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Chronique

Autour du Sommet Afrique-France à Montpelier [Chronique Roger Gbégnonvi]

« Ils sont venus, ils sont tous là », aurait chanté Charles Aznavour. En l’occurrence, ils étaient tous là, invités par la France, en lieu et place des Chefs d’Etat, au 28ème Sommet Afrique-France. Jeunes, ardents, fiers comme Artaban, genre « chevalier sans peur ni reproche ». Et ils ont dit au Premier des Français ce que déjà il savait, ne serait-ce que parce qu’on lui aura soufflé le dire du Père Luc Hodji, curé de la paroisse Sainte-Croix de Sanguera dans la banlieue pauvre de Lomé. Des jours avant le sommet, en pleine homélie, il s’était surpris à s’exclamer : « Nous sommes en train de servir les intérêts de la France pendant que les Togolais meurent de faim… Nous sommes dans la misère, ce que le Français ne peut pas vivre. » Dans son pays et alentour, l’exclamation fit florès et entraîna des : « Bravo, mon Père ! » Même sans cela, l’hôte savait à quoi s’en tenir, et qu’en offrant l’hospitalité à des Africains sans casserole, il s’entendrait dire « la vérité, l’âpre vérité ». Aura-t-il souhaité cette théâtralisation du sommet pour que d’autres, notamment les Chefs d’Etat écartés de ‘‘leur’’ sommet, entendent avec lui le cri de révolte de l’Afrique relayé par sa jeunesse ? Peut-être.
Cette révolte qui sourd de partout en Afrique francophone n’est pas haine de la France mais profonde exaspération devant l’aide qui s’éternise pendant que la pauvreté, qu’elle est censée atténuer et éteindre, s’étale et confine chaque jour un peu plus à la misère. Or à Montpelier, pendant la mise en scène avec ses invités, l’hôte n’avait pas oublié la sévère mise en garde d’un de ses prédécesseurs, volontiers franc-tireur. Sur BFMTV, des années avant le Sommet de Montpelier, l’ancien Président Nicolas Sarkozy avait averti : « La France ne peut pas permettre que ses anciennes colonies créent leur propre monnaie pour avoir le contrôle total sur leur Banque centrale. Si cela se produit, ça sera une catastrophe pour le trésor public, qui pourra entraîner la France au rang de 20ème puissance économique mondiale. Pas question de laisser les colonies françaises d’Afrique avoir leur propre monnaie. » L’une des invitées au Sommet à Montpelier s’était exclamée que la France n’existe pas sans les Africains. Elle aurait pu appuyer son exclamation sur Nicolas Sarkozy.
Le Père Luc Hodji et le Président Nicolas Sarkozy s’accordent en ce que les deux parlent de domination. C’est ensuite que s’installe la discorde : le suzerain d’hier conjugue au présent « les colonies françaises d’Afrique » et veut continuer à dominer pour s’élever, fort et fier, sur le dos du vassal d’hier, lequel veut rejeter la domination pour s’élever enfin lui aussi. Opposition frontale. Où mène-t-elle ? Léopold Sedar Senghor répond : « Voici que meurt l’Afrique des empires – c’est l’agonie d’une princesse pitoyable / Et aussi l’Europe à qui nous sommes liés par le nombril. » Car c’est mathématique et physique avant que d’être mystique et poétique : point tu ne bâtiras ton bonheur sur le malheur cultivé de l’autre. Le cheval que tu montes a faim et soif. Il s’effondre. Tu t’effondres. L’effondrement de l’Afrique francophone entraînera l’effondrement de la France et de l’Europe, c’est imparable.
Sauf donc à désirer cyniquement pour l’Europe et l’Afrique la fin sinistre du Titanic, l’on ne se contentera plus d’assistanat hautain, mais l’on doit, de façon urgente, cruciale et scientifique, abandonner la civilisation du « superflu, chose très nécessaire » de Voltaire, pour la civilisation du partage. Simplement. L’homme n’est ni saint ni ange. Mais ce n’est pas une raison pour être égoïste jusqu’á en devenir bête et suicidaire. Ce n’est pas humain. Or voici venu le temps d’accomplir aujourd’hui pour demain ce qu’a entrevu hier Saint-John Perse : « C’étaient de très grandes forces en croissance sur toutes pistes de ce monde, et qui prenaient source plus haute qu’en nos chants, en lieu d’insulte et de discorde. » Du Sud au Nord et du Nord au Sud, donnons-nous la main sur les chemins qui montent. C’est possible.

Roger GBÉGNONVI

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