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Enfance et maltraitance selon l’évangile des adultes [Roger Gbégnonvi]

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En mai 2021, entre la Pentecôte et la fête des mères, le web a montré à profusion un joli bébé, un garçon, abandonné en rase campagne, en pleine ville de Ouidah, en pleine saison des pluies. L’abandonné agitait ses petites mains et ne se doutait de rien. Il est certain que l’abandonneur a souhaité la découverte de l’abandonné, sinon, il aurait jeté ‘‘ça’’ dans une fosse septique ou dans un puits asséché, et l’opinion l’aurait su beaucoup plus tard à la rubrique des ‘‘faits divers’’. Est donc absconse la réflexion d’un des voyeurs attroupés dans la brousse autour du bébé : « On n’a même pas vu la mère ! » Parce que la culpabilité aveuglante serait celle de la mère seule, et pas du père, et pas du je-m’en-foutisme larvé sur le sort des enfants, et pas de quelque coutume ancestrale acceptée et ancrée !?
Dans telle ethnie du Bénin, un enfant décrété sorcier à sa naissance est abandonné aussitôt par sa mère. Informé, le préposé à l’infanticide saisit le bébé et l’exécute. En effet, né par le siège, ou face contre terre, ou avec une membrane appelée dent, ou, plus tard, avec une première dent apparue sur la gencive supérieure, etc., l’enfant doit être mis à mort sans ménagement parce que sa venue au monde signifie la disparition programmée de l’ethnie. Et Caïphe paraphrasé triomphe : il vaut mieux qu’ « un seul bébé meure pour que l’ethnie ne périsse pas tout entière ». Le prêtre catholique autochtone qui s’est battu corps et âme contre ce massacre étale des innocents n’a eu la vie sauve que parce que les siens avaient de lui une peur bleue : en effet, seul un sacré démon peut oser ne pas aimer qu’on mette à mort les bébés présumés exterminateurs de l’ethnie. Si c’est un couple, membre de cette ethnie, qui a abandonné le bébé dans la brousse à Ouidah, après découverte que son nouveau-né appartient á une catégorie dite sorcière, on doit le féliciter d’avoir ignoré la coutume assassine et placé l’enfant en situation d’être récupéré et sauvé. Le couple ne se serait pas permis une aussi grave déviance, chez lui, au sein de l’ethnie. On l’en aurait banni.
Mais le bébé abandonné dans la brousse à Ouidah est peut-être tout simplement le fruit d’un viol ou d’un inceste aggravé. Dans les deux cas, la femme est victime de l’homme avant que d’être accusée de négligence, voire d’abandon de son bébé. Quand papa se mit à solliciter sa fille de onze ans, l’enfant se soumit, croyant que c’était la norme. Terrifiée, maman se mura, impuissante, dans un silence orageux. Garder l’homme, sauver la face, voilà désormais le combat. Grossesse inattendue. Refus de toute entreprise abortive dangereuse pour sa fille. Alors la digne épouse pourrait désirer la disparition du bébé. Car cet enfant, dont son mari est papa et grand-papa trivial, et elle grand-maman honteuse, cet enfant est un monstre à effacer. Effacer l’enfant, mais pas le père violeur de sa fille, et pas non plus les parents engendreurs des enfants qu’ils décrètent sorciers et qu’ils mettent à mort.
Au demeurant, les Béninois professent que « la progéniture est tout bénéfice », que les enfants sont escabeau pour leurs parents. Aussi chacun produit-il au Bénin progéniture nombreuse, sans souci de ce qu’il faut avoir pour qu’elle vive et prospère. Il ne s’agit pas en effet d’élever les enfants, mais que les rescapés d’entre eux portent leurs parents. Et sans attendre les rescapés, les parents peuvent déjà se servir à souhait des bien-portants. Car, ici comme ailleurs, « la vérité, l’âpre vérité » est que l’exploitation du plus faible par le plus fort est la règle absolue. Or, le bébé abandonné dans la brousse á Ouidah, en plus d’être parfaite inutilité, est toute faiblesse, et en proie donc à l’évangile selon les adultes, lequel évangile fait rimer en secret enfance et maltraitance pour le bon malin plaisir des adultes.
Ecrit et consigné ici pour que s’élèvent les cœurs qui peuvent encore s’élever plus haut que l’animal en l’homme, afin de semer beauté et bonté pour l’humain en l’homme.

Roger GBÉGNONVI

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