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Faux enlèvements et rançons au Bénin: « C’est un dysfonctionnement au niveau de la relation familiale », analyse le psychologue clinicien Raoul Satondji

Les supposés enlèvements de jeunes qu’enregistrent le Bénin depuis quelques mois doivent propulser la responsabilité des parents et de l’État au centre du débat public au-delà de l’émotion suscitée sur les réseaux sociaux. Lameteo est allé à la rencontre d’un psychologue clinicien, qui trouve un peu surprenant qu“un enfant à qui les parents ont inculqué les valeurs éthiques, les valeurs morales, les valeurs d’honnêteté qu’il faut, ont mis à sa disposition les moyens nécessaires pour subvenir à ses besoins” monte un faux enlèvement dans le but d’arnaquer ses parents. Ici, Raoul Kouakou Satondji explique les causes de cette situation qui traduit la faillite de la dynamique familiale et propose des pistes de solutions pour redonner vie au corps social.

Lameteo : Qu’est ce qui justifie de telles pratiques ?

Raoul Satondji: « Pour un tel phénomène, que le mécanisme d’enlèvement soit réel ou non se justifie premièrement pas la déchéance morale, par la crise éducative. Il y a quelque chose qui ne va pas au niveau de la dynamique familiale. C’est un dysfonctionnement au niveau de la relation familiale. Normalement quand tout se passe bien, vous imaginez mal un enfant à qui les parents ont inculpé les valeurs éthiques, les valeurs morales, les valeurs d’honnêteté qu’il faut, ont mis à sa disposition les moyens nécessaires pour subvenir à ses besoins, cet enfant ne peut pas adopter ce comportement. Donc on est en présence d’une crise des valeurs. La famille doit se remettre en cause au regard des mutations au sein de la société. Également, il faut savoir que dans la sous-région notamment dans certains pays où il y a des migrants, il y a des tentatives d’enlèvement ou des enlèvements, où le principe consiste à demander aux parents de verser une certaine rançon pour la libération de leur enfant, de leur frère en tout cas d’une manière générale de leur proche. J’imagine que ces aspects ont inspiré certaines personnes, certains compatriotes qui ont des comportements déviants, qui ont des attitudes morales plus ou moins en faiblesse. Donc cela peut plus ou moins se justifier. Il y a aussi la responsabilité parentale en matière d’éducation en matière d’accompagnement, en matière de soutien social donc les raisons qui justifient l’apparition de ce phénomène dans notre contexte sont nombreuses. Parce qu’il vous souvienne qu’il y a eu déjà un cas qui s’est soldé par une situation malheureuse où il y a eu mort d’homme. Et donc, ce sont des démarches qui arrivent dans un contexte où les délinquants ou les personnes de basses moralités adoptent toutes les techniques en vogue pour avoir gain de cause notamment soutirer de l’argent ou avoir d’autres intérêts.»

Pourquoi maintenant ?

« En réalité avec le développement des médias sociaux, le système d’information d’une manière générale, on a connaissance de certains phénomènes. On ne peut pas ou on n’a pas de preuve pour dire que ce ne sont pas des tentatives ou des mécanismes ou des moyens d’escroquer de l’argent à autrui qui n’avait pas existé. Et donc je pense pour ma part qu’avec le développement des technologies de l’information et tout ce que nous avons, cela a aussi contribué.»

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Quelle est la responsabilité des parents et de l’État ?

« Le maillon le plus utile de la société, c’est la famille. C’est la famille qui inculque d’abord les premières valeurs sociétales. Il revient à l’Etat après d’inculquer d’autres valeurs à travers l’éducation, l’école. Mais premièrement, c’est la famille qui donne les bases, les prémices sur lesquelles doivent se greffer ce que l’Etat donne par le biais de l’école, par le biais de toute autre formation permettant à l’individu de vivre en harmonie avec sa société dans le respect des règles et des normes. Quand on se rend compte aujourd’hui que malgré tout, il y a certaines personnes qui passent dans les mailles et qui n’arrivent pas à adopter le comportement qu’il faut, on s’interroge bien sur ce qui se produit. Mais ce qu’il y a lieu de savoir, c’est qu’avec les mutations sociales, on se rend compte que les familles sont en crise. Nous avons plusieurs types de familles et nous avons plusieurs types de relations entre membres de la même famille. Ces types de relation peuvent parfois aboutir à certains nombres de relations déviantes.
Quant à l’Etat, de mon point de vue, il a mis en place des mécanismes pour pouvoir contrer ce genre de comportement. Mais ces mécanismes ne sont pas suffisants parce que la part que l’État joue, à l’exception de l’éducation où l’État essaie de faire plus ou moins de son mieux malgré que cela ne soit pas suffisant, c’est la mesure régalienne, la sanction. Les mécanismes qui sont mis en place dans notre pays, ne sont pas suffisants pour empêcher ce genre de comportement. La famille et l’Etat sont bien interpellés dans leur démarche de pouvoir élaborer ou développer les mécanismes plus adaptés qui puissent répondre efficacement aux divers problèmes ou diverses préoccupations en matière de déviances qui se posent. Bien entendu, dans notre société, il y a plusieurs structures qui s’occupent de ces questions mais il n’y a véritablement pas une démarche holistique c’est-à-dire une démarche qui prend en compte la famille, qui prend en compte tous les mécanismes que l’État a mis en place de manière formelle et également les mécanismes que la société et la famille ont pu mettre en place. Tant qu’il n’y a pas cette synergie, je pense qu’il y aura toujours un problème.»

Raoul Kouakou Satondji, psychologue clinicien

Ces enfants ont été arrêtés, la solution est-elle la prison?

« L’arrestation des enfants c’est une interrogation. C’est véritablement une interrogation. La prison est-elle une solution ?d’abord, il faut savoir que nous sommes dans une société, dans un contexte donné et que dans cette société il y a des actes que si vous les posez, vous faites face à la loi et la loi décide par exemple ce que vous devrez faire. Comme je le disais plus haut lorsque le système a un mécanisme holistique, on peut trouver des mécanismes alternatifs pour pouvoir les régler. On peut l’appeler prison, on peut l’appeler centre de détention, ou centre de rééducation. En tout cas, il a plusieurs dénominations. Le terme prison est devenu un peu plus péjoratif parce que nous n’avons que dans notre système que cette seule référence en matière de délinquance ou en matière des personnes qu’elles soient adolescentes ou d’un certain âge. La prison est aussi perçue comme un cadre éducatif ou un milieu où on peut l’amener. Mais tel que cela fonctionne dans notre pays aujourd’hui, la prison est conçue et perçue exclusivement comme un cadre de punition alors qu’elle devrait être aussi pour certaines cibles, dans certain cas, un espace éducatif pour permettre à l’individu de s’améliorer et être réintégré dans la société pour pouvoir contribuer à la vie.»

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Comment éviter d’autres cas à l’avenir ?

« Pour éviter d’autres cas à l’avenir, il faut passer d’abord à la prévention. Il faut prévenir ce genre de comportement par la sensibilisation par l’information, par l’éducation. Il faut intervenir au niveau de nos écoles, de nos centres, en tout cas la plus part des centres où on peut avoir des jeunes les informer, les conseiller sur les conséquences de leurs actes afin qu’ils analysent au mieux les actes qu’ils posent avant d’agir. Il faut aussi aider les jeunes à avoir une bonne conscience. Il faut trouver un mécanisme au niveau étatique pour régler les problèmes et les besoins des jeunes. Parce que aujourd’hui, face aux mutations sociales, face aux crises économiques, face à la difficulté, face au chômage, face à tous ces phénomènes-là auxquels sont confrontés les jeunes, ils sont malheureusement bien obligés d’adopter parfois des comportements qui surprennent parfois bien qu’on ait mis en place tout le dispositif pour pouvoir les aider à pouvoir s’en sortir. Donc il y a lieu de beaucoup travailler à la prévention. Et cette prévention doit être au niveau de la famille, au niveau des écoles, au niveau des institutions, au niveau de l’Etat, au niveau de la presse, au niveau des médias, nous devrons tous contribuer à sensibiliser au maximum sur les comportements déviants et les risques que les individus encourent lorsqu’ils sont épinglés par les forces publiques. »

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Quel accompagnement pour les parents ?

« En terme d’accompagnement pour les parents, j’imagine que les parents sont traumatisés, ils sont surpris, ils sont choqués par ce genre de situation. Il est important pour eux en terme d’accompagnement de rencontrer un spécialiste notamment un psychologue parce que chaque cas est unique en fonction de la relation que le parent a avec son enfant, le spécialiste sera à même de trouver le meilleur mécanisme qu’il faut pour pouvoir l’accompagner ce qui est clair c’est que les parents ont besoin d’accompagnement psychologique les enfants eux-mêmes ont besoin. Les personnes, les victimes ont besoin aussi d’un psychologie parce que de tel comportement c’est quand même un peu surprenant qu’un enfant puisse être de concert avec d’autres individus pour pouvoir arnaquer ces propres parents c’est une question qui se pose et ça sort carrément de l’entendement. De mon point de vue, il y a quelque chose qui ne va pas au niveau de l’interaction ou de la dynamique familiale et donc cet aspect doit amener les parents ou l’environnement proche à solliciter une assistance psychologique, un professionnel. Aujourd’hui il y a de nombreux psychologues au Bénin. Donc en fonction de la particularité de chacun ces psychologues pourront mettre en place les mécanismes de prise en charge d’accompagnement qu’il faut à la fois pour les parents et pour les enfants.»

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