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[Chronique Roger Gbégnonvi]: Quand la Françafrique se fissure par la tête

« Nous devons, à très court terme, reclarifier le cadre et les conditions politiques de notre intervention au Sahel. D’abord et avant tout, avec les cinq Etats africains, membres du G5-Sahel. J’attends d’eux qu’ils clarifient et formalisent leur demande à l’égard de la France et de la Communauté internationale. Souhaitent-ils notre présence ? Ont-ils besoin de nous ? Je veux des réponses claires et assumées sur ces questions… »
Nous sommes à la fin du récent sommet de l’OTAN au Royaume-Uni. Le ton est comminatoire : « Je veux… » Le Chef d’Etat français ne s’adresse pas à ses pairs mais à ses obligés. Comme si les armes et les soldats français au Sahel n’étaient pas ‘‘d’abord et avant tout’’ au service de la France et de ses intérêts. Car le vivre franco-africain confirme le dire gaullien, selon lequel « la France n’a pas d’amis, elle n’a que des intérêts ». En 1991-1992, la transition démocratique au Togo a été maintes fois mise en danger par le Chef de l’Etat qui voulait s’en tenir à son régime autocratique violent protégé par son armée clanique. A chaque épreuve, au nom des droits humains et du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, idéaux qui sont aussi ceux de la France, le Premier Ministre de la Transition, chef de l’Exécutif, en a appelé à la France pour soutenir et sauver la démocratie naissante au Togo. Une seule fois, la France lui a répondu en envoyant ses soldats bivouaquer à Cotonou au Bénin bien loin de Lomé au Togo. Du Bénin ils ont regagné la France sans faire escale au Togo. Ce n’était pas nécessaire. Car le seul dirigeant politique pouvant nuire aux intérêts français au Togo, c’était Sylvanus Olympio : assassiné. Car le seul système politique pouvant nuire aux intérêts français au Togo, c’était le système démocratique : pas soutenu.
Qu’on veuille donc éviter de faire accroire que les soldats français qui tombent au Sahel versent leur sang pour d’autres intérêts que ceux de la France. Non, Ils meurent pour la France ! Mais tels de nouveaux ‘‘Bourgeois de Calais’’, la mine profondément attristée, les cinq Chefs d’Etat convoqués iront à Canossa en janvier 2020 pour supplier le seigneur d’aimer le Sahel, de ne pas songer à l’abandonner. A moins que, dans un sursaut inouï d’orgueil, ils atténuent l’humiliation et n’envoient à Pau que leurs ministres de la Défense et des Affaires étrangères. De toute façon, la déclaration qui les convoque trahit comme une peur du devenir de la France dans le monde et le désir de garder l’Afrique pour assurer ce devenir. Quelque chose se passe qui montre que la Françafrique se fissure par la tête.
Elle se fissure par la tête quand la France fait des pieds et des mains pour rattraper le franc des Colonies françaises d’Afrique (f. CFA) en train de lui échapper. Les pays africains concernés ont mis du temps, 60 ans, à s’apercevoir que cette clause des « accords secrets » de coopération était la crétinisation à vie des économies africaines et leur mise au service exclusif de la bonne santé de l’économie française. Sentant le vent tourner, la France, prévoyante, s’est mise à la manœuvre pour pérenniser le franc CFA derrière un écran de fumée. CFA deviendrait ECO, dans une Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) élargie au Maghreb (!). La France garderait les mécanismes de contrôle de l’ECO, arrimé à l’EURO comme le CFA. L’émission de l’ECO ne se ferait plus à Chamalières en France, mais dans l’un des pays de la nouvelle Françafrique. Apparent changement dans une solide continuité. L’Afrique refusera le statu quo imaginé par la peur du devenir de la France.
Quand la Françafrique se fissure par la tête, elle annonce sa propre fin et le temps venu pour une coopération qui respecte les intérêts de tous les partis à l’accord de coopération. Alors, sans torse bombée du côté France et sans dos courbé du côté Afrique, nous parlerons de la Françafrique, espace commun du progrès des Africains et des Français.

Roger Gbégnonvi

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