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Sorcellerie tous azimuts et hibernation de la vie [Chronique Roger Gbégnonvi]

L’université d’Abomey-Calavi a récemment enregistré une soutenance de thèse sur le thème de la sorcellerie (Azé). L’événement a mis la toile en émoi, peut-être à cause de la personnalité du nouveau docteur, davantage connu pour faire vivre le réel de la presse audiovisuelle que pour alimenter les mystères de la métaphysique. En fait, le thème a préoccupé d’autres chercheurs avant lui. Le Jésuite Éric de Rosny en mission au Cameroun, avec Les Yeux de ma chèvre en 1981, le jésuite et exorciste camerounais avec Sorcellerie et prière de guérison en 1982, l’exorciste béninois Gilbert Dagnon, avec La prière de délivrance et d’exorcisme en 2006, etc. Chacun de ces livres clame en résumé : « La sorcellerie existe, je l’ai rencontrée. » Et l’on ne doit pas s’étonner que leurs trois auteurs appartiennent au sacerdoce catholique. Disciples de Jésus le Christ, lumière, beauté et bonté, ils ont dû être frappés, effarés par la force de nuisance des sorciers, disciples de Satan, ténèbres, laideur et méchanceté. Alors, ils ont cherché. Et ils ont trouvé, mutas mutandis, les 41 degrés de la sorcellerie découverts par leur émule du campus d’Abomey-Calavi. Le 41ème degré paraît hyper foudroyant : « La 41ème sorcellerie s’achète pour se protéger et protéger sa famille contre toute sorte de sorcellerie. » Sur l’aire Aja-Tado, le nombre 41 énoncé kandé-lisa (et non pas l’habituel kandé nukun dokpo) prend une connotation religieuse d’une haute portée mystique. Le 41ème degré de la sorcellerie peut donc être dévastateur fortissimo, au point de dévaster les 40 autres degrés : 41ème sorcellerie, et 40 sorcelleries parties en fumée ! La métaphysique, partout, a des équations dont la cohérence échappe à la physique.
Mais au plan physique en la circonstance, l’équation est cohérente. La sorcellerie tous azimuts des 41 degrés induit ce qu’écrit Paul Hazoumê en 1931 : « La caractéristique propre de la mentalité des peuplades dahoméennes est une méfiance toujours en éveil vis-à-vis des adversaires vrais ou supposés dont tout Indigène se croit menacé. » En 1948, Emanuel Mounier, l’inventeur du « Dahomey, quartier latin de l’Afrique », a mis un gros bémol à cette latinité : « Mais cet intellectualisme teinté de méchanceté et de mesquinerie est de nature à retarder le développement du pays. » L’ethnologue et le philosophe n’ont pas mentionné la sorcellerie régnante. Ce n’était pas nécessaire. Mais il est nécessaire de relever, de révéler que la sorcellerie tous azimuts rend absurde depuis toujours le culte des morts, à tout le moins l’invalide. Le culte coutumier des morts n’est vivace que sous-tendue par une hypocrisie vaste et rance. Car il n’est aucun ancêtre à vénérer dans l’au-delà lorsque, vivant dans l’en deçà, tout le monde vit sur le qui-vive et menace tout le monde, les probables sorciers à l’affût de leurs victimes, et les probables victimes à l’affût des probables sorciers. Crainte et tremblement sans limites. Et le sauve-qui-peut devenu dangereux, car dans ta course folle, tu peux te retrouver nez à nez avec le sorcier, et il te happe. Enfer !
Que faire ? « Ce que redoute le méchant lui échoit. Ce que souhaite le juste lui est donné » (prov. 10/24). A vouloir se protéger contre la sorcellerie tous azimuts, on peut en devenir sorcier soi-même et méchant tous azimuts. De toute façon, le combat contre le sorcier ne peut que le renforcer. En cette matière aussi, hélas, « Gémir, pleurer, prier est également lâche », même pire car, en machiavélique stratège des ruses de Satan, voici le sorcier présent dans tous les lieux de culte où l’on s’honore de le combattre. Piété oblige, il fait génuflexions et salamalecs avec tous et mieux que tous. Alors que faire ? L’antidote de la sorcellerie se trouve auprès du sage ci-dessus : se consacrer à être juste. Vaste programme, plus exigeant et plus noble que celui de la méchanceté. C’est le projet d’une vie d’homme. Et la vie ne sera plus en sempiternelle hibernation mais toujours en progressive libération.

Roger GBÉGNONVI

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