de de Gaulle : « La France n’a pas d’amis, la France n’a que des intérêts ». Et c’est pourquoi, le 27 janvier 1981, lors de l’émission « Une heure avec le Président », Valéry Giscard d’Estaing a martelé : « Je m’occupe de politique africaine, c’est-à-dire des intérêts de la France en Afrique ». Et il envoya la troupe à Kolwezi pour sauver de la révolte des siens le sanglant Mobutu garant des intérêts français au Zaïre.
Dans l’interview post Mali nouveau, il a dit aussi : « Nous, la France, devons être présents en Afrique, non pas pour servir je ne sais quelle cause, non pas pour imposer notre système, mais pour être en soutien du développement de l’Afrique, parce que l’Afrique est liée à l’Europe… » S’il est sincère, il sait qu’il y a loin de la coupe à la lèvre et que le vœu d’un François Hollande bouleversé par le Mali debout aura un début d’effet quand la France, elle-même, abolira les « accords secrets », anti développement africain. Alors, on avancera.

Roger GBÉGNONVI

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