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[Chronique Roger Gbégnonvi] Bénin: Ce que nous diraient nos maîtres à l’orée de 2020

Au temps où nous avions des maîtres d’école qui nous aimaient (puisse ce temps revenir !), ils ne nous laissaient point partir pour les congés de décembre sans nous avoir obligés (ils étaient directifs) à prendre quelque ferme résolution pour l’an nouveau, afin que nos vies de petits Dahoméens ne soient pas des vies avachies, des vies collées au plancher des vaches, mais des vies pareilles à un « élan qui sache un peu monter ». S’ils étaient là encore en décembre 2019 et que tout le pays fût leur classe de CM1, à quelle résolution nous obligeraient-ils pour « plus de lumière » dans nos vies de Béninois, grands et petits ?
1- Ils prennent tous les jours la mesure de notre malpropreté citadine en nous voyant utiliser les rues de nos villes comme dépotoirs des saletés que, pour rien au monde, nous ne tolèrerions dans nos cases ou nos maisons. Nos maîtres sonneraient pour 2020 la fin de l’inadmissible. Ils nous exhorteraient à prendre exemple sur le Ghana où Jerry Rawlings a su convaincre les siens que les rues des villes ghanéennes ne sont pas plus porcheries que les cases ou les maisons, et que rien ne doit y être jeté qui soit déchet ou détritus. Nos maîtres suggèreraient, peut-être, que, à travers une grande campagne médiatique, notre Ministère du Cadre de la Vie participe à cet effort d’élévation de la conscience collective.
2- Parfois nos maîtres aussi voient dans nos rues des ordures entassées depuis des jours ou des semaines. Quels riverains sont coupables de ces attrape-cochons-et-mouches à ciel ouvert ? Ce sont souvent des immondices anonymes. Il arrive qu’on les côtoie également dans d’autres grandes villes du monde. Mais nos maîtres ne supporteraient pas que nous invoquions Paris ou Madrid pour être vilains. Car ils nous ont enseigné que « Quand sur une personne on prétend se régler / C’est par les beaux côtés qu’il lui faut ressembler ». Forts de quoi nos maîtres nous demanderaient pour 2020 de n’avoir plus la moindre part personnelle à cette régression de l’homme. Nos maîtres suggèreraient, peut-être, que nos mairies prennent une part active à cet effort d’élévation de la conscience collective.
3- Parfois, dans nos villes, nos maîtres aussi voient bovins ou caprins surgir en pleine rue. Bêtes dûment conduites par un berger vigilant qui les encourage de son bâton à ne pas jouer les sénateurs. Mais en ce qui concerne les vaches, elles sont lourdes et lentes. Piétons, motocyclistes et chauffeurs, sont donc obligés de s’arrêter, comme au passage d’un cortège funèbre, et ils maugréent d’impatience. Les oiseaux migrateurs dans le ciel de nos villes sont d’une bucolique enchanteresse, et on en redemanderait. Les troupeaux de vaches ou de chèvres traversant nos rues sont d’une bucolique fâcheuse dont on aimerait se passer. Et nos maîtres nous demanderaient de contribuer à partir de 2020 à ce que tous distinguent la campagne, où les bêtes peuvent déambuler à l’air libre, de la ville, où elles doivent être confinées dans des enclos. Nos maîtres suggèreraient, peut-être, que nos mairies, dans ce cas aussi, prennent une part active à cet effort d’élévation de la conscience collective.
Et nos maîtres nous diraient de nous mettre à l’écoute du cœur et de la raison pour nous entendre dire par eux ce qu’il convient que nous fassions, individuellement et collectivement, ici et maintenant, pour « être plus ». Et nos maîtres nous diraient qu’il est inutile de souhaiter bonne année 2020 à la ronde, à tous et à chacun, pour se retrouver, tous ensemble en 2021, Gros-Jean comme devant, sans nul progrès par rapport à 2020. Et nos maîtres nous diraient que c’est grâce à tous nos efforts, individuels et collectifs, que c’est grâce à tous nos efforts accumulés et maintenus dans leur résultat, que nous aussi serons demain crédités de quelque œuvre « qui s’achève et qui dure ». Pour le progrès de l’homme.
Bonne année 2020.

Roger Gbégnonvi

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