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Chronique

Légaliser l’avortement au Bénin [Chronique Roger Gbégnonvi]

En République (‘‘la chose de tout le monde’’), il est des textes qui n’obligent pas tout le monde. Quand l’Etat légalise ou dépénalise telle pratique sociétale courante, c’est, en général, pour faire justice à des citoyens stigmatisés à tort et obligés à la clandestinité. L’acte de l’Etat leur permet de vivre désormais libres dans « La République du Bénin, une et indivisible, laïque et démocratique » (Art. 2). Sans rien bouleverser à la vie des autres citoyens, la nouvelle règlementation renforce la fraternité et le vivre-ensemble républicains.
Mais quand il s’agit de légaliser l’avortement au Bénin, la décision s’avère délicate. Elle est querellée parce que de nombreux Béninois croient en l’existence de l’âme animant déjà le fœtus et que, donc, avorter revient à arracher la vie à une personne déjà constituée, fût-ce seulement en germe. Or, s’adressant à Moïse, Yahvé ne fit pas de quartier : « Tu ne tueras pas. » (Ex. 20/13). C’est peut-être pour cela que les végétariens purs et durs supplient les hommes de cesser de torturer les animaux et de les tuer pour manger leurs cadavres. Ne braisant plus de poulet, l’homme ne ferait plus d’omelette non plus, car le poulet vit déjà en germe dans l’œuf. Poussée à bout, toute logique amène à ne pas savoir raison garder.
Or, quand on sait raison garder, la vie devient vivable en Fraternité et Justice (Art. 1er) pour toutes les personnes nées, dont l’existence comporte « le visible et l’invisible », physique et métaphysique. L’Etat se charge d’organiser le tout visible. La religion se charge d’organiser le tout invisible. Parfois cependant, physique et métaphysique interfèrent. Y a-t-il interférence des deux sur le terrain de l’avortement ? La foi répond oui. Mais de légaliser l’avortement n’invite ni n’oblige à avorter. Il s’agit pour l’Etat d’apaiser les citoyennes qui y ont recours pour des raisons douloureuses, et qui tremblent à cause du jugement accusateur de certains concitoyens, et qui y ont recours souvent dans des conditions d’hygiène sanitaire (physique) traumatisante (métaphysique). Or il n’y a pas lieu d’invoquer la foi car, pendant que l’Etat laïc accompagne la citoyenne en détresse sur les pentes de la grossesse non désirée et de l’avortement, il revient aux prêcheurs de la morale religieuse de rappeler à la citoyenne croyante qu’elle se damne si elle avorte, et de lui ménager un accompagnement qui l’aide vraiment à supporter l’insupportable de sa grossesse non désirée. En effet, il serait peu courageux, au nom de la religion, de s’arrêter à diaboliser l’accompagnement de l’Etat.
L’Etat et la religion aident la citoyenne porteuse d’une grossesse non désirée. Il s’agit donc d’abord de la femme quand on parle d’avortement. C’est elle qui en porte les lésions physiques et métaphysiques. Ce sont pourtant des mâles, acteurs religieux, qui sont montés en verve pour crucifier la légalisation de l’avortement. Exclues des instances de décision, surtout en religion, les femmes sont servantes et pas prêcheuses. Leur pieux silence a laissé quelque prêcheur dire que l’Etat pourrait prendre en charge les grossesses non désirées, que les Béninois approuvent la progéniture foisonnante de « l’enfant tout bénéfice », qu’il y a 19 ans, telle mineure de 14 ans a été violée et que la fille issue de ce viol est aujourd’hui en 2ème année d’études supérieures. Génial. Idéal. Condamnable en amont, le viol devient admirable en aval. Un subliminal satisfecit décerné aux délurés sadiques, qui engrossent et s’en vont.
Bill Clinton et Barack Obama, élevés sans Papa qui a lâché Maman, sont miracles de Maman élevant seule ses enfants. De tels miracles existent au Bénin, perdus dans le dédale des « enfants de la rue », dont les parents vivants ont lâché tous deux. Or rien ne justifie qu’on érige en règle, pour l’avenir de l’homme, la lâcheté des mâles qui n’assument pas leur paternité. Légaliser l’avortement au Bénin, où les mâles lâcheurs sont légion, contribuera à rassurer la femme et, peut-être, à ramener les mâles lâcheurs à leur responsabilité de Papa.

Roger GBÉGNONVI

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