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Chronique

Dieu incarné en débat à Parakou [Chronique Roger Gbégnonvi]

Récemment, sur Golfe TV Africa, relayé par les réseaux sociaux, l’Archevêque de Parakou a conduit une réflexion digne du plus grand intérêt. En voici le verbatim partiel : « C’est vrai ! Dieu s’est incarné dans un peuple, le peuple juif. Mais Dieu lui-même n’est pas juif… C’est Lui qui a créé toutes les ethnies. Pourquoi Il choisirait d’être juif seulement ? En devenant juif avec les Juifs, Il a voulu embrasser toutes les ethnies. C’est notre colonisation qui fait que nous avons du mal à accueillir le Christ et sa mère comme faisant partie de notre patrie… Comment vous voulez qu’on soit noir et que nous imaginions notre Maman [Vierge Marie] blanche ? Il y a quelque chose qui ne va pas dans notre cosmogonie, dans notre décor mental… Il faudrait que nous essayions de sortir de nos mentalités réductrices. Je sais que Dieu est prêt à assumer toute ethnie, toute couleur… » Clair. Courageux. Audacieux.

L’Archevêque de Parakou Golfe TV Africa

Si l’on chemine loin avec le prélat, on aboutira dans le Borgou à un catholicisme transfiguré. On pourrait renouer avec feu authenticité zaïroise qui vit Joseph-Désiré muer en Sese Seko pendant que, à l’ouest du Bénin, Etienne muait en Eyadema. Et il est vrai qu’il est malséant pour une Baatonu de Nikki de se prénommer – le livret de catholicité faisant foi – Marie-France. Voilà « cosmogonie » et « décor mental » en appui à la thèse d’une France, petite, affirmant qu’à partir du baptême de Clovis en 496, les Français sont devenus le nouveau peule élu parce qu’ils ont accepté Jésus-Christ comme sauveur du monde alors qu’Israël l’a rejeté. Extravagant. Sans importance donc. Mais si cette petitesse délirante avait sous-tendu ce que l’Archevêque de Parakou appelle « notre colonisation » ? Que faire ? La sud-américaine Théologie de la Libération condamnée par Jean-Paul II au Nicaragua constitue pour le prélat un sens interdit. Que faire ? Peut-être se tourner vers Paul, l’apôtre des non Juifs, et s’entendre dire que « si le Christ n’est pas ressuscité, vide alors est notre message, vide aussi votre foi » (I Cor, 15/14). Dieu, sauveur du monde, n’est donc pas, selon Paul, le « Dieu sanglant » du mystique Lanza del Vasto, mais le Christ Pantocrator, le Christ en gloire des Eglises orthodoxes, lesquelles sont étiquetées schismatiques par l’Eglise catholique romaine, l’Archevêque de Parakou le sait. Et il sait que, à imiter les chrétiens orthodoxes, le Borgou catholique aurait ses églises ornées d’icônes mais vides de statues en bois, pierre ou plâtre. Serait-ce encore catholique ? Non car, après qu’au 1er siècle Paul a arraché Jésus-Christ à ses apôtres juifs pour l’offrir au monde païen, Constantin, au IVème siècle, a emprunté le paulinisme aux chrétiens pour en faire religion d’Etat afin de sauver l’unité de son empire. Et il a légué à l’Eglise catholique romaine le style qui fait aujourd’hui son apparat et son éclat : vêture, architecture, statuaire, etc. Sinon c’est la nudité des églises protestantes. Or l’Eglise catholique romaine se méfie plus encore des Protestants que des Orthodoxes parce que Luther a ajouté l’hérésie au schisme. L’Archevêque de Parakou le sait.

Statut de Jésus Christ dans une église catholique à Parakou

Que faire pour être catholique romain dans le Borgou de 2021 ? Dans Christianisme sans fétiche, sous-titré Révélation et domination, (Présence africaine, 1981), Fabien Eboussi Boulaga écrit : « Une des causes de la perte de crédibilité du christianisme africain est sa liaison dangereuse avec la force. » (p.48). « Notre colonisation » ? Plus loin (p.52), l’ancien jésuite camerounais en appelle au « courage des ruptures clarifiantes et libératrices. » Pour y parvenir, il faudrait adhérer à l’évangéliste Jean : « Dieu est esprit, et ceux qui adorent, c’est en esprit et en vérité qu’ils doivent adorer. » (4/24) Dieu intériorisé clôt le débat. Car si l’Archevêque de Parakou réussit son dessein d’une reconquête africaine du christianisme, arrivera-t-il, dans le Bénin de 2021, à faire s’incliner l’ethnie X devant Dieu aux traits de l’ethnie Y ? Le Dieu qui libère et rassemble les hommes est celui de l’évangéliste Jean.

Roger GBÉGNONVI

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