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Sens unique de « Qui veut gagner sa vie… » [Chronique Roger Gbégnonvi]

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L’évangéliste Marc (10/38) fait dire à Jésus le Christ : « Qui veut gagner sa vie la perdra… ». Tranchant. Paradoxe ou provocation ? Nenni. Simple sagesse. Car même les Béninois, eux aussi experts en bousculades, ruades et rage pour « gagner ma vie » en arrivent à mettre le holà quand ils admettent que « A force de ‘‘c’est d’abord mon maïs qui va passer à la cuisson, le feu s’éteint’’ ». Et tous se retrouvent idiots. Et pour ne pas s’éteindre soi-même, on est obligé de ‘‘bouffer’’ son maïs non cuit, comme n’importe quel sauvage. C’est cette chute de l’homme dans l’animalité que Jésus le Christ veut éviter quand il suggère que, en s’efforçant de gagner sa vie sans considération des autres et même à leur détriment, on perd sa vie et la vie tout court. C’est le sens unique du message christique.
Or le quant-à-soi, tyrannique, l’emporte ici et ailleurs. L’homme souffre partout de n’en avoir pas assez. Pour se rassurer, il amasse sans cesse, fidèle à l’autre sagesse de la prévoyance tous azimuts. D’où bousculades, ruades et rage. Sous l’emprise de la peur d’en manquer, on tremble de tout son être, on est angoissé des orteils aux cheveux. On cogne à droite et à gauche. On est cogné à droite et à gauche. Guerre généralisée : « Le caractère propre de la mentalité des peuplades dahoméennes est une méfiance toujours en éveil vis-à-vis des adversaires vrais ou supposés dont tout Indigène se croit menacé ». Paul Hazoumè a écrit ‘‘peuplades’’ en 1931. Il était suffisamment instruit pour savoir que le mot frise la jungle et renvoie peu ou prou à « une société primitive » selon le petit Robert qui propose comme synonymes approchants ‘‘horde’’ et ‘‘tribu’’. Il faut citer souvent Paul Hazoumè pour comprendre l’homme ici et ailleurs, hier et aujourd’hui et, peut-être demain, s’il reste sur la pente glissante. Perspective qui ne relève pas, hélas, d’un grand pessimisme puisque, en 2004, plus de sept décennies après Hazoumè, Gaston Zossou consacre un livre à « La guerre des choses dans l’ombre ». Choses que l’homme utilise pour cogner l’homme en se cachant.
Mais Zossou est trop bon. En ce 1er janvier 2022, la franchise brutale des hommes partout jette une lumière crue sur ce qu’il dit ‘‘ombre’’. Tout est clair aujourd’hui. Guerre commerciale déclarée entre les trois puissances mondiales, européenne, américaine et chinoise : ôte-toi de là que je m’y mette ! Et le Mali, indépendant et souverain, n’a pas le droit de se faire aider par qui il veut pour sa sécurité, car ‘‘le grand Soudan’’ est la chasse gardée de quelqu’un. Et les frontières ferment parfois entre deux pays frères, le Bénin et le Nigéria. Et telle Eglise va vendre des biens pour racheter en argent le crime de ses prêtres qui ont abusé des enfants au lieu de les conduire à Jésus le Christ. Et l’on s’interroge sur le Covid-19 : l’homme, prétendent certains, l’aurait concocté pour cogner l’homme. Pourquoi pas ? Le XXème siècle s’est bien concocté deux guerres mondiales en Europe et un génocide en Afrique. Or « on n’arrête pas le progrès ». Voir donc le XXIème siècle dans une fournaise ?
Teilhard de Chardin juge que « Ce qui manque aux hommes, sans aucun doute, pour être bons et heureux, c’est une âme commune ». Cette âme commune pourrait être le modèle Jésus le Christ, dont Pierre a dit, au matin de la première Pentecôte, « Cet homme est passé parmi nous en faisant le bien » (Actes, 10/38). Cette âme commune pourrait être aussi les modèles Mandela, Obama, Rawlings, Sankara. A chaque étape de leur vie, sans sacrifier leur bien-être, ils ont eu un projet pour le bien-être du plus grand nombre. Sans rien de la fortune de son successeur, Obama a pu mériter, tant soit peu, le label christique du passage parmi les hommes en faisant le bien. Et si chaque homme, en ce 1er janvier 2022, prenait la forte résolution christique de « gagner sa vie » tout en s’efforçant de gagner la vie du plus grand nombre ? « Etre bons et heureux », écrit Teilhard de Chardin. C’est possible.

Roger GBÉGNONVI

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