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IA: Cinq hommes qui disent la fin de l’homme [Chronique Roger Gbégnonvi]

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Le but de la vie, la fin de l’homme, c’est la mort. Et voici cinq hommes qui, mutatis mutandis, disent la fin de l’homme à l’aune de l’intelligence artificielle (IA).
C’est d’abord Stephen Hawking (1942-2018), pour qui la mort collective est possible, logiquement envisageable. Décédé juste avant le millésime qui servit à baptiser un certain virus qui tue en vrac, l’astrophysicien de renommée mondiale ne pouvait s’y référer lorsqu’il déclara en 2014 à la BBC : « Je pense que le développement d’une intelligence artificielle complète pourrait mettre fin à l’humanité. » Si la science du professeur de Cambridge n’avait été éprouvée par ses étudiants et ses pairs, on eût pu le prendre pour un farfelu. Pourtant, Jean-Gabriel Ganascia, enseignant-chercheur en intelligence artificielle à Sorbonne Universités, y alla d’une réplique sans bémol : « Croire qu’une machine pourrait égaler ses concepteurs et se retourner contre eux relève soit du fantasme, soit d’une méconnaissance de l’IA ». Pour Ganascia donc, l’IA ne peut pas compromettre la vie des hommes sur terre.
Or, le 17 décembre 2020, lors d’une Interview à France-Soir, le professeur Luc Montagnier, prix Nobel de Médecine en 2008, a rejeté à nouveau la thèse qui veut que le ci-dessus virus soit parti d’un pangolin. Pour le savant nobélisé, et qui l’a martelé, « il y a eu aussi fabrication », et « erreur d’estimation ». Et de déplorer qu’on ait pu créer le sentiment que « il n’y a plus de vérité scientifique ». Pour expliquer l’infortune, le professeur a envisagé plusieurs hypothèses : « échapper », « une fuite calculée », « un essai ». Son avis est que les chercheurs n’ont pas planifié le malheur qui frappe la planète, ils ne voulaient pas le mal de l’humanité, mais au contraire son bien, car ils auraient été en quête d’un vaccin anti Sida.
A aucun moment Luc Montagnier n’a évoqué l’IA. Elle pourrait cependant servir de toile de fond à son analyse pour conforter la prescience de Stephen Hawking et constituer une pierre dans le jardin de Jean-Gabriel Ganascia. Car ce sinistre virus semant le deuil et qui mute à sa guise pourrait préfigurer une cyberattaque planétaire décidée par des robots auto-actionnés, ayant échappé au contrôle de l’homme qui les aura créés intelligents. Et c’est bien une telle fatalité que craignait Hawking dès 2014 : que l’intelligence créée par l’homme, mais détachée de l’homme, en vienne à se comporter comme « une force qui va ». Une intelligence libre et indépendante de l’homme, mais une intelligence sans conscience.
Si le virus apparu en 2019 se justifie de « il y a eu aussi fabrication », Luc Montagnier aura tranché en faveur de la vision apocalyptique de Stephen Hawking, car l’IA n’est qu’à ses débuts, et l’on n’arrête pas le progrès. Les avancées de l’IA promettent pour l’avenir des fruits abondants. Des fruits vénéneux ? En tout cas, le petit-chose qui a ‘‘échappé’’ répand d’ores et déjà panique et enfermement. Il remet au goût du jour les conseils de l’évangéliste Marc, il y a environ 2000 ans, pour conjurer l’abomination de la désolation : «…que celui qui sera sur la terrasse ne descende pas pour rentrer dans sa maison et prendre ses affaires ; et que celui qui sera aux champs ne retourne pas en arrière pour prendre son manteau ! Malheur à celles qui seront enceintes et à celles qui allaiteront en ces jours-là… » (13/14-18).
Et c’est alors qu’on s’en remet à l’angoissante consolation de Blaise Pascal : « L’homme n’est qu’un roseau, le plus faible de la nature ; mais c’est un roseau pensant. Il ne faut pas que l’univers entier s’arme pour l’écraser : une vapeur, une goutte d’eau suffit pour le tuer. Mais, quand l’univers l’écraserait, l’homme serait encore plus noble que ce qui le tue, parce qu’il sait qu’il meurt, et l’avantage que l’univers a sur lui, l’univers n’en sait rien. » Mais noblesse et avantage et savoir seront-ils encore attributs de l’homme quand l’intelligence artificielle, détachée de l’homme, aura écrasé l’homme ?  

Roger GBÉGNONVI

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