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[Chronique Roger Gbégnonvi]: Ce qui rend aimables les migrations et les migrants

Bien sûr, il y a les migrants, dont l’Europe parle sans cesse et dont l’Afrique entend parler sans cesse. Ils ont l’air si importants qu’ils en viennent à constituer un enjeu politique. Vous perdez ou gagnez une élection selon ce que vous en dites quand vous voulez gouverner le pays ou gérer la ville. Vu d’Afrique, nous comprenons mal le rôle qu’on fait endosser aux nôtres partis pour ne pas mourir, si l’on en croit ce qu’a déclaré un jour un migrant éconduit avant d’avoir atteint le but : « Ils m’ont renvoyé chez moi, mais je reprendrai la mer, car chez moi c’est la mort assurée, tandis que chez eux, j’ai une chance de survie. » Survie si la Méditerranée ne l’a pas englouti avant. Survie à balayer les rues, à récolter les tomates, à vendre à la sauvette tout et n’importe quoi. Survie qui n’entrave la vie normale et paisible d’aucun Européen. Car une enquête hexagonale documentée a établi que les zones où les migrants se retrouvent majoritaires ne sont pas plus criminogènes que celles où les citoyens bon-chic-bon-genre sont majoritaires. L’Europe devrait donc laisser les migrants faire valoir leur droit à une survie normale et paisible. Survie aux apparences de bien-être au-delà de la Méditerranée eu égard à la mort assurée en deçà de la Méditerranée.

Des migrants dans un champ européen


Bien sûr, il y a les migrants, dont on ne parle, ni en Europe, ni en Afrique. Une migration qui semble aller de soi. En deçà de la Méditerranée, notamment en Afrique au sud du Sahara, ils ont été fonctionnaires internationaux, diplomates, Volontaires du Progrès, membres du Corps de la Paix ou de quelque organisation semblable, et ils sont tombés sous le charme du continent, un charme dont les Africains eux-mêmes ne se doutent pas, à l’instar des poissons dans l’eau, qui ne courent pas après les paradis sous-marins. A leur retraite, des Occidentaux charmés reviennent s’installer sur les lieux de l’enchantement. Pas dans les villes du genre Cotonou ou Abidjan, car ils ne s’en sont pas allés pour renouer avec les embouteillages, les enfumages, « le bruit et les odeurs », les Gilets-Jaunes et autres avatars de ces cités nuit et jour vouées au stress et où ne dorment en paix que les gisants, forcés au repos éternel. Les migrants en deçà de la Méditerranée préfèrent donc les villages ou les villes apaisées, genre Ouidah. Ils ou elles n’ont plus de conjoint. Leurs enfants ont grandi. Il arrive qu’ils se mettent en ensemble avec quelque autochtone. Parfois, il naît deux métisses parce que la jeune épousée le veut pour être aux yeux des siens femme en plénitude. Leur pension suffit à leurs besoins dans la demeure simple qu’ils ont acquise. Ils s’adonnent à des activités bucoliques ou humanitaires. Ils aiment tellement ce bien-être qu’ils décident d’en faire bénéficier leurs cendres aussi. Ils sont adorables de convivialité.
Bien sûr, il y a nous, migrants sur place. Notre migration, c’est d’accueillir les hôtes qui nous rendent visite, et dont nous sommes parfois les hôtes. Et toujours, c’est une migration que tous entreprennent, chargés de choses baptisées ‘‘leur part de notre valise’’. Car il faut apporter aux pauvres citadins les fruits de la terre qu’ils se ruinent à acheter alors que nous les produisons en abondance au village. Car il faut apporter aux pauvres villageois les biens importés qu’ils se ruinent à acheter alors que nous les avons en abondance en ville. Oui, tous pauvres. Migrants sans Méditerranée, villageois et citadins, nous sommes aussi en quête du bien-être, en quête de l’atténuation de la pauvreté, de l’extinction de la misère.
Et c’est ce qui rend aimables les migrations multiformes et les migrants de tout genre, riches ou pauvres : la solidarité. En quête du bien-être au-delà de la Méditerranée, en quête de l’apaisement de l’être en deçà de la Méditerranée, en quête de l’un et de l’autre loin de la Méditerranée, aimables sont tous les migrants nos semblables. « Et certains disent qu’il faut rire – allez-vous donc les révoquer en doute ? » (Saint-John Perse).

Roger Gbégnonvi

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