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Lecture de la lettre de Macron à Talon [Chronique Roger Gbégnonvi]

« A la suite de la confirmation par la Cour constitutionnelle de [sa] réélection à la Présidence de la République du Bénin », le Chef de l’Etat béninois a reçu de son homologue français une lettre datée du 12 mai 2021.
On regrettera que la lettre ait dérogé au protocole habituel. Certes, elle évoque « Le renouveau des relations entre l’Afrique et la France ». Ledit renouveau justifie-t-il une lettre de recommandations en lieu et place d’un simple message de félicitations ? Chacun des deux Présidents conduit le train d’une réforme plurielle, jugée nécessaire pour le progrès de leurs pays. On les imaginerait donc s’entretenir en tête-à-tête des difficultés auxquelles ils sont confrontés sur le chemin difficile des mentalités à changer. A l’ère du Nouveau Départ, quelques fortes gens d’argent quittent le train, s’installent outre-mer, prétextant que plus rien ne va sous les tropiques au Bénin. A une gare de En Marche, des généraux à la retraite déchirent la règle du silence, ils donnent de la voix par les fenêtres, prétextant que plus rien ne va au pays du général de Gaulle. Etc. Des soucis pour les deux chefs d’Etat, sujets pour un possible tête-à-tête, à l’Elysée ou à la Marina. Car les deux réformateurs, le front plissé, ne sauraient échanger quelque lettre-conseils retrouvée sur l’agora des réseaux sociaux.
Le paragraphe 2 de la lettre dit « la France aux côtés du Bénin pour contribuer à son développement…, contribuer à la prospérité de son économie ». Or tout le paragraphe 3 met l’accent sur quelque chose qui ne paraît pas capital pour l’économie et le développement : « La restitution au Bénin des vingt-six œuvres du Trésor d’Abomey, qui se prépare dans un esprit positif de partenariat, illustre le renouveau des relations entre l’Afrique et la France, que je me suis efforcé d’impulser depuis le début de mon mandat. »
Les vingt-six œuvres appartiennent depuis longtemps au patrimoine français, et il y a risque d’ouvrir la boîte de Pandore si elles sont restituées. D’autres pays saisiraient la balle au bond et réclameraient leurs biens, trophées de guerre, emportés par des soldats fiers d’avoir triomphé. Il est vrai qu’une reproduction à l’identique remplacerait l’obélisque du temple de Louksor, emporté et érigé place de la Concorde. Privée de l’original égyptien, la France poursuivrait sa marche. Pareil pour le Bénin sans les vingt-six œuvres. L’on regrettera donc que, au chapitre développement et économie, la lettre n’ait pas abordé la cruciale et crucifiante question des « accords secrets » et du franc CFA, ligotant à la France ses anciennes colonies au sud du Sahara. De l’avis de tous les économistes, ces liens imposés empêchent le développement de l’Afrique tout en propulsant celui de la France. La lettre évoque « la sécurité régionale » et dit que la France continuera de la soutenir. Mais si les « accords secrets » et le franc CFA restent en l’Etat, c’est-à-dire au bénéfice de la France, les pays concernés devront toujours tendre la main à la France. Le seul renouveau qui vaille est celui de l’abandon des « accords secrets » et du franc CFA. Ce ne sera simple ni pour la France ni pour les Africains. Mais ils réussiront en se mettant sincèrement En Marche.
On regrettera enfin que la lettre soit connotée Françafrique. Il est vrai que les vieilles habitudes ne s’abandonnent pas facilement, surtout quand elles sont bonnes pour ceux qui s’en servent et qui sont aussi ceux qui imposent leur loi. Il faut pourtant que l’Afrique et la France s’accordent un jour pour quitter le train de la Françafrique. Ce train aliène et dessert l’Afrique. Il faut le quitter pour le progrès et l’épanouissement des peuples.
La lecture de la lettre de Macron à Talon révèle le long chemin devant le Bénin pour mériter le traitement que la France réserve, par exemple, à ses partenaires du Maghreb. Le Bénin et la France vont devoir, de concert, ouvrir les chemins de la dignité pour tous.

Roger GBÉGNONVI

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