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Bénin_Formation aux métiers de l’artisanat : Le calvaire des apprentis-travailleurs

Le gouvernement béninois a décidé depuis quelques années que pour exercer les métiers manuels il faut avoir été formé au préalable et en apporter la preuve même auprès des particuliers, pour devenir utiles à la société. Ainsi toute personne qui voudra établir à son compte quel que soit le secteur d’activité doit présenter pour autorisation un diplôme qui atteste de sa formation dans le domaine. Malheureusement, la formation de ces jeunes qui pour la plupart sont sortis du système scolaire classique est un véritable calvaire dans les ateliers de particuliers dans la mesure où ils sont considérés aussi bien comme apprentis que comme employés.

Comme l’uniforme des établissements scolaires classiques est de couleur kaki, il est facile de remarquer ces autres jeunes garçons et filles en formation avec leurs uniformes particuliers. Les filles en majorité se retrouvent dans les salons de coiffure et les ateliers de couture pendant que les garçons se font formés dans les salons de coiffure pour hommes, les ateliers de menuiserie, de mécanique automobile, de construction d’ouvrages métalliques, de soudure, de peinture, de sérigraphie, de forge etc.

La formation dure normalement trois ans et est sanctionnée par la délivrance d’un diplôme signé par le formateur avec la caution officielle des autorités communales. La formation étant essentiellement pratique, les apprentis sont affectés immédiatement à des tâches sous la supervision du formateur qui est généralement le propriétaire des lieux. Mais ce transfert de savoir-faire s’entoure d’un certain nombres de tracasseries qui constituent au mieux du sacrifice à consentir pendant la formation ou au pire une maltraitance coupable de la part des formateurs. Moïse, 21 ans, apprenti dans un atelier de soudure à Cotonou raconte : « Je suis arrivé en formation ici, il y a de cela huit ans. Elle devrait durer trois ans et je prends mon diplôme. Mais depuis la fin de la formation, il y a de cela cinq ans, le patron ne veut pas nous libérer mes camarades et moi de la promotion. Il ne veut même plus qu’on parle de fin de formation ».
Moïse essaie d’expliquer les raisons qui amènent leur formateur à ne pas vouloir les libérer : « Il s’est rendu compte que nous maîtrisons bien le travail. Étant à l’atelier, il sait que nous pouvons faire le travail, même à son absence. Cela lui permet d’aller négocier des marchés. C’est encore à nous qu’il confie la formation des nouveaux apprentis. Mais il a aussi confié à un voisin du quartier qu’il ne peut pas nous libérer puisque nous risquerons de devenir pour lui des sérieux concurrents ».

Atelier de soudure à Cotonou

Voilà donc des apprentis qui sont arrivés en fin de formation et à qui le formateur refuse d’enclencher la procédure de délivrance des diplômes. Une formation qui n’est pourtant pas exempte de supplices et de services corporels : « Nous dormons dans l’atelier, dans la chaleur et les moustiques pour veiller sur le matériel. Nos premières années de formation étaient marquées par la bastonnade et les corvées à tort et à raison. Et même maintenant que nous connaissons le travail, nous ne recevons rien du tout. Nous avons construit et monté une remorque de 12 mètres sur un camion pour un marché de deux millions. Le patron qui venait seulement de temps en temps voir l’évolution du travail, nous a seulement remis à chacun d’entre nous mille francs. Pour un travail que nous avons effectué pendant deux semaines de 7h à 2h du matin ».

Ces récriminations de sévices corporelles, d’exploitation et de refus de délivrance du diplôme en fin de formation sont monnaie courante dans la bouche de différents apprentis que nous avons approchés. Certaines jeunes filles témoignent qu’elles sont souvent envoyées faire le ménage et prendre soins des enfants de leurs patronnes.

Un “patron” confirme

Interrogé sur cette situation de calvaire des apprentis, monsieur Dansou, maître couturier à Abomey-Calavi, ville voisine à celle de Cotonou reconnaît que ses collègues patrons abusent parfois de ces derniers. « La base est souvent faussée dès le départ lorsque la formation est négociée entre les parents de l’apprenti et le propriétaire de l’atelier avec parfois des clauses plus ou moins inavouées comme habiter chez le formateur ou dormir dans l’atelier. C’est un terreau fertile pour l’exploitation de ces apprentis », argumente maître Dansou. Quant au respect du délai de la libération des apprentis et la délivrance des diplômes ou attestations de formation, le maître couturier soutient que l’État béninois a pris des dispositions pour que les apprentis soient vite libérés au terme de leur formation. « Avant, pour une cérémonie de libération et de délivrance de diplôme, les patrons demandaient tout et n’importe quoi. Mais aujourd’hui, tout se passe sous le regard de l’autorité communale », affirme Dansou. Mais il apporte une nuance et conseille : « Tant que le patron ne pas ces apprentis dont la formation est arrivée à terme, l’État ne peut pas le savoir. Je demande donc aux parents des apprentis de faire pression sur les patrons qui ne respectent pas la durée de contrat et porter plainte s’il le faut ».

Face donc à cette déformation pernicieuse de l’objectif de ces formations il revient non seulement de remercier ces particuliers pour leurs contributions à la formation de ces jeunes garçons et filles, mais les appeler à plus d’humanisme et d’éthique dans ces formations.

Venance TONONGBE

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