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Bénin-Nigéria : « Prendre la contrebande comme sujet de la fermeture de la frontière est une sorte d’alibi », Prof. John Igué

Au cours d’une soirée politique, organisée par la Fondation Friedrich Ebert sur le thème “la coopération bénino-nigériane à l’épreuve des crises”, le géographe, spécialiste des relations bénino-nigérianes, directeur scientifique du laboratoire d’analyses régionales et d’expertise sociale (LARES), le professeur John Igué, a donné les raisons qui motivent souvent le Nigéria à fermer ses frontières, qui n’ont rien à voir avec la thèse officielle avancée par ce voisin de l’est du Bénin. C’était ce lundi 21 décembre 2020 à Cotonou avec d’autres invités formant ainsi un panel.

« Les Nigérians prennent prétexte sur la contrebande. La contrebande entre le Nigéria et ses voisins est une question qui sera éternelle compte tenu du fait que les frontières ont été mal tracées. Les frontières ont divisé autour du Nigéria, les mêmes peuples. Les Haoussa au Niger, les Peuhl au Cameroun, les Bariba et les Yorouba au Bénin ici. Dans ce contexte là, prendre la contrebande comme un sujet de fermeture des frontières est une sorte d’alibi », a déclaré le Prof. John Igué, en se référant aux différentes fermetures de frontières opérées depuis quelques années, par le Nigéria. Pour lui, les mobiles sont ailleurs. « Les raisons qui poussent le Nigéria à fermer les frontières sont d’ordre plutôt stratégique et politique », soutient le directeur scientifique du LARES. Et d’analyser : « Après la France, l’ambassade du Bénin est l’une des plus importantes du Nigéria du monde à cause de la question de sécurité. C’est pour cela que pour toutes les choses qui peuvent menacer cette sécurité, le Nigéria réagit violemment. »

Des panélistes autour de “la coopération bénino-nigériane à l’épreuve des crises”

Selon le spécialiste des relations bénino-nigérianes, le Nigéria a toujours voulu que, bien que certains de ses pays limitrophes soient francophones, que la France n’est aucune influence sur eux. « Ils sont révoltés par le fait que toutes nos décisions passent par Paris. Et le cas particulier du Bénin leur fait très mal. C’est pour cela je dis que la question sécuritaire est au centre de toutes ces décisions ». Toutefois, le Prof. Igué, par ailleurs ancien ministre du commerce du Bénin, reconnaît que les relations commerciales mises en place par le Bénin vis-à-vis du Nigeria est source de mécontentement. Il en fait la genèse : « nous avons inventé un système économique qui déplaît au Nigéria : notre système de réexportation qui a commencé à fonctionner depuis 1973 dans le cadre du boom des matières premières, pétrole au Nigéria, au l’uranium Niger et le phosphate au Togo. Nous n’avons rien mais les avantages de la dividende de la rente de ces matières premières, c’est nous qui les captons. Les Nigérians se sont toujours plaints de cela. Or, l’impact de la réexportation, de la contrebande ne fait pas 10% de la capacité économique du Nigéria. Le fond est donc ailleurs.»

LIRE AUSSI Bénin face au Nigéria : «Avec la fermeture des frontières, L’Etat a introduit un élément nouveau dans la fiscalité au Bénin », observe Bako-Arifari

Autres raisons

Pour le Prof. Nassirou Bako-Arifari, ancien ministre des Affaires étrangères, ancien président de la Commission des Affaires extérieures de l’Assemblée Nationale, lui aussi panéliste, il y a entre le Bénin et le Nigéria, des relations de complexe qui se côtoient. « Au Bénin, nous avons une sorte d’image repoussoir du Nigéria. D’un point de vue sociologique, pour le Bénin, le Nigéria, c’est le pays de la violence, le pays de toutes les déviances et le Bénin, en fait est un Etat exposé à toutes les pathologies sociale, politique et consorts du Nigéria qui peuvent contaminer le Bénin », analyse le sociologue, Professeur Bako-Arifari. De même, le Nigéria avec ses 200 millions d’habitants contre seulement 12 millions de Béninois, a souvent tendance à avoir un rapport de domination vis-à-vis de son voisin. Ce qui fait dire à l’ancien ministre des Affaires étrangères que ce pays a “ un complexe hégémonique. Le Nigéria et les Nigérians de façon générale vis-à-vis du Bénin, le voient de très haut.” C’est-à-dire “ils ont une attitude de l’instituteur vis-à-vis de l’élève et donc ils font la dictée”. Par conséquent, la question de la fermeture des frontières est prise comme “un instrument de régulation de la politique étrangère du Nigéria vis-à-vis du Bénin”. Car très souvent, le Nigéria obtient des concessions de la part du Bénin.

Prof. Nassirou Bako-Arifari

En dehors des professeurs Igué et
Bako-Arifari, les anciens ministres des Affaires étrangères du Bénin, maître Robert Dossou et Jean-Marie Ehouzou étaient eux aussi, des membres du panel.
Pour rappel, la République fédérale du Nigéria a décidé mercredi 16 décembre 2020 dernier de rouvrir ses frontières terrestres partagées avec le Bénin, fermées unilatéralement depuis le 20 août 2019.

Venance TONONGBE

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